Variations de regard

12 février 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi

C'est chez Lakévio, comme chaque vendredi, un tableau, qu'elle nous propose. Sur la pluie, cette fois, de Jeff Rowland.

Et cette fois aussi, pas de consigne stricte, nous pouvons nous laisser guider par notre inspiration.

Jeff Rowland let in rain

Indifférente à la pluie, au fog et aux rafales de vent. Indifférente à l'hiver, à la tempête qui menace, par ce soir de février, Vera a mis son manteau rouge et son chapeau cloche, achetés l'an dernier, chez Selfridge's - une folie! Et elle l'attend. Elle a marché dans Londres, aujourd'hui, elle a pris du thé, a hésité devant une part de cake bicolore - rose et vanille... Ce Battenberg, dont ils raffolent tous les deux. Puis elle a pensé à sa diète, et a renoncé.

Elle a longuement lu et relu le journal, un peu inquiète. Les temps sont tellement indécis !

Puis, elle s'est décidée à rejoindre la gare d'Euston. Elle a admiré l'Arche, et pénétré dans la gare. Elle a demandé un billet de quai et la tempête s'est abattue sur tous les voyageurs en attente. Mais tout le monde avait son parapluie. Elle s'est demandé si son joli chapeau cloche en feutre, assorti à son manteau, tiendrait le coup.

Demain et les jours suivants, il devrait sûrement aller à la City. Les nouvelles économiques étaient toujours aussi alarmantes. Quand le train est arrivé, poursuivant la vapeur de la locomotive, "grande dame drapée de gris et d'arrogance"... Le sifflement strident l'a obligée à se protéger les oreilles, et puis, il fallait laisser s'écouler la foule.

Le train en provenance du Northumberland. Un pays vraiment lointain, d'où il était originaire. Elle s'est demandé si elle pourrait vivre là-bas. Dans les landes solitaires. Frappées par le vent. Pourquoi donc s'est-elle demandé si elle pourrait vivre là-bas? Et soudain, elle l'a vu. Il accourait vers elle. Ils avaient tant de choses à se dire. Londres, elle n'y tenait pas tant que cela, même si elle l'aimait. Il y avait trop de pauvreté, confrontée à trop de richesse.

Surtout depuis ce jeudi noir, de 1929.

Elle se dit qu'ils ont bien de la chance. Même si tout s'effondre, ils s'aiment. Ils s'aiment et elle attend un enfant. Il court vers elle, la serre dans ses bras, l'emmène à l'abri de la pluie. "Alors?" demande-t-elle fébrilement. "Alors", répond-il... "Mon amour... Tu le sais, ce sera plus raisonnable de vivre là-bas. Mais pourras-tu t'y faire?" Il frissonne en pensant à la maison sur la lande où il y a tant de murs à relever, tant de travaux à faire, tant d'inconfort. Elle sourit...

"On va en discuter. Viens, rentrons à la maison. Il y a des sandwiches au concombre, au cheddar, à la moutarde, et du thé bien chaud. On en reparlera... Tu sais bien que j'aime la campagne... Demain, demain, tu iras à ton bureau, et tu me diras ce qu'il en est. D'accord?"

"D'accord" répond-il, soulagé. Ils repassent sous l'arche d'Euston, cette arche monumentale qui sépare l'univers noir du rail,  de Londres qui s'illumine, petit à petit. Et retournent chez eux, à pied, à travers squares et ruelles, bravant le fog, les intempéries et la circulation.

Tomorrow is another day... Chantonnent-ils dans leur tête...

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Démolition de l'Arche de la gare d'Euston, en 1962.

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11 février 2018

L'horloge des rendez-vous

Mardi après-midi, la Rose est venue faire sa petite visite à la Bruxelloise que je suis et nous sommes parties visiter l'exposition "Baudelaire à Bruxelles", au musée de la Ville de Bruxelles, c'est-à-dire, comme nous l'appelons, à la Maison du Roi, à la Grand-Place, juste en face de l'Hôtel de ville.

L'expo se tient au dernier étage du musée (il faut monter deux volées d'escaliers, et comme ce jour-là, il faisait froid, j'étais naturellement habillée trop chaudement pour l'intérieur du musée). Mais cela en valait la peine.

Côté ambiance, nous avons rencontré une équipe de journalistes et de photographes de la RTBF, qui préparait sans doute une future émission culturelle. C'était une des présentatrices de notre JT national, mais je ne l'aurais pourtant pas reconnue si la Rose ne m'avait dit, tiens, c'est Julie Morelle.

