C'est chez Lakévio, comme chaque vendredi, un tableau, qu'elle nous propose. Sur la pluie, cette fois, de Jeff Rowland.

Et cette fois aussi, pas de consigne stricte, nous pouvons nous laisser guider par notre inspiration.

Jeff Rowland let in rain

Indifférente à la pluie, au fog et aux rafales de vent. Indifférente à l'hiver, à la tempête qui menace, par ce soir de février, Vera a mis son manteau rouge et son chapeau cloche, achetés l'an dernier, chez Selfridge's - une folie! Et elle l'attend. Elle a marché dans Londres, aujourd'hui, elle a pris du thé, a hésité devant une part de cake bicolore - rose et vanille... Ce Battenberg, dont ils raffolent tous les deux. Puis elle a pensé à sa diète, et a renoncé.

Elle a longuement lu et relu le journal, un peu inquiète. Les temps sont tellement indécis !

Puis, elle s'est décidée à rejoindre la gare d'Euston. Elle a admiré l'Arche, et pénétré dans la gare. Elle a demandé un billet de quai et la tempête s'est abattue sur tous les voyageurs en attente. Mais tout le monde avait son parapluie. Elle s'est demandé si son joli chapeau cloche en feutre, assorti à son manteau, tiendrait le coup.

Demain et les jours suivants, il devrait sûrement aller à la City. Les nouvelles économiques étaient toujours aussi alarmantes. Quand le train est arrivé, poursuivant la vapeur de la locomotive, "grande dame drapée de gris et d'arrogance"... Le sifflement strident l'a obligée à se protéger les oreilles, et puis, il fallait laisser s'écouler la foule.

Le train en provenance du Northumberland. Un pays vraiment lointain, d'où il était originaire. Elle s'est demandé si elle pourrait vivre là-bas. Dans les landes solitaires. Frappées par le vent. Pourquoi donc s'est-elle demandé si elle pourrait vivre là-bas? Et soudain, elle l'a vu. Il accourait vers elle. Ils avaient tant de choses à se dire. Londres, elle n'y tenait pas tant que cela, même si elle l'aimait. Il y avait trop de pauvreté, confrontée à trop de richesse.

Surtout depuis ce jeudi noir, de 1929.

Elle se dit qu'ils ont bien de la chance. Même si tout s'effondre, ils s'aiment. Ils s'aiment et elle attend un enfant. Il court vers elle, la serre dans ses bras, l'emmène à l'abri de la pluie. "Alors?" demande-t-elle fébrilement. "Alors", répond-il... "Mon amour... Tu le sais, ce sera plus raisonnable de vivre là-bas. Mais pourras-tu t'y faire?" Il frissonne en pensant à la maison sur la lande où il y a tant de murs à relever, tant de travaux à faire, tant d'inconfort. Elle sourit...

"On va en discuter. Viens, rentrons à la maison. Il y a des sandwiches au concombre, au cheddar, à la moutarde, et du thé bien chaud. On en reparlera... Tu sais bien que j'aime la campagne... Demain, demain, tu iras à ton bureau, et tu me diras ce qu'il en est. D'accord?"

"D'accord" répond-il, soulagé. Ils repassent sous l'arche d'Euston, cette arche monumentale qui sépare l'univers noir du rail,  de Londres qui s'illumine, petit à petit. Et retournent chez eux, à pied, à travers squares et ruelles, bravant le fog, les intempéries et la circulation.

Tomorrow is another day... Chantonnent-ils dans leur tête...

Euston_Doric_Arch_demolition_geograph-2991033-by-Ben-Brooksbank

Démolition de l'Arche de la gare d'Euston, en 1962.