Variations de regard

16 février 2019

Uitkerke

Longtemps, je n'ai juré que par les stations balnéaires comme Le Coq sur Mer (à cause de l'hôtel Astoria) et Ostende (qui n'était pas loin).

Et par certains coins de Knokke-le-Zoute. Genre les gaufres de Marie Siska, le trajet en bus vers le Zwin, le cloître des Dominicains, le lac derrière l'ancienne Réserve (un ancien hôtel *** démoli - qui avait les faveurs de feu ma belle-mère...)

Depuis quelques années, j'ai découvert le charme étrange de Blankenberge - hors saison. Depuis que nous l'avons découvert, un jour de novembre glacial, la Rose et moi y sommes souvent retournées. C'est un de nos lieux de déstress et de méditation préférés... De marche aussi.

Le lundi, le centre d'information de la Réserve (naturelle) est fermé, les autres jours, on peut y prendre un café. Et plein d'autres choses qu'un café, un verre de vin ou de bière bio, on y sert des gaufres et des crêpes également, et des snacks "équitables".

sur la table

sur la table

Là, ils sont en train d'aménager un espace récréatif, près de la route, des cabanes avec des lianes, un Stonehenge à la Belge... Je ne me prononce pas encore. Il faudra voir ça au printemps, sans doute.

espace récréatif

On commence par manger nos sandwiches devant l'étang de Uitkerke, au soleil, protégées du vent, puis, on fait un tour sur le site, ou une boucle qu'on a découverte au mois de mai-juin. Hier, il y faisait idyllique.

Migrations

***

ombre au soleil

***

vers le Sud

vers le Nord

Nous voulions donc retrouver une ferme, mais la balade à pied était hasardeuse et les routes dans les Polders un peu étroites pour y rouler. N'empêche, c'était bien.

En général, après une étape dans un magasin où l'on achète de la farine, on va à Blankenberghe plage - port ou Pier, se balader un peu le long de la mer, puis on prend un café avec une glace ou une gaufre ou une crêpe.

Cette fois-ci, nous nous sommes assises sur un banc. Comme j'ai vu récemment "Lui au printemps, elle en hiver" (un film avec Ludmilla Michaël où une responsable dans une firme pharmaceutique est mise en pré-retraite - et lors d'une escapade à Arcachon, rencontre un propriétaire de bateau plus jeune qu'elle), j'ai regardé les bateaux en me demandant si lâcher mon smartphone dans le port ferait émerger un beau capitaine... Mais je ne suis ni Ludmilla Michaël, ni ex-cadre d'une firme pharmaceutique... Bref, aucun capitaine de bateau à l'horizon.

Mais ça, c'est pour le fun o;)

Bonne nouvelle, j'arrive tout de même à réenclencher la ceinture de sécurité avec ma main gauche, ce que je n'arrivais plus à faire ces derniers mois. L'épaule est en train de se dégeler petit à petit. Un peu tard, mais bon, mieux vaut tard que jamais. 

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Mère poule...

"En fait", je suis une mère poule.  Le défaut de la mère poule est quand elle devient une mère angoissée.

Je ne me le formule jamais vraiment, mais je m'angoisse pour mon fils. Quand la folle du logis se met en branle (ou que le Tour de France passe dans ma tête), je m'angoisse aussi pour ma belle-fille - en pensant à l'avenir, mais moins, car elle a des parents encore mariés (bien que sa mère me dépasse largement, je crois, en fait d'angoisses familiales), ses soeurs... Et une personnalité décidée. Et énergique.

Je "pleure" pour devenir grand-mère, mais naturellement, si cet enfant vient un jour, je vais m'angoisser en pensant aux maladies de crèche... A l'avenir de la planète, au monde dans lequel il vivra. Je me dis alors qu'il a déjà de solides arrières devant derrière lui (cet enfant qui est encore dans les limbes). "mais maman, tu t'en fais pour un enfant qui n'est même pas encore là." me dit parfois mon fils.

C'est un sujet que je n'aborde plus avec lui. Avec ma belle-fille non plus, car je ne voudrais pas qu'elle croie que je ne vois leur couple que sous cet angle-là...

Je m'en fais pour leurs trajets, hiver comme été... Bien que pour le moment, il fasse splendide. Quand ils arrivent à Braine l'Alleud, que le train a eu du retard, que le bus est parti et qu'ils choisissent de rentrer chez eux à pied. Une bonne heure de marche - par des raccourcis paraît-il. Quand des jeunes inconscients se baladent sur la Jonction, aux heures de pointe, entre deux gares, bloquant toute la circulation ferroviaire, etc. etc.

En bonne bruxelloise que je suis, je ne souhaitais certainement pas à mon fils une vie de navetteur... Lui qui a habité au centre-ville. Mais qui semble tout de même content dans sa maison (froide en hiver, chaude en été, mais ils commencent à l'apprivoiser). Enfin, c'est ainsi et je dois m'incliner. Il jardine, il lazure aussi ses volets et châssis de fenêtres, ils ont planté un lilas ... Et montent des armoires.