Tout le monde connaît les vers atroces que Baudelaire a écrits sur Bruxelles - notamment sur la Gueuze et le Faro, deux bières bruxelloises qui valent le déplacement (mais je ne saurais plus boire de la Gueuze, du moins, en plus grande quantité qu'un demi-verre - pas une Lunette d'un litre, donc). Le Faro est plutôt bon, pas trop alcoolisé, aromatisé avec du sucre candi, mais assez costaud (tu bois un verre et tu ne sais plus rien manger).

La gueuze

33 cl de Gueuze ! Déjà trop pour moi!

Rien ne vaut une kriek, bien sûr, bien fraîche, mais la kriek d'aujourd'hui est un peu trop sucrée. Normalement, elle ne devrait pas l'être et d'ailleurs, il y a quarante ou cinquante ans encore, on rajoutait un sucre qu'on écrasait avec un petit outil spécial, au fond du verre.

Un mini "stoemper" - prononcez stoumPer(e).

« Buvez-vous du faro ? » — dis-je à monsieur Hetzel ;
Je vis un peu d’horreur sur sa mine barbue,
— « Non, jamais ! le faro (je dis cela sans fiel !)
C’est de la bière deux fois bue. »

Hetzel parlait ainsi, dans un Café flamand,
Par prudence sans doute, énigmatiquement ;
Je compris que c’était une manière fine
De me dire : « Faro, synonyme d’urine ! »

« Observez bien que le faro
Se fait avec de l’eau de Senne »
— « Je comprends d’où lui vient sa saveur citoyenne.
Après tout, c’est selon ce qu’on entend par eau ! »

Charles Baudelaire, Poésies.

Soit. Nous avons fait notre tour, regardé les tableaux de => Jean-Baptiste Van Moer, peintre officiel de la Ville de Bruxelles, que celle-ci avait mandaté pour peindre les quartiers jouxtant la Senne, devenue un égout à ciel ouvert, et pourtant la rivière fondatrice... Avant leur destruction. La Senne a donc été voûtée, les quartiers démolis et Bruxelles a fait édifier nos grands boulevards centraux, à la Haussmann, comme à Paris.

J'en ai profité pour tirer le "portrait" de notre hôtel de Ville.

l'hôtel et la tour

La tour

Et pourquoi l'horloge des rendez-vous?

Parce qu'en 1984, quand mon collègue prof de dessin et futur mari et moi, nous nous donnions rendez-vous, c'était devant les escaliers de la Maison du Roi... Combien de fois avons-nous fixé cette horloge de l'Hôtel de Ville avec impatience! Nous étions fous amoureux... Et impatients de nous voir.

Nous nous promenions dans le quartier, nous allions boire un verre au "Faucon" et nous avons élaboré nos projets d'avenir quelque part dans les rues avoisinantes... Projets que nous avons scellés autour d'une fondue bourguignonne et d'un Saint-Amour, chez Léon, sans vouloir faire de publicité pour Léon de Bruxelles.

Et nous nous sommes dit que nous avons dû apparaître bien souvent sur des photographies de touristes, ce printemps-là, un des plus beaux printemps de ma jeunesse... Il faut bien que je le reconnaisse !

L'horloge des rendez-vous

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Des brèves au présent et au futur

La principale nouvelle est que (dans quoi me suis-je engagée?) demain, je me lance, avec d'autres, dans la constitution d'un atelier d'écriture. Celui-ci restera un atelier d'écriture, ou bien il deviendra un collectif d'écrits. Dans le club de loisirs que je fréquente (près de chez moi), nous avons désormais un comité culturel (ça fait chic!) - nous travaillons avec Article 27 (une association basée sur le principe de la culture pour tous, travaillant en réseau), ce qui nous permet :

1) d'élaborer un projet culturel propre à notre groupe et

2) d'aller à des spectacles ou des expositions avec nos "articles 27", et 1 euro 25 de supplément...

Je n'ai pas encore pu beaucoup en profiter, car cela se télescopait avec d'autres activités, et lorsque je suis allée en groupe au cinéma pour voir "Le jeune Karl Marx", il y a eu une avarie de machine (comme dans un bateau) et la projection n'a jamais eu lieu...

Mais demain, notre premier atelier - test commence. J'ai proposé de faire appel à une association qui crée des collectifs d'écrits un peu partout dans Bruxelles, basé sur la co-animation (tout le monde peut proposer un thème d'écriture et, qui sait, des consignes, et suivre une formation). J'aime bien l'idée.

Le projet en lui-même débutera en mai, après le parcours d'artistes d'Anderlecht, auquel nous participons.

