Variations de regard

23 juin 2018

Dans le jardin...

Dans le jardin, il y avait une balançoire.

Je veux dire, un portique.

Je ne sais pas qui l'a installé. Il a d'abord été rouge et vert, et sa peinture était écaillée. Un jour, mes parents l'ont fait stabiliser... Ils ont retiré la rouille, et l'ont repeint en jaune. Ils ont acheté une balançoire, une corde à noeuds et un trapèze. Mon frère a opté pour le trapèze et la corde à noeuds, et moi pour la balançoire.

Au fond du jardin, il y avait un lilas blanc, qui penchait vers le voisin, un ocuba immense, un grand mur avec du lierre - nous l'appelions "le mur des chats" - parce que tous les chats du quartier s'y promenaient. Un "legustrum". Les branches d'un noisetier, poussant chez le voisin, donnaient quelques noisettes.

Mon frère y a eu sa tente d'Indien. Et je me balançais, à longueur d'année.

La terre du fond du jardin était archi-dure - malgré le bêchage et les tentatives de plantation - mes parents ont fini par renoncer à l'aménager et l'ont laissé à demi sauvage.

Il faut bien dire que quand nous jouions dans la terre, mon frère s'amusait parfois à (faire semblant de) me lancer des vers de terre (je n'aimais pas ça du tout...)  Je détestais les lombrics, même si on me disait que c'était la preuve que la terre était bonne.

D'un côté du jardin, chez les voisins, il y avait trois enfants (deux filles de l'âge de mon frère, un garçon un peu plus jeune que moi). Ils plaçaient une échelle contre le mur, et on jouait.

C'est alors qu'avec un grand tuteur et un élastique, je m'étais fabriqué un "arc" et je "me la jouais" Robin.e des Bois en envoyant un tuteur (plus petit) entre les cordes de la balançoire. Ca fonctionnait très bien. Pour quelqu'un qui n'est pas exigeant.

Parfois - lorsque j'allais dans la cour, ma mère me donnait une bassine d'eau pour jouer. J'allais chercher de la terre, (sans vers) et je faisais des pâtés. Finalement, la bassine était remplie de boue et j'étais noire jusqu'en haut des bras. Je jouais aussi à la corde, j'avais dessiné de quoi jouer à la marelle, dans la cour, ou je jouais avec des balles de tennis, un jokari, de tout...

Parfois (rarement), nous mangions dehors, le soir, sur la table de jardin. On ouvrait la fenêtre de la cuisine et on sortait tout...

Mais plus souvent, dans les années 60, à partir du mois de mai, nous sortions les fauteuils de jardin et nous passions la soirée dehors à écouter le cri des martinets - qui avaient des nids dans le grand immeuble deux maisons plus loin... Mon frère étudiait ses maths ou sa botanique et moi, j'étudiais mon néerlandais, répétant les dialogues de "Gerd et Leentje". Mais le soir était si beau ! Traversé du vol rapide des chauves-souris !

Un jour, on a démoli la grande maison ... Les chauves-souris ont disparu.

J'appelais les chats qui passaient - les plus sociables - il y avait un élégant Siamois, dans le quartier.

Il y avait un geai aussi parfois, un geai bleu et noir, "veuf d'oiselage"... Des rouges-gorges, tant d'oiseaux qui chantaient tôt le matin et tard le soir!

J'ai essayé de lire, au milieu de la pelouse inégale, mais je n'avais pas vraiment l'habitude. J'avais sorti une chaise longue et quelques albums... Mais ce n'était pas aussi confortable que dans ma chambre.

Je faisais parfois du jardinage avec mes parents. Ma mère coupait les bordures des plates-bandes aux ciseaux, et cela me rendait dingue. Elle était d'une minutie qui confinait à la maniaquerie. Un jour, elle a perdu son alliance. Nous l'avons cherchée pendant des semaines et des semaines, y compris dans les égouts. Longtemps après, alors que nous jardinions (et que je refusais mordicus de couper l'herbe aux ciseaux), j'ai vu quelque chose briller, sous les feuilles... Et j'ai retrouvé son alliance.

C'est mon père qui a planté toutes les fleurs que j'aimais: le rhododendron, les iris, le "lavater", les roses et les hortensias roses. Et les digitales, qui sont venues je ne sais d'où. Et j'en oublie: fuschias, lupins, crocus, églantiers... Parmi les hortensias roses, il y en a eu un que j'ai reçu quand je me suis mariée. Nous avons eu aussi un lilas mauve, mais il est mort. Il y avait des delphiniums (j'ai appris récemment qu'on les appelle aussi "pieds d'alouette") et un.e acanthe terriblement envahissant.e que j'ai fini.e par "avoir".

Ma première belle-soeur y a à son tour planté des rosiers - dont un rosier d'un doux rose dragée. Je ne puis penser au rosier sans penser à elle ni penser à elle sans penser au rosier.

Et j'ai oublié les poires ! Le poirier d'à côté, qui pleurait des poires énormes, et... Immangeables (même cuites pendant deux heures). A la fin de l'automne, il fallait évacuer les fruits à moitié mangés par les oiseaux dans le compost (qu'on avait fini par creuser).

A une époque plus lointaine, il y avait des fils, pour tendre le linge. Ma mère y pendait les lessives et nous les dépendions. Un jour d'hiver, tout avait gelé... C'était très curieux comme sensation.

Et c'est vrai qu'assise sur le petit escalier de briques, que mes parents avaient construit, tandis que je regardais rêveusement les façades arrières des maisons, et le ciel d'un bleu profond qui se découpait au-dessus des toits, je pensais (non au prince charmant, auquel je ne croyais guère) mais à celui que je rencontrerais peut-être, sans doute, je l'espérais. Un jour.

