Par André Bruyère, Gautier-Languereau - 1924.

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Marguerite Durban, dite Mienne ou encore My, est la fille d'un amiral français. Elle a dix-neuf ans, juste après la guerre 14-18, est orpheline de mère, et après quelques années de couvent, vit chez son frère aîné, marié et père de deux jumelles. Malheureusement, il accueille aussi sa belle-mère chez eux, et les soeurs de sa femme. Beaucoup moins jolies et piquantes que My.

My a bon coeur, mais rendue fort nerveuse par la belle-famille de son frère (trop de femmes! Dit toujours l'amiral), elle finit par détourner "un sot d'une pécore", c'est-à-dire un prétendant intéressé pour une de ses "fausses" soeurs.

My a aussi une amie, Simone, plus pauvre qu'elle, qui s'apprêtait à partir travailler dans un château pour y restaurer des papiers peints anciens, mis au jour lors de travaux importants. Soudain, Simone est retenue chez elle pour soigner sa mère très malade.

My, que sa famille (frère, belle-soeur et consorts) ne supporte plus trop (elle est vraiment trop élégante, charmante et piquante) et que My ne supporte plus non plus, décide, dans un bel élan de générosité, de remplacer Simone au pied levé et d'aller - anonymement, sans dévoiler de quel milieu elle est issue - travailler dans le vieux château. Elle versera tous ses émoluments à Simone.

La voilà à Abat, dans une belle vieille demeure, auprès d'une adorable demoiselle de 80 ans, et de deux vieux serviteurs fidèles, Fraisie et Léomond. Accueillie chaleureusement et gâtée par tous, elle est heureuse et commence à restaurer les papiers peints, jusqu'au jour où elle découvre une cachette. En la fouillant, elle met la main sur des papiers de famille très importants.

Il s'agit des dernières volontés d'un ancêtre des Malbot (la famille de la châtelaine), qui, en 1791, avait accepté de cacher le trésor d'une abbaye voisine. Les moines ne sont jamais revenus en France, après la Révolution, et le "Grand aïeul", comme l'appelle dévotieusement Mlle Roselle, n'a jamais restitué le trésor. Attaqué sauvagement par des malandrins en 1810, il n'a pas eu le temps de révéler à son fils la cachette où se trouvent ses dernières volontés, rendre le trésor aux moines de l'Abbaye, ou à ses légitimes propriétaires. Les Malbot en "profitent" donc depuis le 19ème siècle - avec sagesse et vénération - mais sans connaître le secret de leur aïeul.

En 1920, la famille Malbot n'est plus constituée que de la bonne tante Roselle, de deux nièces, veuves, d'un petit-neveu, Régis Malbot (trop jeune pour s'être battu pendant la guerre, qui a vu périr deux de ses frères et son cousin) et de trois cousines, Madeleine, Suzanne, dite Suzon, et Catherine.

Voilà My obligée d'attendre le retour de Régis Malbot pour lui remettre, en mains propres, le testament de son aïeul. Ce qui l'ennuie beaucoup. C'est ainsi que Régis Malbot la surprend un jour, en grande conversation avec le portrait de son aïeul, lui reprochant la responsabilité qu'il lui a mise (sans le vouloir) sur les épaules. Régis est rentré pour s'assurer de l'honnêteté de la jeune fille qui semble s'incruster au château. My joue franc jeu avec lui et lui explique qui elle est - sans trop insister sur le haut grade de son père, on la croit la fille d'un simple marin - et sur le fait qu'elle envoie l'argent qu'elle gagne à une famille vraiment intéressante, digne d'être aidée. Elle avoue ne pas être très heureuse dans sa famille et demande à pouvoir rester à Abat, et continuer à y travailler bénévolement. Il accepte.

Régis repart complètement retourné. Naturellement, My fera la conquête de toute la famille, excepté d'une lointaine cousine, Germaine, belle déité qui rêve d'épouser Régis, et de la mère de celui-ci qui se demande si My n'intrigue pas pour faire un riche mariage. Car Abat recèle un vrai trésor en ses murs.

My finit par se retrouver coincée... Elle aime Régis, qui est tombé amoureux d'elle, elle est adorée de tante Roselle et de ses petites-nièces, mais elle est suspectée d'intriguer et elle en souffre. Elle finit par rendre les papiers du Grand Aïeul à Régis, et à tout lui expliquer. Il est assommé par cette révélation, par la peur de faire souffrir sa grand-tante, qu'il adore. De plus, il s'obstine à dire à My qu'il l'aime et veut l'épouser - alors qu'elle s'obstine à le refuser, de peur de le "voler" à une autre.

Un des grands plaisirs à Abat, c'est de contempler le trésor du Grand Aïeul - les pierres précieuses et les perles qui ont été montées en bijoux, pour son épouse. Régis assènera à ses soeurs que le trésor ne leur appartient pas et qu'il va chercher les héritiers de l'Ordre, jusqu'en Autriche, s'il le faut, pour le leur rendre.

Avant de s'en aller, My refuse, une fois de plus, de l'épouser et s'accuse d'une grande faute, sans avoir le temps de lui expliquer de quoi il s'agit. Elle rentre à Toulon et retrouve son père.

Tous deux sont d'abord très contents de se retrouver, mais l'amiral Durban se rend vite compte que sa fille "ne tourne pas rond". Jusqu'au jour où il reçoit une curieuse lettre. Ce sont les deux soeurs de Régis, Catherine et Suzon, qui réclament leur My, et avouent que leur frère est malheureux comme les pierres, sans vouloir rien leur expliquer.

L'amiral, séduit par la gravité, l'amitié et le ton primesautier et sensible de ses jeunes correspondantes, prendra le destin de My en main. Il se sent quelque peu responsable d'avoir dû laisser sa fille dans une famille qui leur ressemble si peu. Il faudra donc qu'il se rende à Abat, qu'il parle à tante Roselle (ébranlée et triste d'avoir perdu My), et surprenne Régis Malbot, pour le forcer à avouer qu'il aime toujours My.

Et à la Noël - exactement comme dans les derniers épisodes de chaque saison de Downton Abbey - de cette année-là, l'amiral va enfin fêter noël à Abat, avec sa fille, dûment fiancée à Régis Malbot.

Et n'ayant pas retrouvé les ayant droits à l'héritage, ils financeront une oeuvre charitable, hôpital ou orphelinat.

Tout est bien qui finit bien...