J'ai eu une bonne idée le jour où je suis entrée dans ce club (entre nous, c'est la Rose qui m'y a envoyée en me "bottant", hum, je ne vais pas dire quoi, c'est une expression). C'est près de chez moi, dans une belle maison, style années 30, avec un merveilleux jardin. Nous avons une permanence le mardi et le jeudi, à midi, on mange un potage qu'on a préparé, avec du pain ou des pâtes... Au printemps, on entame le cycle des salades. On a un repas une fois par mois, et les goûters d'anniversaire une fois par mois aussi.

Certains font du jardinage, (il y a une mare merveilleuse), d'autres du sport, il y a des ateliers couture, théâtre, mosaïque (celui-là va à sa fin), eutonie (le vendredi matin), il y a eu deux ateliers bijoux en porcelaine, raku... Bref, il y a de quoi s'occuper, plus que je ne puis en faire.

Mais l'atelier d'écriture, c'est ma proposition. Maintenant, je ne sais pas ce que cela va donner...

Il faut aider les personnes à surmonter leurs freins vis-à-vis de l'écriture : les mauvais souvenirs d'école, la peur des fautes d'orthographe, celle de ne pas y arriver, etc.

Pour demain, nous devons choisir un objet qui a de l'importance pour nous (je suis toujours en train de chercher...)

***

Jeudi donc, nous avons eu une réunion préparatoire, après quoi je suis allée au cours d'infographie, (après avoir mangé une salade, d'abord). Au cours, j'ai attrapé un mal de tête violent, qui m'a rappelé l'époque où je travaillais et la nuit qui a suivi, j'ai eu une nouvelle crise de vertiges et une tension qui est montée à 17... C'était la cata... Aujourd'hui que tout est calmé, les vertiges, le mal de tête, je sais que c'est ma nuque qui me joue à nouveau des tours. Il suffit d'un peu de stress, et c'est reparti.

C'est pour cela que je veux faire l'eutonie (une heure et demie... contre 20 minutes chez un kiné ?) Mais le kiné serait quand même nécessaire...

Mais de toute évidence, en mars, quand je vois la spécialiste de la douleur, je vais devoir demander une nouvelle IRM et une infiltration d'Arnold ("Arnold! Sors de ce corps!) ... On verra.

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05 février 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi

Le vendredi, Lakévio poste un tableau avec une consigne d'écriture.

Chandeleur oblige (je vais vraiment avoir envie de crêpes, je vais finir par en faire en remplaçant le lait par de la crème de soya allongée d'eau !)  c'est un tableau où il peut être question de crêpes. Ou d'autres choses.

Nous avons hérité d'un texte à trous-trous, façon examen du Secrétariat permanent de recrutement de l'Etat (je plaisante, bien sûr), je ne sais pas très bien ce que cela va donner, mais il faut que je secoue ma paresse et que j'écrive... Il y a deux personnages, X et Y. Nous devons respecter l'ordre des débuts de phrases, et je suppose des mots de liaison (ou d'introduction). Et ajouter un verbe. Pas plus de quinze verbes. Pas un de moins, pas un de plus.

Cela va faire quelques phrases un peu bancales. Mais tant pis ! On n'a rien sans rien. Surtout pas des crêpes !

alfred de richemont

Alfred de Richemont et Yvonne, son épouse et ancien modèle, car oui, les peintres épousaient parfois des anciens modèles... Tous deux ensemble, tendrement, dans un coin de l'atelier, sur leurs chaises de rotin, près du poêle en fonte, tout ronflant. Et tout plein de bonnes bûches.

Ils ne se préoccupaient guère de la lumière aveuglante de l'extérieur, par ce glacial après-midi de février. Mince et froid. Un vrai temps de Chandeleur. 

Pourtant Alfred avait gardé son bel habit, mais Yvonne, elle, était comme d'habitude, en tenue d'après-midi. Robe pékinée à longues manches, élégante, mais simple, et tablier de popeline claire. Entre deux repassages... Entre les devoirs des enfants, et une fabrication de pâte à crêpes, selon une vieille tradition familiale. 

Tandis qu'il tisonnait dans le trou béant du poêle, elle avait apporté le saladier de pâte, douce et blonde, les plats et ustensiles nécessaires à leur petit goûter, mais elle ne se décidait pas à l'aventure de la cuisson des crêpes. 

Parfois, elle avait de ces timidités, alors, avec un bon sourire, il abandonnait ses pinceaux... Ses couleurs, l'huile odorante, les pigments poudreux, les tableaux en cours, voire les sculptures de terre. La tendresse. L'écoute de ses souhaits secrets. Tout un art que cette vie à deux. 

Cependant, il ne se sacrifiait pas tant que cela ; elle en était consciente. Oui, vraiment. Tout un art que cette vie à deux.

Souvent, ils communiquaient ainsi silencieusement. Le retrait souriant de l'une, les avancées franches de l'autre. Comme dans la danse amoureuse, l'union des mains, des regards et des corps.