Et puis, un autre jour, je suis partie... Nous avons mis la maison en vente et, hélas, notre jardin.

Ce jardin - mon jardin - m'a donné l'amour des plantes et des fleurs, des taches de soleil et d'ombre, dans la verdure, et de la nature.

***

Un jardin ! Ca me manque...

Enfin, pas trop, juste ce qu'il faut !

Vu de ma chambre

maman et vincent

famille en 92

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Solstice d''été à la Bascule

Mercredi, la Rose et moi avions envie de frites... Nous connaissons une bonne friterie à Rebecq - Quenast, ce qui n'est pas tout près, mais elle est fermée du mardi au mercredi en fin de journée.

Après, nous avions envie d'aller à un Pêle-Mêle. Je cherche des livres d'une romancière qu'on devrait pouvoir trouver chez les revendeurs. Je n'appelle plus Pêle-Mêle un bouquiniste, (quand je vois la façon dont ils jettent les livres à la machine à pilonner, ça me fait mal au ventre). Enfin...

Il y a un Pêle-Mêle au centre (on l'oublie, on ne sait plus aller au centre en voiture, et à pied, c'est harassant). Un à la Bascule, enfin, un peu plus bas que la Bascule (à Saint-Gilles donc), et il y a deux restos libanais ... Et une taverne dans la galerie de la Bascule. Va pour la Bascule.

Donc, après avoir garé, nous avons émergé dans l'Inno-Bascule! Que de souvenirs! La librairie et la papeterie se trouvaient au rez-de-chaussée. Maintenant, c'est la parfumerie. J'allais acheter mes premiers livres de Poche, parfois des 45 tours (quand je connaissais le nom du groupe, ce qui n'était pas toujours facile à démêler à la radio, au milieu des parlotes), et tous mes cahiers... Avec plein de motifs sur les couvertures.

Et puis, dans la galerie, en face de la taverne où, finalement, nous avons mangé, il y avait la parfumerie où je "claquais" ce qui restait de mon argent de poche en parfums et produits de maquillage... Assise à table, tout en devisant devant le saumon crudités et les frites, je revoyais la parfumeuse, me vantant les produits Guerlain... J'étais dingue de parfums (Madame, de Rochas, Saint-Laurent Rive gauche... White Linen, d'Estée Lauder... Je crois que j'ai eu du Diorella aussi, mais je ne me souviens plus de la fragrance...)

A la place de la taverne où nous avons mangé, et où mon père prenait toujours son café, après être allé à la banque ("qui nous volait comme au coin d'un bois", dixit ma maman, qui avait toujours le mot pour rire), il y avait une boutique "Feu de camp - vêtements de sport et autres". Où j'ai acheté mes premières bottines de marche. Qui ont longtemps servi.

Puis, nous sommes parties en direction du Pêle-Mêle, il faisait chaud. Je ne sais pas si c'est très bon pour moi de retourner à la Bascule, je suis suffisamment nostalgique comme ça. Pourtant, j'aime bien. Je revois ma prof d'histoire traverser le passage piétons (en réalité, elle traversait au milieu de la chaussée), cigarette au bec, (ou en train de la secouer de la main droite), toujours élégante, mais si spéciale... Je revois mon père, à la Taverne, m'offrant un café et une crêpe - pendant la période où je venais de me séparer d'avec mon (ex)mari... Et me prodiguant ses conseils et encouragements.

Bref. Finalement, chez Pêle-Mêle, nous avons disparu dans les rayons. La Rose a fait main basse sur tous les livres pop-up qu'elle pouvait trouver, moi j'ai cherché (à l'étage, et au ras du sol - les livres que je cherche sont toujours au ras du sol, à la bibliothèque comme dans les bouquineries, c'est la loi de Murphy) et j'ai trouvé La princesse de Clèves, Truman Capote (Petit déjeuner au Tiffany), un roman que je ne nommerai pas, et Valéry Larbaud (oeuvre romanesque complète).

truman capote

Après, j'étais morte de chaleur. Nous avons croisé une connaissance à moi, instit de profession, qui faisait main basse sur une floppée de livres. Avec ses collègues, elle cherchait des livres pour la proclamation des prix. Leur P.O. ayant réduit les budgets... D'où le choix de la seconde main. Mais pourquoi pas après tout? Il y en vraiment de très très beaux.

***

Et nous sommes rentrées. Enfin, la Rose m'a reconduite chez moi, où je lui ai offert un thé (du rooibos brise-larmes o;). La lumière d'été tombait droit sur les arbres, de chaque côté de la chaussée de Waterloo. C'était cette lumière de début juillet, cette lumière de jadis, éclatante et poussiéreuse ensemble, laissant quelques taches d'ombre, que je contemplais si souvent, au fond de mon jardin. A la même période.

Et que j'aimais tellement.

Elle signifiait le début des vacances.

(...)

Parce que de ce temps-là, même si je ne vivais pas encore ma vie d'adulte, j'avais ma maison et mes parents. Bon. La situation n'est peut-être pas si noire aujourd'hui... J'ai mon appartement... Et peut-être qu'un jour? J'arriverai à arranger ma terrasse. Mais pour le moment, c'est plutôt piteux.

***

dans le jardin... IL y a longtemps

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18 juin 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

Vendredi, Lakévio a posté cette image d'une femme en robe noire, chaussures à la main, avec la consigne suivante:

Commencer le texte par la phrase "Que peut-t-elle bien faire encore au-dehors, dans ce noir?", empruntée à Jean Giraudoux, ("Ondine") et le terminer par une phrase extraite de Thérèse Desqueyroux, de Mauriac, "Elle farda ses joues et ses lèvres avec minutie; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard." 