Et puis, il a un nouveau boulot. Il fait ce que j'ai souhaité pour lui, une belle carrière, touchons du bois... Espérons que cela continue. Il y a les bons et les moins bons aspects. Les moins bons aspects, ce sont les collègues difficiles, mais il a les qualités (et je le lui répète souvent) pour triompher de ces écueils. Et mieux que je ne l'ai fait, bien que je ne me sois pas mal défendue.

Mais c'est le lot de tous ceux qui travaillent. Mon père a commencé à connaître des conditions de travail humainement difficiles dans les années 78-80. Il est parti travailler - il navettait jusqu'à Anvers - avec un infarctus, l'année où il  avait demandé sa prépension, ce qui fait que nous allions le voir à l'hôpital à Anvers après nos journées de boulot (je travaillais à mi-temps, un mi-temps qui est très vite devenu un temps-plein). Enfin, il a bien vécu après - jusqu'à 91 ans.

J'ai eu une carrière en dents de scie, et qui a fini trop tôt, brutalement. Un tiers dans le privé, un petit tiers dans l'enseignement, et les meilleures années, celles de la formation d'adultes dans un ministère - dans le centre de formation d'un ministère fédéral. Plein de gens de ma génération.

J'ai voulu que mon fils ait une vie professionnelle meilleure que la mienne. Son père aussi a ramé, mais autrement que moi. Lui, il était dans l'enseignement. Passer de l'enseignement secondaire au supérieur - comme prof d'infographie - n'a pas été une sinécure.

C'est pour tout cela que j'ai finalement raisonné comme mes parents, en mettant mon fils dans de bonnes écoles primaire et secondaire. Pour bien le préparer à l'enseignement supérieur. La chance a voulu qu'il soit plutôt doué en langues vivantes, excellent en informatique, doué d'un humour à toute épreuve, et bon communicateur. 

Je crois que je dois cesser de m'en faire. Je ne puis m'empêcher de lui faire des recommandations (bois du thé au thym avec du miel, utilise des huiles essentielles, prenez des vitamines, fais attention quand tu montes sur une échelle, ne te fatigue pas trop, etc). Il dit oui, oui et n'en fait qu'à sa tête.

Une mère poule, c'est infernal, je devrais le savoir, j'ai eu une mère qui était derrière la porte d'entrée de la maison, persuadée que j'étais morte, lorsque je rentrais la nuit, après une sortie (enfin, ce n'est pas arrivé souvent).

La Rose me dit aussi "qu'est-ce que je dois dire moi, j'ai une fille à l'étranger..."

bon. Evidemment, elle me dit ça, mais elle angoisse aussi. Mais bon, il faut bien nous y faire. Et prier pour que nos enfants, petits-enfants et futurs petits-enfants se débrouillent comme nos parents l'ont fait (avec une guerre) et comme nous l'avons fait, avec nos entreprises et nos problèmes professionnels, et le néerlandais qu'il fallait connaître etc. etc.

Finalement, il vient chez moi demain. Je suis contente bien sûr... Il vient seul, bien que j'aime bien quand ma belle-fille est là (on papote, on papote...) mais je pense qu'elle ira aussi chez ses parents...

Le père de mon fils, lui, ne s'en fait pas, je ne pense pas. Bien qu'il lui ait donné aussi quelques conseils "essaie d'habiter près de ton lieu de travail" (eh bien, c'est loupé!) - c'est aussi un souci, ce père en Chine... Il serait assez du style "à nous enterrer tous", mais on ne peut jurer de rien... Et ça, c'est encore un autre chapitre.

En un mot comme en cent, je dois accepter que je suis impuisssante, que j'ai fait de mon mieux jusqu'au moment où il a pris son vol...

Et peut-être un peu faire confiance à la Providence.

mots fléchés

au temps des mots fléchés.

 

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11 février 2019

Douce amère

Je ne dors pas. J'ai pris plusieurs comprimés de somnifères et de valium, mais je ne dors pas.

J'ai mangé.

J'ai passé la journée seule. Vendredi, seule.

J'ai raté mon cours de jeudi.

jamais quelqu'un n'a autant désiré disparaître que moi (euthanasie, suicide assisté, il est autorisé aux Pays-Bas , en Suisse peut-être... Il faudrait peut-être que j'airrive jusque là), et je suis là, seule, isolée, chez moi, inutile, ne sortant pas, ne voyant personne n'entendant personne, que du virtuel qui m'ennuie.

En Belgique, il faut une maladie qui ne guérit pas. J'ai une maladie qui ne guérit pas. Les soins en sont rendus compliqués par les médecins d'une part, qui refusent la cortisone, et la mutuelle d'autre part, qui refuse de rembourser plus de 18 séances de kiné par an. Je suis donc coincée par les tonnes d'anti-douleurs et d'anti-infllammatoires dont mon médecin généraliste m'a assommée.

Je n'aurais pas de petits enfants. Et si j'en ai je ne les verrai pas.

J'aime bien lire quelques blogueurs, mais cr'est tout,

(...)

Jai 61 ans et il est temps que je m'en aille."Le suicide peut être lié à des facteurs physiologiques tels qu'une douleur chronique" (WIKIPEDIA)

Malheureusement, ce n'est pas si facile que cela de mourir. Ceux qui ne devraient pas mourir meurent et ceux qui veulent mourir ne meurent pas, du moins, pas maintenant, la vie est mal faite. Elle est vraiment très mal faite.