Surtout lorsqu'elle le regardait avec cet air d'appétit indescriptible. Avec tout son visage souriant. Et qu'il sentait  leurs envies mutuelles, autant que l'envie des crêpes rondes comme un soleil d'hiver. Amour, délices, chaleur et séduction. 

Mais, en réalité, ils avaient rêvé tout cela. Peut-être! Car le tableau ! Le tableau, immobile, aux cimaises du musée des souvenirs de la grande guerre. Avec son étiquette de bronze : un après-midi dans l'atelier. Par Alfred de Richemont.

Février 1918.

***

Et à la sortie de cette salle du musée, une seule pancarte : CAFETERIA.

Avec la récompense : aujourd'hui, dimanche 4 février 2018, crêpes à volonté !

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04 février 2018

Le riz au gras

En essayant de mettre de l'ordre, j'ai tiré un livre de cuisine, "la bonne cuisine de chez nous" et je l'ai ouvert un peu au hasard. Aux sauces "poulette", "mousseline", (plus une variante avec chantilly et blancs d'oeufs battus en neige), et puis j'ai vu ces mots tentants : riz au gras.

Ah! Le riz au gras !

Jadis (et naguère), le dimanche, quand mes parents se piquaient de sortir du poulet - frites - carottes et petits pois (terminés par un pot de mousse au chocolat ou de salade de fruits - ou par un petit chou de chez Nihoul), jadis et naguère donc, quand nous faisions des bouchées à la reine, c'était tout un cérémonial.

D'abord, il fallait acheter les bouchées à la reine (les feuilletés) chez le pâtissier,

Ensuite, on achetait une poule à bouillir chez le poulailler, pardon, le volaillier - enfin, le marchand de volailles. De la rue Américaine. Il a été remplacé par un resto thaï bobo.

On faisait bouillir la poule avec l'oignon piqué de clous de girofle et le bouquet garni, (je me demande comment on intercalait la messe là-dedans, il est vrai que parfois, on allait le samedi à 17 heures ou le dimanche soir), puis, il s'agissait de dépiauter la poule. C'était mon père qui s'y collait, le plus souvent (c'était un très bon cuisinier), puis de faire la sauce... Je ne sais pas si on mettait de petites boulettes dedans, mais des champignons, oui,

riz

et enfin, on cuisait le riz au gras, c'est-à-dire dans le bouillon de poule plus ou moins refroidi, de manière à pouvoir enlever un peu du gras qui surnageait. Au bout de tout ce temps, on se mettait à table et on mangeait. Je ne me souviens pas de quoi on parlait. Etant la plus jeune, je me taisais, le plus souvent. Peut-être que parfois, mes parents parlaient du sermon... Ma mère reconnaissait (parfois) que durant le sermon, elle avait du mal à se concentrer sur ce que le prêtre disait. Il n'empêche que quand elle me voyait regarder ma montre (discrètement pourtant), elle ne me "loupait" pas.

Après le repas, et la "sieste" de mes parents, ma mère nous faisait sortir mon frère et moi, par à peu près tous les temps, soit vers le jardin de l'Abbaye, soit vers le bois de la Cambre. Elle nous jurait que le meilleur de la promenade, c'était le retour. En général, on allait jusqu'au Ravin. Et on revenait. Et alors, on goûtait. Les fameux petits choux (deux au moka, deux au chocolat) de chez Nihoul. Ou une "ananine", un gâteau à l'amande et aux ananas, recouvert d'un glaçage vert, ou une "pensée", de chez un autre pâtissier.

Puis je faisais mes devoirs et mes leçons, pour l'école, et le lundi, tout recommençait.

***

En fait de riz au gras, ce midi, je mange des chicons au gratin (j'ai rajouté un chicon, pour avoir plus de légumes et j'ai réparti le tout dans deux raviers). J'ai des tomates qui attendent dans mon frigo que je fasse des tomates farcies. Et j'ai des cuisses de poulet que je pourrais éventuellement cuire dans du bouillon en ajoutant du riz. Mais quelle bonne idée !

Je mets de l'ordre et je fais des lessives (moi aussi !) pour donner du travail à l'aide ménagère, demain matin, qui va venir secouer mon appartement dans tous les sens. Et me dire, une heure après être arrivée, qu'elle a fini... C'est un vrai casse-tête, cette aide-ménagère. Quand elle est partie, je ferme la porte et je dis "ouf" et je suis, en général, plus fatiguée que si elle n'était pas venue.

Mais indubitablement, l'appartement est propre.

