Une idée de mitaines pour taper à l'ordinateur, chez Heure Bleue pour le Goût des autres me rappelle une anecdote.

De mai 1990 à novembre 1993, j'ai travaillé comme secrétaire chez un architecte.

  • Son épouse était une amie de feu ma première belle-soeur - mais cela n'a pas joué dans mon engagement;
  • Ils ne sont pas restés amis;
  • Il avait été de gauche, voire communiste, mais a fini par s'acheter une BMW;
  • je l'avais surnommé Staline;
  • Il était avare, xénophobe et homophobe, traficotait sa tva et n'avait jamais froid.

En conséquence de quoi, quand il a aménagé mon "bureau", un ancien garage, avec une mezzanine pour ranger les archives, il a fait installer un radiateur vertical de récupération dont deux plaques ne fonctionnaient pas. Il fallait toute une journée pour qu'il commence à chauffer et il m'avait interdit d'utiliser le radiateur électrique qu'une amie architecte du bureau m'avait apporté.

Le lundi matin, il faisait 14-15°, après les vacances, 10-12°, et en fin de journée 18°. Un jour, je suis venue au bureau avec des mitaines de fortune que ma mère m'avait confectionnées avec une paire de vieux gants dont elle avait coupé et ourlé le bout des doigts.

L'hiver, je souffrais le martyre - je suis frileuse. Je travaillais en manteau et il n'était pas content parce qu'il voulait une secrétaire élégante à mettre dans sa vitrine. Mon calvaire a duré trois hivers.

On s'est battus pour un cachet sur les fax (et c'est moi qui ai eu raison de lui), finalement, le fax a été noyé par l'encre qu'il m'obligeait à mettre dedans...

Il ne voulait pas nous mettre de frigo parce que, disait-il, il y aurait de la nourriture qui traînerait dedans.

A priori, un frigo, c'est à cela que ça sert.

Il a monté le prix de ses infectes boissons à 10,- F. à l'époque, ce qui fait que nous n'en buvions plus, mais nous nous servions en eau chaude, et  lui continuait de boire du café qui était ... Moisi - on l'a vu un jour de vacances, et on n'a rien dit.

***

Un jour, il a aménagé un plus grand bureau, dans un immeuble à appartements qu'il avait acheté et réaménagé (en employant de la main d'oeuvre illégale), et cette fois, j'étais sur la mezzanine (les architectes adorent les mezzanines), malheureusement, il était dans mon dos - il y avait juste des étagères de séparation que je bourrais de classeurs car je ne supporte pas d'avoir quelqu'un dans mon dos et encore moins quelqu'un qui m'écoute ou m'observe quand je travaille.

Les architectes qui travaillaient dans la cave et avaient la bouche d'aération dans leur cou avaient froid. Quand il partait et que je connaissais la durée de son absence, je montais le thermostat. Avant qu'il ne rentre, je le diminuais (hélas!). Il avait exigé un thermostat à 18°, évidemment, il n'avait jamais froid. Pendant 1/2 heure, il trouvait qu'il faisait chaud et n'arrêtait pas de vérifier le thermostat - qui était à la bonne température.

Je lui ai joué un ou deux tours pendables, pour tout le mal qu'il a fait à tout le monde, mais le plus souvent, il avait le dessus. Il finissait par éventer les tours - mais pas tous.

Tout a fini au Tribunal du Travail, où j'ai gagné, mais je suis restée dans l'incertitude pendant un an. Toutefois, après un an, je recommençais à faire des intérims comme prof et à donner des formations à des fonctionnaires du Ministère des Finances, et c'est indubitablement là que j'ai été le plus heureuse...

Les années 1995 à 1997 ont été -professionnellement parlant- des années bénies.