C'est, comme chaque lundi, l'heure du "Conte de Lakévio".

Attention, je ne suis pas du tout douée pour faire parler les animaux (je n'ai jamais essayé d'ailleurs), je ne sais pas du tout ce que cela va donner.

trevor waugh

La consigne:

Trois canes dans un pré (chez moi, Dorine, Rosalinde et Cunégonde)

Les canes, ça cancane...

 Elles sont trois, ce sera donc le sujet à trois "personnages".

 Festival de Canes... lundi !

Musique en toile de fond :

"La cane de Jeanne

Est morte au gui l'an neuf

Elle avait fait la veille !

Merveille ! Un oeuf !"

***

Dorine: Morbleu ! Mais pourquoi vous chantez ça tout le temps?

Cunégonde et Rosalinde: Ce n'est pas nous qui chantons. Nous, nous cancanons.

Ne nous dis pas que tu ne la connais pas! D'ailleurs tu viens de jurer.

Dorine: Moi? J'ai juré?

Les mêmes: oui, tu as dit Morbleu. En plus, c'est dans la chanson. Ne viens pas dire que tu ne la connais pas!

Dorine (grommelant) : j'aurais pu dire: "vertuchou" ! "Ventre Saint Gris" - Pire même. (Tout haut) et puis, je n'ai pas juré, j'ai blasphémé, ce n'est pas la même chose.

Rosalinde (pensive): n'empêche. Je l'ai apprise au pensionnat.

Cunégonde: au pensionnat? Qu'est-ce que tu faisais au pensionnat?

Rosalinde : Ben. Rien. Tout le monde va au pensionnat.

Cunégonde: Qui "tout le monde" ?

Rosalinde (comptant sur ses doigts palmés): Bécassine est allée au pensionnat avec Loulotte. Thérèse aussi. Et Viviane, dans "Laide et méchante". Et Manuela. Et Olivia. Joujou Abbott. Et les jumelles. D'accord, là, c'était en Angleterre. Mais c'est un détail. Et Harry Potter. Et ...

Dorine: ce n'est pas un pensionnat ça, c'est une école de magiciens ...

Rosalinde (contrariée): c'est un détail. Donc. Thérèse, je disais. Et plein d'autres. Des Anglaises, des Américaines. Tout le monde ou presque, va au pensionnat. Ah oui! Même Emily et Charlotte. Elles, elles ont poussé le vice jusqu'à aller dans un pays que Charlotte a surnommé "Labassecour".

(gloussements chez ces dames).

Dorine (critique): et tu es sûre que Bécassine et Loulotte, à cette époque, pouvaient chanter "La cane de Jeanne"?

Rosalinde (s'emmêlant les pinceaux): non, y a un problème de date... Je veux bien le reconnaître. Mais Rose, ma cousine, y allait aussi. Faire la révolution. Et des concours. C'était à celle qui mangerait le plus de tartines à quatre heures.

Cunégonde (intervenant): je crois que son truc à elle, c'est plus Jan Garbarek, Aral et Yves Simon que la Cane de Jeanne. Alors, revenons à nos moutons.

Rosalinde (nostalgique): il y avait une petite mare dans le parc. C'était très joli. Il était beau ce parc: un bosquet, des rocailles, une grande plaine de sable, un court de tennis, une roseraie, c'est beau une roseraie en fleurs au mois de juin... Un arbre avec des branches et des feuillages formant berceau. Des chaises et des tables. Un potager pour les religieuses. J'y ai vu des pensionnaires croquant des capucines. Il y avait une tortue aussi.

Dorine: mais quel rapport avec cette cane?

Rosalinde : j'y arrive. C'était un pensionnat de filles. Toutes en bleu marine. De six à onze ans et de douze à dix-huit ans. Elles pouvaient faire de la danse, de la gymnastique et chanter dans une chorale.

Dorine: une chorale?

Rosalinde: oui. Les petites - je ne sais plus ce qu'elles chantaient. Mais je sais qu'elles chantaient "la cane de Jeanne". Et puis des chants religieux. Faux, naturellement. Les grandes, c'était plus sérieux. Elles ont chanté à Vienne et à Rome. Et elles remportaient chaque fois une médaille de bronze.

Dorine: tu rigoles?

Rosalinde: mais non. Sérieux. Sauf que là, évidemment, elles ne chantaient plus Brassens.

Cunégonde: Brassens?

Rosalinde (soupirant): oui. D'accord, il est mort il y a un bail. Mais enfin, cette chanson fut un de ses grands succès. Même si je ne l'aime pas tellement. Je n'ai pas envie de penser à ma mort. Surtout après avoir pondu un oeuf. Ni de me faire manger.

Cunégonde (énumérant): ça, d'accord. Je n'aime pas l'idée de finir cuite et recuite, avec des tranches d'orange sur moi, ou des pêches, ou des navets, ou pire encore, d'être pendue dans une vitrine et enduite de sucre et de caramel ... Comme en Chine. Puis, enroulée dans des crêpes avec des petits oignons et ...

Rosalinde (savante): mais non, t'en fais pas, en Chine, ils mangent plutôt du chien. Et aux Etats-Unis, des crotales.

Là, Dorine s'arrête et, les ailes sur ses hanches, rouspète: dis, tu crois pas que tu exagères un peu? Arrête de parler de nous comme si on était de la nourriture... Je vais faire signer une pétition sur la protection des oiseaux en général, des chiens, des crotales et des canes en particulier. On la diffusera sur les réseaux sociaux et plus personne ne pourra s'en dépêtrer.

D'ailleurs, je commence à avoir faim. Continuons, mais s'il te plaît-je-t'en-supplie! Trouvons-nous une autre chanson de marche !

Rosalinde (après réflexion): je crois que j'ai ce qu'il vous faut! C'est aussi démodé, mais toujours d'actualité.

*

SURTOUT SI VOUS NE VOULEZ PAS VOUS FAIRE MANGER !

hymne des femmes

Hymne des femmes