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03 février 2018

Pour Lorraine

Je ne sais plus quand Lorraine et moi avons échangé pour la première fois. Cela doit remonter à l'année 2006. Ni quand nous nous sommes vues pour la première fois. Nous sommes allées ensemble à des ateliers d'écriture chez Coumarine, qui nous recevait le vendredi matin - ou le samedi, pour une journée.

Lorraine habitait près de chez mon père, dans le même quartier. (C'est ainsi que j'ai parlé de cette rencontre à mon père). J'avais appris qu'elle avait eu une longue carrière de journaliste dans un de nos principaux grands quotidiens, La Libre Belgique, que mes parents (et mes grands-parents maternels) ont toujours lue. Je les ai même souvent taquinés là-dessus. Il fut un temps où la Libre Belgique, c'était une institution.

Il y avait un feuilleton (que ma mère découpait, à l'occasion),

La Libre féminine,

Et La Libre Junior, qui paraissait le mercredi après-midi.

En plus des actualités, des pages culturelles, des programmes de cinéma et des programmes de télévision et de radio. Pas de faits divers ni d'horoscope, ce qui justifiait en partie le choix de mes parents. Lorraine m'a dit avoir beaucoup écrit dans le domaine de l'éducation, sous différents pseudos (dont Platon, sauf erreur de ma part), et elle s'est consacrée à une grande enquête auprès des femmes, vers 1976, (si mes souvenirs sont bons).

Ma mère avait décidé de s'exprimer sur la question (elle venait d'arrêter de travailler), et nous avons beaucoup discuté sur la longue lettre qu'elle a envoyée à la Libre Belgique (nous n'étions pas toujours d'accord, elle et moi). A dix-huit ans, en 1976, j'étais plutôt pour le travail des femmes, mais ma mère, qui avait accompli durant cinq ans un travail qu'elle jugeait inintéressant, dans un cadre qu'elle n'aimait pas du tout, voulait attirer l'attention sur l'immense majorité des femmes vouées à un travail subalterne, déconsidéré et souvent mal payé. Je trouvais que son point de vue était limité (je sais à présent qu'elle avait raison, en grande partie, mais mon point de vue de jeune était qu'il fallait faire des études permettant de faire une carrière intéressante, naïve que j'étais).

Voilà un souvenir sur lequel nous avons échangé, Lorraine et moi, lorsque nous nous sommes rencontrées. Elle avait aussi un chat qu'elle adorait, Milord, c'était l'amie des chats - et elle a écrit sur eux... Pour les enfants.

chats lorraine

Lorraine a été une amie lectrice blogueuse merveilleuse, et, en atelier d'écriture, une personnalité joyeuse, une auteure très chouette à découvrir, pleine d'humour, parfois audacieuse, au fait de tout ce qui était nouveau (elle pouvait écrire sur les rencontres par internet), tout en étant une grande romantique et une dame fidèle à ses plus grandes affections...

Chacun pourra se faire une idée en parcourant son blog, et ses poèmes - elle maîtrisait parfaitement la versification du poème classique, tout en s'adonnant au vers libre.

Elle nous a quittés le 1er février 2018, et vraiment, cela me fait quelque chose. De difficile à expliquer. Mais mes pensées vont avant tout vers sa fille, Mamilouve, vers les siens, et vers tous ses proches... On voudrait pouvoir l'exprimer plus, l'exprimer mieux, dire que l'on sait, que l'on comprend, qu'on voudrait offrir un peu, beaucoup, de son soutien...

On voudrait...

 

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31 janvier 2018

Post scriptum

Samedi, quand même, la Rose m'a emmenée à Lessines dans une ressourcerie. J'ai trouvé un livre sur la cuisine sud-américaine (années 70) à 50 cents. Pour compléter ma collection.

la cuisine du monde

la cuisine du monde

la cuisine viennoise est un de mes préférés

et celle des Iles britanniques...

Puis, chez le producteur local de Bois de Lessines où j'ai acheté 4 poireaux, 1 panais, 3 poires et 1 oignon, pour enfin faire cette soupe poireaux-poires + panais. C'était vraiment très bon, avec un petit carton de crème de soya à 15% de matière grasse seulement. Environ 20-25 min + encore 15-20 min de cuisson quand on ajoute les poires. Il y en a (avec à peu près un litre et demi de bouillon) pour quatre bonnes assiettes.

Il y avait aussi du trop bon fromage... Toutes sortes de légumes de saison, des mandarines de Sicile, wouh, c'est une bonne adresse.