Katie O'Hagan

Katie O'Hagan

- Que peut-t-elle bien faire encore au-dehors, dans ce noir? me suis-je dit, in petto.

La nuit, quand je ne dors pas, j'aime bien regarder les jardins et la rue par l'interstice des volets clos. La vie que je mène a tendance à m'avoir rendu insomniaque.

Tout est noir et bleu, sous la lune, et j'aime bien observer la course des nuages dans le ciel, au-dessus de la silhouette fantômatique des arbres, les maisons, bien closes derrière leurs murs et leurs grilles - juste comme la nôtre. J'aime la nuit. Parfois, je descends dans le jardin, et je fume une des rares cigarettes qui me reste. J'aime bien cette sorte d'engourdissement qui vous vient quand vous avez un peu froid. Bientôt, on sera à la nuit de la Saint-Jean, et peut-être que je pourrai enfin réaliser mon rêve, passer une nuit complète au-dehors.

D'habitude, il n'y a pas grand monde qui hante les rues, à ces heures-là. Un promeneur de chien tardif, venu de je ne sais où, des jeunes qui passent en mobylette, quelqu'un qui rentre tard chez lui, et plutôt pressé; mais passé minuit, plus personne. C'est pour cela que je fus intrigué par cette silhouette de femme qui apparut soudain sous la lampe de ville, juste en face de chez moi, puis essaya de se projeter dans l'ombre. Elle était pieds nus, ce qui ne me paraissait pas une très bonne idée, et en robe de soirée. D'où pouvait-elle bien venir? Je connais tout le monde ici ou à peu près et je ne l'avais jamais vue. Elle avait l'air traquée. Je balançai entre ne pas m'en occuper et descendre pour aller voir ce qui se passait - ou tout au moins, ouvrir les persiennes et la fenêtre et lui faire un signe. C'est ce à quoi je me décidai, car elle restait immobile, indécise.

J'allumai et la lampe de ma chambre découpa un rond de lumière dans le jardinet. Je hélai l'inconnue murmurant des paroles qu'elle ne pouvait comprendre... "Avez-vous besoin d'aide?" - "Que se passe-t-il?" - "J'arrive"... Je ne savais pas si elle serait encore là quand je serais dehors. A tout hasard, je mis un pistolet dans ma poche et je descendis, tout en maugréant. J'allai ouvrir la petite porte dans le mur qui entourait ma propriété, discrètement, et lui fis signe. Elle traversa, hésitante, puis, en entendant une voiture arriver à tombeau ouvert, elle se jeta presque dans mes bras, et je refermai prestement la grille. Nous nous plaquâmes contre le mur. Le bruit de l'automobile décrut et - je tenais toujours l'inconnue dans mes bras, palpitante comme un oiseau effrayé. Pas un instant, je ne me sentis arrêté par une impression d'imprudence - mon naturel reprend toujours le dessus et si cela va dans mon métier, cela va moins dans ma vie "civile". Mais les deux se confondent tellement...

J'ai fini par la persuader d'entrer à la cuisine - à l'arrière de la maison, et de se changer. Il ne fallait pas que tout ce bruit réveillât ma mère, mais une fois qu'elle a pris ses potions, elle en a pour toute la nuit. Jusqu'au matin où la garde arrive.

Vue de près, la robe de ma naufragée était en piteux état. Et je vis enfin qu'elle était "mal arrangée" - des contusions, des égratignures, ses pieds blessés, son visage en sueur - malgré le froid de la nuit, les pleurs qui avaient fait couler son maquillage, sa robe trop légère... Je crus bon de la rassurer en me présentant. Et en précisant que j'étais le commissaire de police principal de la ville de X. Elle eut l'air enfin rassuré, et assise, tandis que je lui avais donné quelque chose d'assez fort pour la remettre de ses émotions, elle reprenait son souffle.

"Enfin, si vous me disiez ce que vous faites comme cela dehors, en pleine nuit?"

Et enfin, elle me conta son histoire, une histoire banale, hélas, trop courante... C'était une femme en "danger" - parmi tant d'autres. Elle ne me raconta son histoire que de façon parcellaire. Je l'ai "su" par la suite; elle était la compagne d'un escroc, que nous recherchions activement depuis des mois, et, "au début", elle ignorait tout de ses activités illicites. Disait-elle. Je voulais lui faire confiance, mais je savais que je devais rester prudent. Jusqu'à ce soir où elle avait surpris son pseudo-fiancé, lui et un de ses complices, en train d'assassiner une de leurs victimes, pas assez docile. Cette nuit-là, il me fallut beaucoup de patience pour lui faire raconter la scène, tant elle était encore sous le choc. Je me dis qu'elle nous serait précieuse pour nous aider à retrouver la bande de l'homme le plus recherché de France et de Navarre... Mais elle avait surtout l'air d'en avoir assez. Je passai un temps fou à la rassurer, le jour qui suivit et les jours suivants, puis à la persuader de venir déposer un témoignage.

"J'ai peur" me rétorquait-elle chaque fois.

Je lui répondais que si son ex-amant avait le génie du grimage, il ne nous restait qu'à faire de même. Trouver une perruque blonde dans l'incroyable garde-robe de ma mère, bref, la métamorphoser, changer l'iris de ses yeux de couleur - grâce à des lentilles de contact spéciales, changer sa silhouette, en l'étoffant, bref, tout cela demanda pas mal de temps pour être mis au point. Pendant ce temps, mes collègues essayaient de repérer la bande de son ancien "fiancé".