***

ardennes1982

1982

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07 février 2019

Février...

Nous voici au mois de février. Quelle entrée en matière palpitante !

Dirais-je qu'il n'y a rien à raconter? ce sont les mois d'hiver. Aujourd'hui, après un lever du jour légèrement nuageux et gris perle uniforme, le vent s'est levé, à nouveau, balayant tout cela, il y a du soleil et le ciel est bleu.

En général, après les Fêtes et la fin des vacances de noël, je commence à attendre le printemps de pied ferme. Parfois, (comme en 2011), on a une bonne surprise et février est clément. Pourquoi attacher tellement d'importance au temps qu'il fait? Est-ce que je m'en souciais, à dix-huit ans?  Non. J'avais froid, tout simplement, cela ne m'empêchait pas de vivre. Mais je sais exactement de quand date mon premier hiver vraiment pénible à traverser.

Passons à plus intéressant. Je suis allée voir une exposition rétrospective - Berlin 1912-1932, aux Beaux-Arts, enfin, aux musées Royaux des Beaux-Arts (profitons-en, tant qu'ils existent encore...) 

J'aime l'époque du Bauhaus. Cette école devenue mythique. C'était fort intéressant. Disons que la partie historique et la partie urbanistique, sont ce qui m'a le plus intéressée.

Après cela, j'ai mangé un fish and chips, plat démocratique s'il en fût, à la cafeteria du musée, mais pas à un prix très démocratique.

Dehors, il faisait froid et il y avait encore un peu de neige, mais Bruxelles était praticable. Nous comptions aller boire un café à un endroit où nous avons nos habitudes, mais il semble définitivement fermé. Nous sommes entrées dans la galerie Ravenstein, qui n'est plus vraiment emballante, et pourtant, il y avait une petite cafeteria ouverte, avec des fauteuils anglais très confortables et un café tout à fait honorable.

Nous avons eu un atelier origami à l'Ecole des Arts. Il s'agit maintenant d'appliquer ce que nous avons appris dans nos travaux. La semaine passée, je n'avais aucune inspiration. Peut-être que cela ira mieux ce soir... Petit problème technique, avec une souris, j'ai du mal à maîtriser les outils plume, pinceaux, crayons, etc.  Je cherche l'inspiration. Parfois, elle oscille non loin de moi, j'ai des idées, mais une fois devant mon ordinateur, je souffre du syndrome de l'écran blanc.

Côté livres, j'ai lu - enfin - le deuxième roman du volet américain de Joël Dicker, les Baltimore, et j'ai plutôt bien aimé. J'ai mis du temps à entrer dedans, là, il faut que je replonge pour en relire tous les détails. C'est peut-être moins spectaculaire que "L'affaire Harry Québert", mais la progression est tout de même intéressante...  Comment un Goldman de Montclair va survivre au Drame des Goldman de Baltimore, découvrir les enchaînements qui mènent au Drame, et enfin, le raconter.

J'en reste là car il y a une mini révolution des occupants sur le palier, à mon étage.

Je cours mettre mon gilet jaune o:)))

Le 21 février au soir va encore être une des pires soirées de l'année... Il faudra beaucoup de gilets jaunes ce soir-là...

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01 février 2019

La deuxième fausse bonne idée...

Des mois plus tard, vraiment des mois plus tard, nous étions à un "drink" dans la bibliothèque de la section des Lettres. On était au mois de mars ou d'avril.

Nous formions un petit groupe agréable, étudiants, et, peut-être, professeurs mêlés, quand j'ai "flashé" sur un gars (je ne sais pas quel terme employer... Mec, ce n'est pas très littéraire, "jeune homme", cela fait antédiluvien, type... Je ne sais pas). Je reconnais que j'ai plutôt "décidé" de flasher sur un gars. Il était prodigieusement cultivé et c'est ce que j'appréciais le plus chez lui. Enfin, il n'était pas mal non plus.

Nous avions d'ailleurs été en "compétition" si je puis dire, lors d'un cours d'analyse littéraire. Nous avions dû analyser le poème "Nuit Rhénane", d'Apollinaire. J'ai toujours aimé les dissertations et les analyses littéraires (comprenne qui pourra). Le professeur et l'assistant avaient retenu quelques analyses, cinq ou six, puis il en était resté deux, la sienne et la mienne, et finalement, c'est à moi qu'ils ont demandé de présenter mon analyse. C'était assez intimidant, mais pas trop. Après tout, peut-être qu'ils m'ont choisie parce que j'étais une jeune fille, justement. C'étaient deux professeurs plutôt bienveillants, et assez réservés. Ils m'ont laissé un souvenir assez positif.

J'avais peut-être un peu d'avance, parce que j'avais déjà étudié Nuit rhénane en humanités, je ne sais pas.

Bref, j'ai flashé sur lui. Une de mes amies m'a assez vite dit "ça ne marchera jamais." Or, on s'entendait bien, vraiment bien, et j'étais aveugle (volontairement aveugle?). Etre aveugle à ce point-là, je me demande encore comment c'était possible. Naturellement, dès que je me suis un peu "découverte", je me suis pris un râteau. Mon amie avait eu raison. Et comme il était très fair-play, il était plutôt désolé. Il ne devait pas, c'était évidemment très superficiel comme sentiment. Mais ça, je n'allais pas le lui avouer.