Après une éclaircie miraculeuse hier, dans cet hiver gris et sombre, le temps est revenu à la normale : vent et pluie, pluie et vent.

ps. Encore, je fais mes délices des Enquêtes de Véra, dont l'intégralité repasse à la rtbf, l'après-midi... Avant un film gentillet et sentimental (le plus souvent). Brenda Blethyn est une grande actrice...

brenda blethyn vera

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Parenthèse

Après mon dernier article - c'était vendredi je crois, je me suis levée de ma chaise -pour bouger- et tout d'un coup, tout s'est mis à tournoyer. D'abord un peu, puis de plus en plus fort, soit quand je penchais la tête en avant, soit sur le côté, et finalement, je ne peux pas expliquer. J'ai filé dans mon lit qui tanguait comme une coquille de noix et moi avec.

Bon, vers le soir, avec un peu de repos, ça s'est calmé, mais il a fallu deux jours pour que ces misères cessent (mal derrière l'oreille... Cou... Epaules). Je n'ai pas souvent de vertiges, heureusement, mais là, cela m'a fait peur.

Je ne sais pas très bien par où prendre les choses, entre les sacro-iliaques qui fichent le camp, les hanches (peur de devoir passer par la PTH), une colonne cervicale arthrosée, la moëlle épinière qui n'a presque plus de place, sans parler des épaules... Et les tremblements incoercibles qui font que je ne sais quasiment plus prendre une photo nette. Enfin, j'ai passé une scintigraphie osseuse hier, cela ne va pas rénover la charpente, mais on y verra peut-être déjà un peu plus clair.

A côté de cela, les amis qui nous attendent à Carqueiranne préparent des promenades fabuleuses alors que j'ai vraiment la hanche droite qui fiche le camp... L'amie m'enjoint à faire de la kiné, il faut que je trouve un kiné, mais en 20 minutes, on ne fait pas de miracle.

Ce n'est pas très folichon comme article, mais je vais y aller doucement.

Wouarf comme dirait une lectrice blogueuse, la revalidation me guette et je repousse l'échéance tant que je peux.

Et ce n'est rien à côté d'une opération. Heureusement que les pompes à morphine existent. Que ferait-on sans elles?

Quant à l'assemblée générale des copropriétaires, cette année, je n'irai pas, je n'en ai vraiment pas le courage. Une soirée dans cette église avec un vendeur de savonnettes, et des propositions de gestion hallucinantes, c'est au-dessus de mes forces.

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26 janvier 2018

Des brèves

Bon. Revenons à nos moutons.

Jeudi dernier - le 18 janvier - nous avons eu notre vernissage à la Maison de la laïcité d'Anderlecht. C'est la première fois que j'y mettais les pieds depuis que j'habite ici - et je passe souvent devant. Beaucoup d'élèves de l'atelier d'infographie, les collègues de sculpture (le professeur de sculpture ressemble un peu à Vincent Lindon, en plus négligé et enfumé...)  Notre directrice était absente,

- elle a perdu son chat, a dit notre prof.

- Ah! A dit la Rose, son chat est mort?

J'étais déjà en train de la plaindre de tout mon coeur, puis on s'est demandé si c'était l'humour de notre prof, mais non, son chat est vraiment mort. Bref.

Le bourgmestre, par contre, lui était vraiment là. Ca fait plus de vingt ans qu'il est en politique et proche des milieux laïques et c'était la première fois que je le voyais de si près. Bof. Il ne s'est pas attardé, prétextant une autre réunion. Nous étions assez contents, mais il n'y a pas une photo à peu près convenable de l'événement. 

Mon fils frétillait pour  ne pas apparaître sur les photos, avec des officiels, une amie s'était assise sur une chaise. Nous nous sommes contentés de jus de fruit ou de thé ou d'eau. Le vin des vernissages est souvent infect. Et dans le mauvais vin, on ne trouve que l'ivresse.

monochromes bleus

livres en fanzines

j'ai arrangé les photos de l'AMl, de très mauvaise qualité, comme je l'ai pu.

Mercredi, c'est Paris, qui est venu à nous, puisque nous sommes enfin allées voir l'expo Robert Doisneau, au musée d'Ixelles, qui arrive à sa fin. Essentiellement du noir et blanc, pour deux périodes, Paris, dans les années 30 (les enfants qui vont chercher du lait avec leur boîte à lait), puis dans les années 50 à 70, 1971. Des mariages, le célèbre baiser de l'opéra, des gens de la Zone, des vieux couples - on dirait maintenant, de sdf ou du quart monde - d'accortes vendeuses...

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Puis pour les portraits d'artistes (Gaston Chaissac, Bernard Buffet, Utrillo, Picasso, Braque...) et les ateliers d'artistes (Nicolas de Staël dans un atelier, l'académie Jullian). Belle exposition. Et du monde, alors qu'elle est bientôt terminée. Et une période couleur, à l'étage, correspondant à un reportage aux Etats-Unis, "Palm Springs 1960 : 30 clichés en couleurs réalisés pour le magazine américain Fortune traduisant le regard amusé d’un ethnologue improvisé sur une population de retraités bienheureux à l’opulence joyeuse." (c) Musée d'Ixelles.