On découvrit bientôt la carcasse d'une voiture volée - bien entendu - dans un étang de la région. Hélas, on découvrit aussi le corps d'un homme, au volant, et un autre, dans le coffre. Diable! Tout cela prit un temps fou, et Diane (ma protégée) était toujours terrorisée. Grâce  à la garde qui soignait ma mère, je pus entreprendre un sauvetage "at home", faire venir une psychologue, un médecin, une esthéticienne, tout cela sous le sceau du plus grand secret. Mais je dus bien l'emmener en voiture en ville, en direction de l'Institut médico-légal, où notre médecin légiste officiait. Peut-être reconnaîtrait-elle les dépouilles que nous avions trouvées, peut-être pourrait-elle nous aider à les identifier. Mais elle eut un geste de dénégation. Toutefois, elle reconnut la voiture, quand je l'emmenai au parc où elle était soumise à l'examen des collègues de la Scientifique. Les affaires étaient donc bien liées.

Et puis, le temps passa. Diane était une femme étrange - elle ne m'inspirait aucun désir. Aucune attirance. Lorsque son nouveau personnage fut au point - et qu'elle fut pourvue de nouveaux papiers d'identité, je lui offris d'occuper un minuscule logement, au centre ville, dans une des maisons dont ma famille était propriétaire. Il avait souvent servi de planque. Ce qui m'intriguait le plus, c'était son côté inaccessible.  Et la froideur qu'elle m'inspirait. L'enquête traînait en longueur, et fut bientôt mise de côté - mais pas totalement abandonnée... Je croisais désormais Diane régulièrement, dans notre petite ville, où elle faisait quelques connaissances. Je me mis aussi à enquêter sur elle. Après tout, qui était-elle?

Discrètement, un jour, je fis un prélèvement et le soumis aussi à la police scientifique. Et l'ADN parla.

Diane, ma Diane égarée d'une nuit, était fichée. Non comme une femme... Mais comme un homme! Je fus ahuri, et tirai, petit à petit, les fils de sa vie. Une vie compliquée - mais elle - ou lui - n'avait pas vraiment de choses trop terribles à se reprocher. Chaque affaire où elle avait été impliquée s'était soldée par un non-lieu en sa faveur. Sa métamorphose et son changement de genre l'avaient mise à l'abri pendant un certain nombre de mois. Et puis, elle s'était retrouvée avec cet escroc, dont nous nous demandions si nous le trouverions un jour... 

Existait-il d'ailleurs? Avait-il un corps? On aurait dit qu'il s'était dématérialisé... Comme un Arsène Lupin, ou un Fantômas.

***

Pendant ce temps, Diane faisait le point. Une nouvelle vie commençait. Elle ne craignait plus vraiment son ex, même si elle avait été témoin d'un meurtre - sa fuite la nuit dans cette ville de X, et puis, sa rencontre avec le policier, l'avaient tirée d'un mauvais pétrin. Elle faisait confiance à Ricardo (elle ne savait même pas si c'était son véritable nom) pour disparaître. A l'heure qu'il était, il était peut-être déjà en Amérique du sud. Confiante, elle regarda tous les produits de maquillage dont elle disposait, et entreprit de s'habiller et de se maquiller. Il faudrait quand même songer à tenter de séduire ce policier. Il lui paraissait être un des notables de la ville. Intéressant. Et riche. Elle avait déjà lancé quelques signaux vers lui, mais n'était encore arrivée à aucun résultat. A défaut, elle s'en ferait un ami.

Elle décida alors de sortir, ce matin-là, et d'aller faire quelques courses dans les environs. Il faudrait réfléchir à la meilleure manière de procéder. L'inviter à dîner le soir? Tout lui dire? Elle balança un moment. Ce serait peut-être la solution à tous ses maux. Et si elle disait la vérité? Une fois pour toutes?

Elle ne prêtait plus attention au remue-ménage dans le quartier - c'était jour de marché. De grand matin, on avait installé des sens uniques, les camions arrivaient, montaient les étals sur la place du marché, la petite ville s'animait. Un jour parfait, selon elle. Elle se sentait soulagée, presque heureuse. Elle allait sortir. En pleine lumière. Et tout dire...

Alors, elle prépara ses clés, son sac, son téléphone portable. Enfin, "elle farda ses joues et ses lèvres avec minutie; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard."

(A suivre...)

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14 juin 2018

"Pulp fiction books" (E.N.A.)

Je ne sais plus comment... Je suis tombée sur des dizaines et des dizaines de couvertures d'un genre littéraire américain, dont je ne connaissais absolument rien - avant Internet.

Ce n'est pas un genre littéraire, comment pourrait-on qualifier cela ? Un genre d'édition, plutôt.

Qui a fleuri dans les années 50? 60? Et sûrement après. Et qui a certainement inspiré la célèbre affiche du film de Quentin Tarantino, "Pulp fiction". J'ai dû voir ce film à l'époque du Festival de cinéma que mon ancien boulot organisait chaque année, mais tout ce dont je me souviens, c'est la scène de l'overdose du personnage de l'affiche - sauvé.e in extremis par John Travolta.

Pulp fiction

Il faut dire que je nourris une passion sans limites pour les couvertures des anciens livres de Poche, Folio, (souvent très artistiques) - et J'ai lu. Pour J'ai lu, j'en ai rarement acheté, toujours en seconde main, et je les ai tous écoulés, à regret. Je pousse mon amour des couvertures de livres jusqu'à garder parfois deux exemplaires d'un livre - le premier étant complètement démantibulé - rien que pour la couverture. La solution étant évidemment de les collectionner. Bref...

Passion largement développée depuis que je suis des cours d'infographie. Je peux rester des heures à chercher des photographies de couvertures de livres - à les enregistrer et à faire des montages (tous azimuts).

A noter que les montages ci-dessous ne sont pas de moi.