Puis, il a bien essayé de me dire des choses de façon très sybilline, ce qu'il n'était nullement obligé de faire, peut-être, sûrement même, me tendait-il des perches. Que je n'ai pas saisies. Que je n'ai même pas vues.

Des années plus tard, j'ai compris qu'il ne pouvait s'intéresser à aucune femme. Enfin. Je ne pense pas. A vrai dire, je me suis souvent dit qu'il aurait pu m'en parler de façon plus claire. Je pense que je serais "redevenue moi-même" et que je lui aurais dit que je comprenais. Mais, bien sûr, il ne me connaissait que superficiellement. Il pouvait craindre que je parle... Ce que je n'aurais certainement pas fait. En même temps, j'ai donc fini par très bien comprendre qu'il ne m'ait rien dit nommément.

Il n'y a pas de pire sourde que celle qui ne veut pas entendre. J'avais pourtant une amie qui m'avait prévenue. Et plus d'une fois. Bien sûr, sans explications. Ce que je me suis aussi demandé, plus tard, c'est comment elle avait su, elle, ce que moi j'ignorais.

Je ne sais pas si tout cela pourrait entrer dans un roman. Je peux écrire la précédente histoire avec humour (pourtant, il y a un côté triste). Celle-ci, non. Encore un peu d'ego froissé? Mais je n'avais pas à être si bête.  C'est pourtant une histoire assez anodine.

Plus tard, je l'ai parfois croisé, mais c'était devenu un homme adulte. Je ne le reconnaissais pas forcément, et le temps de se croiser, etc. etc.

Bref, c'est à peu près tout ce qu'il y a à en dire...

Bruxelles

Bruxelles, en sortant du musée Magritte, en 2018.

A gauche, la Bibliothèque Royale, le Jardin du Mont des Arts...

A droite, le boulevard de l'Impératrice.

Droit devant, Bruxelles et la Tour de l'hôtel de Ville.

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La fausse bonne idée

Une de vos bonnes amies, en 1ère année de fac, a eu une idée de génie. On est entre mi et fin janvier (je pense)... Bientôt la Saint-Valentin. 

Est-ce que ce ne serait pas le moment de "chercher" un petit ami? (Au marché du Midi?)

Elle-même a renoncé à ses rêves d'amour (elle est amoureuse depuis longtemps d'un bel Espagnol... Et parle espagnol, comme quoi), mais elle s'est enfin décidée à "sortir" avec un "prétendant".

Il faut dire qu'en fac de Lettres, sur 80 personnes à peu près, le sexe masculin n'abonde pas. Et - post-adolescence aidant - n'est pas très à son avantage. Si on retire du lot ceux qui sont pris (ils sont rares) et les timides homosexuels qui meurent de peur à l'idée qu'on les devine, cela réduit encore l'échantillon.

Enfin. Un des gars de la section Lettres (celui qui lit sa grammaire latine comme moi je lis du Delly - et à cet âge-là, je ne lis pas encore Delly, je lis Roland Barthes, pour faire comme tout le monde) vient de rompre avec sa petite amie. Ou plutôt, sa petite amie l'a plaqué. Vu comme ça, entre les cours, et mis à part sa grammaire latine, il n'est pas antipathique.

Votre bonne copine a donc décidé d'essayer de vous coller ensemble, lui et elle, pardon, et vous.

Vous vous dites "pourquoi pas?" (Première d'une longue série de "Pourquoi pas?" qui, la plupart du temps, ne vous mèneront pas très loin). Vous ne savez plus comment la chose s'est mise en place, vous vous souvenez juste d'un verre que vous avez pris ensemble, dans un bistrot proche de l'unif, et où il y a eu - manque de pot - (c'est le cas de le dire), une descente de police et un contrôle d'identité. Mais vous ne buvez pas et vous ne fumez pas. Si, quand même, à l'époque, vous fumiez un peu... Mais rien d'illicite évidemment. Bref, quand vous sortez du café et retournez au cours, vous avez un petit ami flambant neuf. Enfin, c'est plutôt lui qui a une petite amie "flambant neuve", si je puis m'exprimer ainsi.

Votre première sortie ensemble consiste à aller au cinéma. Il vous offre un verre, et sur le temps que vous sirotez un diabolo menthe, il enfile trois jus d'orange. Dans vos conciliabules avec vos copines et votre mère, il restera toujours "l'homme aux trois jus d'orange"... Charmant, il vous disait aussi que sans sa petite amie précédente, il se sentait comme "ce cendrier" (geste vers un cendrier sur la table) sous lequel il n'y aurait plus eu de table. 

Vous n'entrerez pas dans les détails - si ce n'est que la première chose qu'il vous a dite - c'est qu'il ne vous épouserait jamais. Vous avez dix-neuf ans, vous sortez aussi d'une déception sentimentale - qu'il n'imagine même pas et dont vous ne lui parlez surtout pas - et bien entendu, vous lui assurez très sérieusement que vous n'avez pas du tout l'idée de vous marier. Là, il vous contredit: "mais si, les filles pensent toujours au mariage..."  Vous argumentez un peu, mais pas trop longtemps, sentant que c'est une cause perdue. Vous commencez à trouver qu'il est gonflant et pas très malin. Vous avez plutôt envie d'aller au cinéma, vous balader, que sais-je moi? Danser, pourquoi pas (il vous emmène d'ailleurs à une soirée dansante - dans un centre communautaire où tous les hommes, ou presque, portent une kippa. Et là, vous vous êtes bien amusée - car vous aimez danser.)