Nicolas de Staêl en atelier

Nicolas de Staël

Eglise Saint Boniface

L'Eglise Saint-Boniface, au soleil couchant.

Un petit tour dans les collections permanentes du musée, revoir les tableaux qu'on aime bien et qu'on pourrait contempler des heures durant, assise sur un banc, le musée va fermer pendant une période de travaux (ce serait bien qu'ils adjoignent une petite cafétéria).

Enfin, en sortant du musée, nous avons marché jusqu'à l'église Saint-Boniface, en plein coeur d'Ixelles. L'ancien athénée d'Ixelles, où Odilon-Jean Périer (et tant d'autres) firent leurs études, et où j'ai suivi des cours de rattrapage de mathématiques, tout un mois d'août, est dans un état pitoyable. Et enfin, nous avons bu un thé chez Florian, un petit salon de thé près de la rue de la Paix. Où j'ai plein de souvenirs... Le petit traiteur, où j'allais manger un croque-monsieur... La pâtisserie (aujourd'hui fermée) où j'ai commandé un gâteau d'anniversaire en forme d'avion, pour un anniversaire... L'épicerie - marchand de fruits et légumes, qui elle, ne change pas.  

Toute une théière d'Oolong Milky pour moi... Un thé délicieux et rafraîchissant.

***

Après, pour rejoindre Anderlecht, en voiture, il a bien fallu une heure - en pleine heure de pointe - mais c'était l'occasion de repasser par la place Fernand Coq, la rue Mercelis, le carrefour Bailli - Lesbroussart - Louise, en travaux, pour changer, la chaussée de Vleurgat, le coin de "mon ancien chez moi", la Bascule, de plus en plus commerçante, et puis l'avenue Winston Churchill vers le carrefour Albert. Juste avant de traverser le carrefour de l'avenue Legrand, la voiture étant arrêtée, je regardais les clients du magasin Carrefour*** faire leurs courses et passer aux caisses. En repensant à l'ancien Sarma où l'on trouvait vraiment de tout. Même des laines à tricoter...

***

Et pour le moment, je travaille à mon livre sur le jazz en bleu et noir. Je ne suis pas une fine connaisseuse en jazz, disons que j'illustre ce que le jazz a représenté pour moi (la Nouvelle Orléans pour commencer, la Libération, le règne de la radio, In the mood, à Arromanches, en 1998, Django Reinhardt, Tuur Florizoone, Bernard Degavre (qui réinterprète les vieux jazzmen, morts de misère et d'alcool), les dimanches après-midi baignés de Ray Charles, etc.)

Une illustration pour

capture d'écran, hier, à l'Ecole des Arts.

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25 janvier 2018

A la rtbf ce soir/A chaud...

Deux émissions choc, ce soir, à la télé :

l'émission du mercredi, qu'en moi-même je qualifie de "jour à émissions ch....es", "Questions à la une", d'abord sur le financement des partis politiques en Belgique (passons), et puis sur "les relations sexuelles sans consentement", que j'ai enregistrée, donc, un peu écoutée d'un oeil si je puis dire - une émission faite de témoignages. Et de temps en temps de commentaires.

En même temps, le lis ce qu'en disent nos féministes nationales, qui trouvent le titre choquant. Je comprends pourtant ce qu'il veut dire. J'appellerais ça les relations ou les aventures foireuses. Celles qu'on n'a pas toujours su éviter - ou qu'on a su éviter, heureusement, car elles auraient pu s'avérer beaucoup plus dangereuses... Celles où l'on s'est laissé piéger, parfois de bonne foi, en faisant confiance à vieil ami... Voire à un homme dont on se serait cru quelque peu amoureuse. Avant. Mais plus après. L'après devenant le comment se sortir de là ?

Et pourtant, je les dissocie du "viol", forme suprême de la violence sexuelle. Le stade avant le crime de sang - qui suit, parfois. Majoritairement de la part des hommes envers les femmes, mais ne nous voilons pas la face, cette forme de violence sexuelle existe - par le biais du chantage et surtout, du harcèlement - entre les femmes et entre les hommes. Ne parlons pas du viol dans la famille... Appelons cela plutôt par le terme qui existe : l'inceste (commis parfois sous la menace du meurtre, eh oui).

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Suivait un débat bien made in RTBF - j'en ai vu un  à un poste français, d'une qualité supérieure, sur le thème du viol : première question:  pourquoi si peu de viols impunis? Deuxième question: le consentement - le grand mot lâché.