***

Les livres de Pulp fiction (littéralement, livres en "pâte" à papier) étaient des livres imprimés sur du papier de très mauvaise qualité. Honnêtement (et naturellement, je n'en ai pas lu un seul, et pour cause), je pense que ce genre "littéraire" était nul. Cela doit correspondre à ce qu'on a appelé nos romans de gare (genre Guy des Cars justement), tendance aventures, énigmes policières, science-fiction, horreur (au sens propre du terme), limite parfois. Ces livres publiés en très grand nombre avaient des couvertures absolument étourdissantes.

D'un mauvais goût fascinant.

Ces romans ne devaient pas briller non plus par leurs exigences féministes - les femmes semblent y être des objets, victimes ou bourreaux, séductrices, diablesses : style : "elle a le visage d'un ange, le corps du diable..."   Et je passe sur le reste.

femme-fetale-pulp-fiction

Dans le fond, cela me rappelle des publicités des très sages Modes et Travaux que ma mère avait collectionnés depuis la fin des années 40. Elle ne les achetait pas chaque mois, mais dans les années 80, il y avait une belle collection. Qui a fini au conteneur lors de notre déménagement. J'ai un peu râlé, non que j'aurais gardé la collection, c'était impossible, mais enfin, j'aurais peut-être gardé certains numéros.

montage de couvertures rétro

couvertures rétro

On y trouve même... Francis Carco (jamais lu ce roman - dont je ne connaissais même pas l'existence)

Francis Carco - édition originale

Il y a aussi des variantes gays et lesbiennes. D'après le peu que je peux voir, la "pulp fiction gay" surfe sur la vague des fantasmes en salle de sport... (Sans l'odeur de transpiration, juste celle de vieux papier o;). Les seuls romans "lesbiens" que je sais "acceptables", et dont j'aie trouvé une couverture de style "pulp fiction", sont la première version de "Carol", de Patricia Highsmith - qu'elle a dû publier sous un pseudonyme (celui de Claire Morgan) - et "Olivia" par Olivia (c'est-à-dire Dorothy Bussy).

Deux couvertures assez sages d'ailleurs.

Olivia

Lady Strachey et ses filles (Olivia 2e à gauche).

Lady Strachey et ses filles (Dorothy Bussy, née Strachey, est debout derrière sa mère) - cliché Wikipedia.

***

En réalité, pour les éditeurs, ces derniers romans devaient "horrifier" la population féminine, en les éloignant de ces amours "anormales". Dans le cas contraire, ils n'auraient sûrement pas passé la barre de la censure. Les romans de femmes étaient plus "sentimentaux", et finissaient mal, quasi exclusivement... ("Carol", de P. Highsmith, est une exception, sauf qu'elle "perd" la "garde" de sa fille). Ils étaient parfois signés sous des pseudonymes masculins - a contradio, les romans écrits par des hommes et pour des hommes (sous des pseudonymes féminins, parfois!) étaient largement plus érotiques et beaucoup moins sentimentaux.

Ce qui fut une tendance dans la littérature française aussi, avec le contre-exemple de Gabrielle-Sidonie Colette, véritable auteure de la série des Claudine, mais "caviardée" par Willy, et dont la "paternité" lui fut longtemps "volée".

Le chemin par lequel je suis arrivée à ce sous-genre de la Pulp fiction américaine est assez curieux. Dans mes recherches sur la Résistance, je suis tombée sur le personnage historique de Tereska Torrès, à la fois résistante, mariée et - plus tard - femme de lettres. Auteure d'un journal (pour la rédaction duquel elle fut encouragée par son mari), et d'un roman sur ses souvenirs de guerre, "Women's Barracks" - "Jeunes femmes en uniforme" (pour la traduction française).

(PM. Qui se trouve à la bibliothèque de Laeken...)

"(...) Elle est la 16ème femme engagée chez les V.F. Elle travaille au Quartier Général de Carlton Gardens, ensuite au BCRA, puis elle suit les cours de l'école d'officiers à Camberley. En Mai 44, elle épouse Georges Torrès, qui fait partie de la 2éme Division Blindée du Général Leclerc.

La mère de Georges Torrès a épousé Leon Blum et se trouve avec lui à Buchenwald. Georges Torrès est tué en Octobre 1944, sur le front des Vosges, au cours des combats pour la Libération. Leur fille, Dominique naitra quatre mois après la mort de son père. (...)"

womens-barracks

Tereska Torres

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11 juin 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

Comme chaque lundi, ou plutôt, vendredi, Lakévio publie une toile en nous demandant de rédiger un conte pour le lundi.

Il s'agit ici d'une lettre écrite à Elise, et que Elise est en train de lire, à nous d'imaginer le reste...

harold harvey the letter

Harold harvey - the letter

Ma chère petite Elise,

Espérons qu'un jour, tu reçoives ce cahier que je te destine, à toi, la première de mes petites-filles, mais que pourront lire à ta suite, ta soeur Clara, ou peut-être ton frère, Franz, ou Frédéric...

Un jour, ta maman m'a dit, du rêve plein les yeux, les prénoms auxquels elle pensait pour les enfants qu'elle aurait un jour. Elle pensait à Elise et Clara. Je lui ai répondu -en souriant bien sûr- qu'il fallait penser aussi à des noms de garçons. Les beaux prénoms de musiciens ne manquent pas. Frédéric - ta mère est une pianiste - Franz, évitons les Ludwig... De toute façon, ce sont tes parents qui auront choisi.

Je me demande en quel temps tu vivras. Quelle musique tu écouteras. Si tu auras la passion d'écrire, ou celle de lire, celle de dessiner, ou toute autre que je ne puis encore imaginer.