Voilà pourquoi il vous a prévenue que vous ne vous marieriez jamais. Son frère sort déjà avec une jeune fille qui n'entre pas dans les vues de sa mère et entend bien continuer. Quant à votre petit copain d'occasion, lui ne compte pas entrer en conflit avec sa famille pour une fille qu'en somme, il n'aime pas. Malgré cela, sa mère vous a un jour invitée à manger chez eux, et c'était d'ailleurs délicieux. Le reste (bien que sans gravité heureusement), ne vous a pas plu du tout... Hum. 

Entre alors en scène une autre "bonne copine" de fac, que son petit ami vient aussi de plaquer... On les voyait partout, excusez-moi, je vais être très familière, se rouler des patins d'enfer. Au point que certains étaient choqués. Ou trouvaient, peut-être, que ce n'était pas l'endroit. La conjonction se fait donc naturellement entre elle et votre désormais pseudo petit ami (que vous mettez beaucoup de soin à éviter, voire à fuir) Quand vous les apercevez au carrefour, en haut de la célèbre avenue Paul Héger, alors que vos amies vous disent "mais elle est en train de te le piquer, fais gaffe". Vous répondez "oui-oui" en soupirant.

En votre for intérieur, vous dites que ce serait très bien (mais pas très glorieux, bien sûr).

En réalité, ils se consolent de leurs chagrins d'amour en toute amitié. Enfin, c'est ce qu'elle vous dit.

Alors, comme un brave petit soldat que vous êtes, un jour, vous prenez votre courage à deux mains et vous allez le voir en lui disant qu'il vaut mieux en rester là. Et vous vous séparez. Vous n'aurez même pas duré jusqu'à la Saint-Valentin. A vrai dire, vous êtes soulagée d'un grand poids. 

Et que sont-ils devenus?

Vous, on le sait...

La première "bonne copine" a offert des After eights (chocolats à la crème de menthe) à son petit d'ami de la Saint-Valentin, et puis l'a quitté. Elle a fini par se trouver un autre petit ami et par l'épouser. Aux dernières nouvelles, ils sont toujours mariés.

Lui est mort. A 35 ans. Vous l'avez appris plus tard, incidemment. Et en vertu du principe que "le monde est vraiment très petit". Mais qu'est-ce qu'il a bien pu fabriquer? On a vaguement colporté quelques rumeurs, mais bon, en fin de compte, quelle triste histoire... En outre, ils venaient de Pologne, d'Allemagne et d'Ukraine. C'est dire où une branche au moins de sa famille a été engloutie.

Le hasard a fait que vous avez parfois vu le nom de son frère (qui semble s'être marié avec la fameuse jeune fille qui ne convenait sans doute pas à leur mère) sur des annonces de causeries littéraires - et en-dehors de Bruxelles.

La dernière bonne copine, s'est mariée avec son second petit ami, a eu un enfant, après des années, et puis, son mari l'a plantée là. Mais ça, c'est une autre histoire...

Elles n'étaient pas belles les années => d'université ?

cité paul héger

ulb batiment H 1970

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21 janvier 2019

Chez Lakévio, le conte du lundi...

C'est chez Lakévio, comme chaque lundi... Une consigne, un tableau et un texte...

luigi zucchero

Espérant ne pas plomber un peu plus l'ambiance, je vous propose le devoir d'étoffe, (intégrer la citation suivante dans votre texte).

Extrait d'une lettre de Vincent Van Gogh. (Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh)

"Au lieu donc de me laisser aller au désespoir, j'ai pris le parti de mélancolie active pour autant que j'avais la puissance d'activité, ou en d'autres termes j'ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère."

***

Cuesmes, près de Mons, Belgique,

hiver 1880.

Lieve Théo,

Voici un compte-rendu fidèle, ou plutôt, honnête et lucide, de ces derniers jours. L'hiver dans le Borinage est, cette année, relativement clément. D'après les paysans et ouvriers, mineurs, hiercheuses et femmes au teint gris, enfants pâlots, sans même le chaume blond des nôtres, que je rencontre le dimanche, lorsque chacun sort de la maison.

Aujourd'hui, il a fait plus froid, mais il a aussi fait plus ensoleillé, et sec. Ce matin, tôt, enfin... Tôt, de plus en plus tôt, il y avait même un peu de givre dans la campagne. Ce n'était pas le givre étincelant du lendemain de noël, mais ce n'était pas le ciel gris plombant de ces derniers jours, la boue, les feuilles pourrissantes au bord des mares non plus.

L'hiver est clément donc, mais il n'est pas gai. La fin de l'automne, le début de l'hiver, janvier et février sont rarement gais, par ici. Si gris! Si sombres! On dirait que cela ne va jamais finir. Mars ne vaut guère mieux, avec ses giboulées, et pour le reste, on ne sait pas. Et puis, les ailes des moulins me manquent... Les ailes des moulins versus le carreau de la mine ! Et l'air sauvage et méfiant de tout le monde, par ici.