Or, nous venons de vivre un fait divers - où la RTBF s'est distinguée. Une jeune femme partie de Liège à Bruxelles, après une soirée très arrosée, aurait été emmenée par plusieurs individus, et séquestrée et violée pendant plusieurs jours. L'avocat des hommes arrêtés et mis en examen ayant déclaré, face caméra, qu'il allait plaider le consentement.

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Ici, la rtbf a invité à s'exprimer un + deux témoins : deux victimes, une à visage découvert, qui, visiblement milite depuis, et a dit des choses très intelligentes. Et une autre anonymement, sous le masque et dont la voix était floutée (ce qui fait que je n'ai absolument rien compris de ce qu'elle disait) et enfin: un "violeur" qui a fait 10 jours de préventive et semble s'être "repenti" (témoignage par le biais d'internet).

Ce genre d'émissions est toujours trop court étant donné ce que la rtbf veut caser dedans : la rue, (à Liège! Evidemment, pourquoi pas à Liège? Me rétorquera-t-on?) le représentant des réseaux sociaux, Kroll, qui venait dessiner - comme du temps de l'Ecran Témoin (une version belge des anciens "Dossiers de l'écran"), deux femmes politiques (mais qui disaient des choses assez intéressantes, surtout l'une d'elles, d'origine zaïroise - libérale), (je suppose qu'elle connaissait bien son sujet). Un policier spécialisé dans le suivi des personnes portant plainte, (pas de juge, contrairement au débat français que j'avais vu). Des responsables d'association, et quelques femmes qui ont dit des vérités bien senties.

Le viol conjugal a été rapidement abordé en fin d'émission, avec une statistique, à mon sens fort optimiste, de 29,5% de femmes concernées. La plupart ne sont même pas prises au sérieux par leurs psys successifs. Et donc, non répertoriées.  Je me demande si l'on ne pourrait pas inverser la statistique et dire que peut-être, il y aurait 29,5% de femmes (mariées ou en concubinage ou pourvues d'un amant) heureuses et qui n'auraient jamais connu de "viol" ou de violence sexuelle - contre 70 % qui auraient vécu des situations qu'un moment donné, elles jugeront peut-être insupportables.

Car le point de vue change avec l'âge, bien sûr, avec la lucidité et l'expérience.

Mais j'espère que non.

Bref, une émission un peu frustrante, si l'on excepte le témoignage d'une des deux victimes qui explique ce qui se passe, sur le plan neurologique, au moment du viol, et qui empêche la femme de se défendre (comment le ferait-elle d'ailleurs, avec plusieurs assaillants?)

Et plusieurs personnes dans le public qui insistent sur le fait que le viol n'est en aucun cas une "relation sexuelle", c'est une agression. Et que l'alcool est une circonstance aggravante, puisqu'il déshinibe.

En effet, une psychiatre, face à ces questions de viol et de "non consentement", venait à se demander s'il ne faudrait pas faire un contrat, comme en Suède, avant d'accepter des relations!  On en arrive à la bonne vieille libération sexuelle - les années 70, 80, 90, c'était formidable! Et ce serait regrettable de "codifier" quelque chose qui doit rester "naturel".

Oui, c'était formidable dans certains domaines, mais je ne sais pas, vu ce que mes amies me racontaient, si c'était si formidable que cela sur le plan sentimental et sexuel. La pilule permettait de ne plus tomber enceinte, mais la peur de tomber enceinte en avait préservé beaucoup d'avoir des relations sexuelles avec "n'importe qui" - ou avec quelqu'un avec qui on le regretterait un jour. Sans compter que tout s'est compliqué avec la menace du sida et des MST.

Je repense ici - tout de même - à ma longue expérience de célibataire, puisque je me suis mariée tard. Et pensant aux jeunes hommes qui n'attendaient même pas d'un peu vous connaître pour vous proposer de (...) je me dis que de toute façon, le respect n'y était pas. Je ne dis pas que tous étaient ainsi, bien sûr  que non... Mais tout de même, beaucoup l'étaient. Ou alors, soit vous étiez simplement copains, soit ils préféraient les hommes. Et cela, c'est encore une autre histoire.

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Voilà qui est écrit un peu à chaud, sans langue de bois, je pense avoir appelé un chat un chat, mais en essayant aussi de ne pas trop généraliser. Quand je me suis éloignée du sujet initial : le traitement de ces questions très douloureuses à notre télé (régionalisée) - et enfin, depuis l'affaire Weinstein (et pas avant ?) et les campagnes qui ont suivi. #metoo et #balancetout.

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Aïe! Et dire que j'ai vu une belle expo aujourd'hui !

C'est de cela que je voulais parler quand je reprendrais mon ordinateur...

Posté par quartzrose à 00:13 - - Commentaires [5] - Permalien [#]