Peut-être te demanderas-tu quelle musique on écoutait "de mon temps"... Je ne sais pas si j'ai posé cette question à mes parents, fous de jazz, le jazz était "la" musique de la Libération. Un des moments les plus importants de leur vie. Ton papa te parlera peut-être un jour de ce séjour que nous avons fait, en Normandie, à Arromanches, il y a vingt ans, très exactement. Le matin, nous ouvrions la fenêtre, qui donnait sur la plage, et la petite place, devant le musée dédié au débarquement, et des vagues de Glenn Miller s'échappaient par les portes ouvertes.

J'ai aimé Mozart, mais la Lettre à Elise, qui a pourtant inspiré ton prénom, n'est pas mon morceau préféré. Pourtant, elle est jouée dans un des films qui m'a le plus marquée, adolescente. J'ai aimé le Requiem, mais sur instruments anciens. Les concertos pour piano, que j'ai donnés à ta maman... Les opéras de Mozart, ses messes...

J'ai aimé Bach - les toccatas et fugues pour orgue - la Dorienne, premier mouvement. Et les variations Goldberg - peut-être, un jour, pourras-tu interpréter une chaconne, sur le clavecin de tes parents.

J'ai aimé la musique sacrée  de Vivaldi, le Lauda Jerusalem, et un psaume mis en musique, et l'Orage - des 4 saisons. Et les concertos pour mandoline...

Et tant d'autres oeuvres de la musique classique... Avec une préférence pour l'ancien. Mais aussi Fauré, Ravel...

Mais j'espère que tu connaîtras un jour toutes ces musiques française, pop - des années 60-70 - qui te paraîtront peut-être aussi antédiluviennes que le jazz de mes parents à moi. Comment la pochette de Woodstock a débarqué un jour chez nous, avec son couple de hippies amoureusement enlacé dans une couverture. Une icone de l'époque. Comment ont débarqué chez nous les vinyles mauves et multicolores de Led Zeppelin, Stairway to heaven, les longs hurlements de Pink Floyd, le concerto rock de Deep Purple... Et j'en passe.

Tu demanderas à ton papa ce qu'il aimait comme musique o;) Il aimait les Beatles (c'était son groupe préféré et pourtant, pas vraiment de son temps), le rock and roll, mais aussi Star Academy, qu'il m'infligeait parfois. Et il hurlait quand je chantais le grand air de la comédie musicale Roméo et Juliette. Il te racontera peut-être quand je l'ai emmené au concert pour la première fois. Tu grandiras sans doute dans la musique...

A moins qu'en réaction, tu ne veuilles pas en entendre parler et deviennes... Une grande sportive, par exemple.

Quoi que tu fasses, quoi que tu décides, ma chère petite Elise... Je te souhaite le plus grand bonheur du monde...

Et une terre à la hauteur de tes espérances...

Ta grand-mère,

Pivoine.

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08 juin 2018

Ceci n'est pas de la dentelle...

La copropriété s'est décidée à faire les travaux de bardage de notre mur-pignon cet été. L'entrepreneur est en train de poser l'échafaudage qui court le long des trois façades, c'est-à-dire devant ma chambre à coucher, sur le côté de l'immeuble, et devant une fenêtre du salon et celle de la chambre la plus touchée de l'appartement. Je ne sais pas si on va tendre une bâche (qui nous protégerait du soleil), mais on peut dire que les appartements sont désormais facilement accessibles - ce qui n'est pas très rassurant. Outre que je dois vivre rideaux, tentures et stores fermés... Bon. Croisons les doigts, espérons que le chantier se passe bien. Et que le résultat (enfin!-s'il-vous-plaît-mon-dieu-je-vous-en- supplie) soit probant!

En tout cas, j'ai de la compagnie le matin. Mais cela ne parle pas français, naturellement. Et vu mon âge, il n'y a plus grand intérêt à zyeuter chez moi.

bon, avant de cambrioler chez moi, il y a déjà six étages à visiter. Ouf. (Je précise que ce n'est pas des ouvriers que je me méfie). Mais l'été est long. Et espérons qu'il ne fasse pas trop chaud (c'est mal parti!) ... Ni que je me fasse égorger la nuit (pourquoi la nuit?) Je regarde trop de séries policières! C'est bien connu qu'on ouvre toujours, ou presque, à son assassin!

***

Cet après-midi, au Delhaize, exceptionnellement, il n'y avait pas grand monde. J'ai donc pris une caisse où il y avait juste deux types, avec quelques bricoles. Une nana les a rejoints, en me doublant, avec force sorry, sorry, et a placé ses poules, ses poivrons et ses salades devant moi... Pour corser le tout, ils ont payé non avec une carte, cela aurait été trop simple, non avec des billets, cela aurait été aussi simple, mais avec 22 euros et 72 cents en monnaie de un euro et de 50 cents. La caissière ne savait pas où caser sa monnaie. Ils s'obstinaient à vouloir sortir direction la sortie de secours malgré tous les signes que nous faisions pour indiquer la sortie - de l'autre côté. Pendant ce temps, celle qui m'avait piqué ma place payait ses poules et ses lapins aussi avec de la monnaie.

Et je ne suis pas une catcheuse, comme certaines qui donnent des beignes quand on met sa main dans leur sac...

J'aurais mieux fait de choisir le self-scannage.

Je suis restée songeuse, en rentrant chez moi. Mais j'ai peur de me faire traiter de tous les noms si je dis ce que je pense parfois, et puis zut.

Dans les années 80, quand les media nous sciaient les côtes avec les pays communistes, la Securitate et la Securimi, et qu'au resto, voire, dans les secrétariats d'école, tout le monde disait que les Russes allaient venir nous prendre nos "richesses", je répondais innocemment "quelles richesses?" et je me faisais alternativement traiter de bourge, ou de "rouge". Mais dieux!  qu'on avait la paix !