Je cherche quelque chose que je me désespère de trouver. Malgré tout, les mines sont moins inquiétantes qu'au début de mon séjour. Et si je les laisse tranquilles, et que je dessine, cela leur plaît. Parfois, quelques "manneken" prennent même un bout de fusain charbonneux, et imitent ce que je fais. Pendant que je les regarde, je ne réfléchis pas.

Ca, c'est quand cela va... Mais j'avoue que le temps me dure. Le début des journées est vivable. Après le café bouillant, et le sucre, même un peu humide. Le pain avec du saindoux... Le lard dans la poêle, et les inévitables pommes de terre, je me sens prêt pour la journée. Mais s'il fait gris, je reste à l'intérieur, trop longtemps à l'intérieur. Je ne sais à quel moment le sentiment d'avoir perdu ma journée me terrasse, avec le regret aigu d'être venu m'enterrer ici. Je pense à Paris, lumineux de ses mille lampions, à toi, à ta maison, aux guinguettes, et qui sait, aux ateliers d'artistes dont tu évoques la chaleur. Et, peut-être à d'autres contrées, encore plus accueillantes. Ces jours-là, je suis dévasté. Envie de rien. Vraiment de rien. Ce sont des moments où je suis devant ce choix crucial... Me laisser aller, abandonner, m'étendre, boire, non pas du café bouillant, mais une goutte, puis une autre... Me sentir envahi par la torpeur. Attendre que les heures passent. Désespérer d'avoir si peu de compagnie...

Nous connaissons l'engrenage par coeur. Une fois qu'il est lancé, il semble que rien ne puisse l'arrêter.  Et je te vois d'ici branler du chef. Et donner raison à notre père.

Enfin, l'autre jour, je suis tout de même sorti. Pas longtemps, pas loin. Il y a quelques étangs, dans la région. Il suffit parfois d'une trouée de lumière, d'un soleil rasant l'eau, d'un jaune tirant sur le vert, d'une atmosphère. Même les terrils semblent revêtir une sauvage beauté. Et je me dis que l'hiver ne sera pas éternel... Alors, tu serais content, Théo, je rentre chez moi, et "je me force"... Je me force à ranger cette chaumine. J'accueille ceux qui viennent frapper à ma porte. Et un mouvement en amenant un autre, je me "mets en route". Les pensées noires reculent, même si je sais qu'elles restent là, derrière ma tête, tapies, mauvaises, prêtes à me souffler ce qu'il ne faut pas entendre. Ce que je ne voudrais pas entendre.

Tu seras content de lire, j'espère, qu'au lieu donc, de me laisser aller au désespoir, j'ai pris le parti de mélancolie active, pour autant que j'avais la puissance d'activité, ou en d'autres termes, j'ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche, à celle qui, morne et stagnante, désespère.

Je t'embrasse, lieve Théo. Un jour, je l'espère, un jour nous nous reverrons, un jour, un jour, peut-être que tout ce que j'aurai accumulé d'expérience ici sera le ferment d'une autre aventure. Je l'espère de tout coeur et je prie pour cela.

Ton frère qui t'aime.VVG

 

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20 janvier 2019

La Religieuse, (Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour) 2013

Une nouvelle adaptation du roman de Diderot (que je n'ai pas lu - il faut dire qu'il ne m'est jamais tombé sous la main) est passée l'autre jour à la télé et je l'ai enregistrée, en me disant que si cela ne m'inspirait pas, je pourrais toujours l'arrêter et l'effacer.

Finalement, j'ai tout regardé, mais je me suis dit que ce n'était pas vraiment réjouissant... Encore moins réjouissant que les "Meurtres à ..." Où l'on tue comme on respire. Mais au moins, on tue dans de beaux paysages!

Je me souviens vaguement de l'affiche du film de Jacques Rivette, de 1966, qui m'impressionnait fortement. Première version de la Religieuse de Diderot, qui fut apparemment censurée à sa sortie.

Quel pouvait bien être l'avis de mes parents, à l'époque? Car il était difficile de ne pas voir ces affiches. Nous étions en vacances à la Côte. Ma mère avait coutume de dire que "les femmes sont de véritables pestes entre elles..."  Elle semblait englober toutes les femmes dans cet axiome, et dans à peu près toutes les situations, ce que je trouve exagéré, même si ce n'est pas tout à fait faux.

Mais peut-être pourrait-on dire la même chose des hommes? Dans la vie professionnelle, ce ne sont pas toujours des "cadeaux". 

Mon père, lui, faisait son Ponce Pilate en faisant semblant de ne rien voir ni de ne rien entendre. Je n'avais pas une expérience très réjouissante non plus de ce milieu, mais -avec le recul- l'objectivité me pousse à dire que j'ai eu plus à souffrir de certaines institutrices et de certaines surveillantes que des religieuses de mon école primaire. Nous étions confrontées en permanence aux premières et les secondes n'étaient finalement là que pour constater, de visu, le résultat de l'éducation que nous recevions. Cela se soldait par des révérences et des rubans roses.

(Tiens, cela me fait penser que j'ai regardé un documentaire sur la Légion d'Honneur, Saint-Denis et les Loges, collège et Lycée. Bigre, ça donne la chair de poule!)