Il y avait le rideau de fer, le socialisme (ou ce qu'il en restait, si tant est qu'il ait jamais vraiment existé), et les "vaches" étaient bien gardées. On envoyait des colis de vivres non périssables en Pologne, on distribuait des pin's pour Solidar-choc (comme je les surnommais), les grévistes de Czestokova se jetaient à genoux à l'heure de la prière, (à moins que ce ne fussent ceux de Gdansk) les USA s'armaient pour un oui ou pour une mouche, mais ils s'arment toujours, et continuent de fiche la pagaille partout, etc. etc. Et maintenant, ce sont les populations de ces anciens pays d'au-delà du Rideau de fer qui sont les plus xénophobes, les plus impitoyables, les plus rétrogrades (je sais, je ne fais pas dans la dentelle). Qui flirtent avec l'extrême-droite. Je ne nuance pas. Pire, je suis peut-être de mauvaise foi. Il n'empêche qu'à partir des années 90, toute la Pologne a fondu sur nous comme les sauterelles de la Bible.

Et en plus de cela, nous avons aussi des hommes politiques d'extrême-droite.

En un mot comme en cent, je préférais les années 70 et les années 80, même si indéniablement, il y a des avantages à vivre à l'époque actuelle, je ne sais pas... Lesquels? S'il n'y avait le problème des transports et de l'isolement, malgré les SUV, leurs planchers hauts et leurs hayons de coffres trop lourds, j'irais vivre dans le fin fond des Ardennes ! Dans une cabane au bord de la Semois ou de la Lhomme.

Bref, partout sauf à Anderlecht!

Je me ferais migrante!

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07 juin 2018

Le local d'infographie prêt pour l'exposition de ce week-end...

Voilà.

Le résumé de nos travaux :

  • Une suite de monochromes (A4) jaune - bleu - rouge - vert et noir... Qu'on ne voit pas sur la photo - juste un peu à l'avant-plan,
  • Nos drapeaux belges en 2029, quand le pays aura "éclaté",
  • Nos lives sur le jazz en bleu et noir,
  • Nos livres sur la Révolution d'octobre 1917 en rouge et noir,
  • Notre affiche publicitaire détournée (dont un grand format pendu au plafond), en noir/blanc.

C'était une année sur le thème de la couleur.

Vue ensemble

vue d'ensemble finale.

travaux MF

mes travaux à l'avant-plan - exposition en cours de montage.

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Sans titre...

Ma carte de membre de la bibliothèque d'Ixelles, section Jeunesse. Fréquentée pendant quelques années. Probablement de 1968, dirais-je, à 1976. Dix ans - presque... Celle-ci est la deuxième carte (j'ai dû rendre la première à la bibliothécaire, ou une des bibliothécaires, une dame sévère en tablieu bleu, dont la fille -encore une "cleptomane", fréquentait mon lycée).

bibliothèque Ixelles bis

Une amie me demandait malicieusement comment il se faisait qu'entre le 20 décembre 1972 et le 22 décembre 1975, je n'avais rien emprunté... Et en effet.

En décembre 1972, alors que nous étions au début des vacances de noël, il était possible d'aller à la bibliothèque emprunter quatre livres et de les rapporter dans les temps... La bibliothèque n'était pas tout près de chez nous (un bon trois quarts d'heure de marche - avec toute la rue Mercelis à monter, depuis l'avenue Louise, jusqu'à la place Fernand Cocq, quasiment). Et il fallait encore rentrer, après avoir choisi mes précieux bouquins.

Avec les cours au lycée, l'académie de musique (cours de solfège, de piano le dimanche matin, et de chant d'ensemble), et les activités parascolaires (un cours de cuisine régionale le mercredi après-midi), mon temps était bien rempli. Sans compter le jeudi qui était une longue journée, avec une heure de grec pendant la récréation, et ce après avoir rapidement mangé mes tartines en classe. La préfète avait fait tout son possible pour sauver la section latin-grec (nous étions trois à la rentrée, puiis cinq au cours - et pour mes parents, il était hors de question que je fasse autre chose que les latin-grec).Les latin-math, et futures latin-sciences recueillaient plus de suffrages.

Résultat, c'était une journée indigeste. Et une journée à migraines pour le soir ou le lendemain.

Je ne sais pas s'il fallait un âge minimum pour s'inscrire à la bibliothèque, section adultes, mais je l'ai fait probablement en 75-76, quand j'ai eu dix-huit ans. Outre que je commençais à acheter quelques livres (les livres qu'il fallait lire ou qu'on avait sur notre liste de livres dont la lecture était conseillée - pour l'école).

Poétiquement, j'ai presque envie d'écrire,

"Entre le 20 décembre 1972, où rien n'avait encore commencé, et le 22 décembre 1975, où tout était déjà fini..."

Cela ferait un bel incipit de roman...

J'aimerais bien m'asseoir et avoir le temps d'écrire un roman... Au lieu de cela, je vais terminer de manger, et me préparer, car ce soir, nous avons le vernissage de l'expo de fin d'année à l'Ecole des Arts d'Anderlecht...

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04 juin 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

Pour ce lundi-ci, Lakévio nous invite à trousser un petit conte où caser dix mots... A partir de cette image :

Marcos Beccari

Marcos Beccari.

***

Les dix mots sont :

éclat - farcis - musaraigne - saison - s'époumonait

retentit - machiniste - poubelle - document - distingué

***

Mireïo, modèle à ses heures, revenait de son rendez-vous chez le peintre. Elle l'intriguait, il le lui disait toujours, à cause de son prénom. "Je m'appelle Mireïo", lui avait-elle dit le premier jour... "Mais vous pouvez m'appeler Mireille, comme... Tous mes amis!"