Ce ne devait pas toujours être facile, pour les parents de cette génération, d'être confrontés à leurs contradictions. Nous avons reçu, mon frère et à moi, une éducation et une instruction encore très strictes, dans les années 60, or nos parents ne pouvaient tout de même pas totalement faire l'autruche, face à certaines choses. Sans doute les parents d'alors s'en sortaient-ils avec une maxime que j'ai entendue longtemps: de toute façon, la qualité de l'instruction est meilleure dans l'enseignement catholique.

Et après tout, ne cherche-t-on pas le meilleur enseignement, pour ses enfants?

J'ai moi-même mis mon fils dans ce que je considérais comme une des meilleures écoles de la Ville de Bruxelles... Idéologie mise à part, ce n'était pas tellement différent.

***

Revenons à Diderot et au film.

Suzanne, âgée de 16-17 ans, jeune noble de naissance illégitime, est contrainte par sa famille - et par sa mère - (et pour ne pas porter ombrage à ses soeurs aînées), de se rendre un an dans un couvent, puis d'y être postulante, puis de devenir religieuse, ce qu'elle refuse, n'ayant pas la vocation.  Influencée par une supérieure âgée mais compréhensive, poussée par l'ensemble de sa parenté, elle finit par obtempérer pour... se retrouver sous la coupe d'une nouvelle supérieure, un modèle de sadisme tel qu'on peut le concevoir -dans un espace clos- au XVIIIème siècle. S'ensuit une véritable descente aux enfers. Suzanne essaie de conquérir sa liberté, en tentant de se faire relever de ses voeux, et en écrivant ses mémoires (celles que Diderot a imaginées). Avant d'être finalement libérée, elle est extraite in extremis de son premier couvent, puis transférée dans un autre - avec une supérieure guère mieux heu, équilibrée que la première (dans un autre style - et incarnée par Isabelle Huppert, méconnaissable). Enfin, tout au long de son histoire, elle reste fidèle à sa foi. Et à sa conviction première.

D'après ce que j'ai compris (je ne puis regarder le film une deuxième fois, je l'ai effacé), elle se retrouve chez son père biologique, qui vient de mourir. Et libre, elle contemple le parc du château où elle a trouvé refuge. D'après ce que j'ai lu, le film de 1966 finissait plutôt mal.

Donc, c'était plutôt dense. J'ai lu une critique positive d'une part, et une autre, négative, d'autre part.

Disons que ce n'est tout de même pas le film que je regarderai 50.000 fois...  J'espère que je ne vais pas faire des cauchemars cette nuit.

Affiche du film de 2013

Barbies

Echantillon de Barbies "dollsnuns" (je n'aurais pas supposé que cela existât!)

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Ecrire...

Ecrire, c'est gai.

Exprimer quelque chose, restituer une atmosphère, lire et donner à lire.

Tenir un blog, c'est agréable. Mais c'est curieux, quand on y pense. Soit on a un type de blog précis (photographique - ou fait de comptes-rendus de lectures, films, expositions, concerts, journaux de voyage, tout ce qu'on peut imaginer)... Soit on y met un peu de tout. Et des choses de soi aussi. Avec plus ou moins de recul. Ou d'humour ou d'ironie.

Et là, on reste circonspect. Soit on écrit tout tout tout ce qu'on a envie d'écrire, et il y a des choses qu'on aimerait bien écrire et partager, mais alors, il faut accepter que tout le monde - et l'on ne sait pas qui - lise ce qu'on a écrit, commente ou ne commente pas, mais ce n'est pas là mon propos. Il s'agit aussi de comprendre, ou plutôt, de ne pas -mal- comprendre. Même si cela n'a fondamentalement pas d'importance. Ou est censé ne pas devoir avoir d'importance. Puisque moi, je me comprends.

Ou alors, on écrit pour soi. Mais tenir un blog que personne ne lit, personne - personne, à moins de laisser faire le hasard, ce n'est pas forcément gai non plus. Un blog, c'est aussi  un peu comme une maison. Il faut s'y habituer avant de s'y sentir bien et d'y revenir avec plaisir, comme on rentre chez soi.

Ou alors, - j'en reviens aux écrits personnels - il faudrait métamorphoser une histoire "vraie" et "rêvée" ensemble, qu'on a envie de raconter, en conte, en nouvelle. Mêler la fiction et la réalité.

En attendant, il m'est arrivé - exceptionnellement - d'écrire des petites notes - sur le smartphone, (un "bidule", oui), qui offre l'avantage d'allier l'insertion d'une image à l'écriture, et je devrais plutôt parler de tapotage d'un texte assez court, plaisir qui rappelle un peu l'écriture du journal intime (où il y avait peu d'images, à moins qu'on eût beaucoup de photos à disposition, ou de croquis...)  Et après tout, est-ce que cela intéresserait le lecteur de blog? Peut-être... S'il y a un intérêt historique, documentaire ou littéraire quelconque, ou peut-être pas.

Mais le smartphone est un outil à vie limitée, et je ne devrais pas me contenter de laisser certaines notes dessus...

Comme celle relative à ce tramway bruxellois en particulier.

terminus du tram 22 en 1977-1978.

Le 22

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14 janvier 2019

Chez Lakévio, le conte du lundi...

Et voilà la reprise des Lundis de Lakévio.

Réunissons nos idées et essayons d'écrire quelque chose... Sur l'emménagement dans une nouvelle demeure...

***

C'était un lieu délicieusement nostalgique que l'ancienne manufacture Royale de Villeneuvette.

Le nom même de l'endroit la ravissait. "Vil-le-Neuve-Ette" Et l'histoire du site. Puis l'architecture, si particulière. Les hautes maisons rapprochées, l'entourage de verdure, la majestueuses allée d'arbres, pour y arriver. Les lampions qu'on avait finalement laissés, dans la grand-rue. Les lanternes, aux angles des maisons.

La majeure partie de l'année il ferait beau. Parfois trop chaud, quelques branches noircies, courant sous les nouvelles ramures et les buissons encore humides de rosée, témoignaient d'anciennes périodes de canicule. Elle avait découvert l'endroit un jour d'octobre, encore humide, après une nuit de pluie et de mistral. Et soudain, elle en avait perçu toute l'âme.

Etrange héritage que lui avait laissé là sa vieille tante Agathe, qu'elle voyait parfois, enfant, quand ils passaient leurs vacances à Saint-Guilhem-le-Désert. Ils poussaient jusqu'ici et elle trouvait l'endroit - et sa vieille tante, bien sévères. Elle était contente de retourner à Saint-Guilhem, puis, après des vacances dont ils revenaient tous couleur de pain d'épices, elle remontait vers sa ville du Nord. Et l'on oubliait la vieille tante Agathe qui finissait tranquillement ses jours, là où ses ancêtres artisans avaient toujours vécu.

Le testament de tante Agathe mentionnait qu'elle pouvait vendre la maison. Ou louer. Elle était revenue dans ce but.

Mais les pavés des ruelles, la petite place. Les ateliers d'artistes. Et pourquoi ne lancerait-elle pas ce salon de thé, glacier, chocolaterie, auquel elle avait tant rêvé? Là? Ce rêve, pourquoi ne pas le réaliser? 

Elle était à l'étage où avait vécu tante Agathe. Marie, sa fille, presque ado, furetait partout. Chassait une toile d'araignée. Elle  inspecta la pièce à vivre d'un rapide coup d'oeil. C'était propre, assez propre, mais il y aurait du travail. Les couleurs ravissaient l'oeil, elle allait respecter les couleurs. L'acajou de ses quelques meubles s'y trouverait bien. Les murs, épais, protégeraient du froid de l'hiver et des étés violents.

mateo massadrande

Lorsque les boiseries furent réparées, les fenêtres remplacées, le plancher poncé et repeint, les murs remis à neuf, Violette emménagea avec sa fille, Marie. Les amis et connaissances avaient aidé au déménagement. Son ex-compagnon boudait un peu. Il n'avait aucune envie de se retirer dans ce trou perdu. Pour y faire quoi?  Il ne se voyait pas rachetant un champ d'oliviers ou des hectares de vignes. Ou se métamorphosant en apiculteur. Mais que faisaient-ils ensemble, Violette et lui? 

Son truc à lui, c'était l'informatique. Les Services. Pas le secteur primaire.

Tant pis. Violette avait pris sa décision. le secrétaire était casé, des étagères pour ses livres de pâtisserie couraient partout. Chaque meuble avait fini par trouver sa place. Dans leurs chambres aussi. Il restait à déballer les cartons, mais elle avait le temps. 

Alors, elles se rendirent dans la cuisine, envisagèrent les cartons les plus importants, ceux marqués d'une pastille couleur moka. Violette commença à disposer les saladiers, les plats ronds et ovales, les compotiers, plats à fruits et biscuits (tous dépareillés) sur les étagères. L'eau coulait fraîche sur la pierre d'évier, qu'elle avait voulu conserver, et doucement, elle sortit ses réserves de cacao - maigre, cru, estampillé bio - les différents sucres, de canne, blanc, en morceaux, les pots de miel, les fleurs enrobées de sucre... Les épices.

En bas, dans la cour, dans ses vases et pots de terre cuite, elle soignerait son caféier bien aimé, celui qui ne donnait pas de graines, elle planterait des fleurs aromatiques, pour créer des combinaisons de fourrages intéressants. Et des tisanes délicieusement rafraîchissantes. Ou reconstituantes...

***

Des mois et des mois plus tard, par un matin d'octobre pluvieux, elle ouvrit la porte à deux visiteuses transies de froid, qui s'installèrent dans un angle du salon de thé déserté, et commandèrent un copieux petit déjeuner.

Elle leur fit goûter d'un pot de miel. "Mon miel" dit-elle fièrement... Le miel de lierre de Villeneuvette, crémeux, que lui récoltait tout spécialement un ami apiculteur...

La conversation s'engagea et elles parlèrent longuement de l'histoire de Villeneuvette, des bâtiments attendant encore restauration, d'un escalier rouillé planté droit vers le ciel, et de pétales de roses flottant doucement à la surface d'une fontaine, miroir infini de gouttelettes sonores et d'histoires d'amour anciennes.

Villeneuvette - octobre 2018

Posté par quartzrose à 08:25 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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