A vrai dire, ces séances de pose en plein Paris, c'était un peu de la folie. Elle devait prendre le métro, et le RER pour rentrer chez elle. Quelle que soit la saison, le RER lui inspirait des sentiments mitigés. Trop chaud en hiver. Trop étouffant, trop peu de place. L'été, dans le métro comme dans le train, les passagers s'époumonaient dans leurs smartphones. On pouvait suivre toutes les conversations. C'était parfois pénible...

Donc, elle avait un prénom qui enchantait le peintre. Son visage de musaraigne, tout pointu, avec ses cheveux raides, l'inspirait moins, mais elle était bonne modèle. Pas trop maigre. Bien faite. Une taille bien marquée, des épaules intéressantes, des seins baignés de l'éclat de la lumière tombant de la grande verrière. Des jambes comme il faut. Et des muscles. Important ça, les muscles, pour un artiste toujours soucieux d'étudier l'anatomie. La jeune fille n'était pas coquette, elle arrivait souvent décoiffée, maquillée une fois sur deux et il la préférait au naturel. Les toiles commençaient à s'amonceler. Et il rêvait de la Provence. Sur un document, il notait le nombre de fois où elle venait poser, et le nombre d'oeuvres qu'elle lui avait inspiré. C'était son côté tâtillon. Et, parce que souvent, il rêvait d'elle aussi, il notait ses impressions dans un carnet de moleskine.

Après la pose, quand elle n'était pas trop pressée, il lui offrait un verre de vin (elle préférait le rosé, "le gris de son pays", disait-elle toujours), il lui servait des olives, des champignons farcis, elle saisissait tout cela d'un geste agile et distingué, entre le pouce et l'index. Et l'avalait.

Un jour, il osa lui donner quelques poèmes - de-ci, de-là, avec un des siens, mélangés aux autres... Dans un livre. Elle lut et ne comprit pas spécialement qu'il s'agissait d'elle. "De la poésie", "La barbe..." pensa-t-elle. Elle n'allait quand même pas jeter le livre sur une poubelle (aux bons soins d'un lecteur hypothétique), il faudrait qu'elle lise ça, le soir, "discrétos", dans le studio où certains soirs, ses colocataires faisaient un bruit d'enfer.

Là, elle était dans la station Saint-Michel. Elle n'aimait pas cette station, mais pas le choix. Elle tenait son sac serré contre elle. Elle vit que le métro était plein. Le bruit des portes en train de s'ouvrir retentit. Ce vacarme lui déplut. Elle regarda ses pieds nus, dans des tongs. Elle n'eut pas envie de prendre le métro. Une idée, comme ça. Elle vit un des machinistes de la station parler au conducteur de la rame et elle s'en alla. Elle irait bien encore un peu se promener dans le parc du Luxembourg. Elle lirait des poèmes au pied des statues. Elle regarderait les enfants jouer, les oiseaux picorer, les bandes d'étudiants et les amoureux qui n'arrêtent pas de se bécoter sur les bancs publics, bancs publics, bancs publics.

Elle était déjà loin de la bouche du métro et de la station quand une déflagration terrible se fit entendre.

Elle comprit tout de suite. Elle vit que tout le monde s'arrêtait, subitement inquiet. 

"Et meeerde..."  se dit-elle seulement. Impuissante, et n'ayant plus envie de rester dans le parc, elle regarda son livre et retourna chez le peintre. Elle ne prendrait ni le métro ni le RER aujourd'hui.

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03 juin 2018

Une entêtante odeur de fraises...

J'aime toujours bien aller à Bois-de-Lessines, acheter des légumes fais, si pas bio (certains le sont).

Pour le moment, la cueillette des fraises bat son plein. Depuis deux week-ends, on est invité, soit à aller acheter ses raviers de fraises (variété à confiture Lambada), soit à aller les cueillir. Le week-end passé, comme il faisait beau, ce devait être la folie. Néanmoins, hier, il y avait encore suffisamment à cueillir.

Nous sommes arrivées dans un immense parfum de fraises rouges, ce parfum indéfinissable, rouge rose, moëlleux, comment pourrais-je le décrire? Parfum des fraises écrasées dans le yaourt, entier, ou saupoudrées de sucre, mélangées à du citron et du sucre... Cuisson de confitures, ouverture de pots. Parfums délicieux et sucrés - parfums d'enfance.

Nous sommes donc parties, ma comparse et moi, avec un baquet en bois, des raviers et des instructions de cueillette.

  • Cueillir les bonnes fraises, ni mouillées, ni écrasées, ni mangées...
  • Mettre celles légèrement abîmées dans un ravier vert, ce serait gratuit.
  • Rejeter les fraises abîmées au compost.

Je me suis accroupie et j'ai commencé à travailler. Avec un petit siège, c'eût été parfait. La Rose elle se penchait, s'agitait, se relevait, remplissait ses bacs à toute vitesse et je l'ai "devinée" un peu agitée. Elle était aussi rose-rouge que ses fraises. Et quand je l'ai vue passer brandissant ses branches de fraisier d'un air vengeur, je lui ai demandé si c'était un nouveau mode de cueillette. Elle m'a répondu que non seulement elle n'avait pas les doigts verts (on ne peut pas tout avoir, c'est déjà bien d'avoir des doigts d'or), mais qu'elle n'avait pas les doigts rouges non plus o:)))

J'étais pliée de rire.

D'autant que je n'arrêtais pas de penser à Jean-Jacques, blogueur suisse, qui a parlé un jour de fraises (espagnoles ou polonaises sans doute), en vente (hors saison), blanches près de la collerette et vendues avec une pastille d'aquarelle rouge et un petit pinceau. Je trouvais cette idée éminemment réjouissante.

Après nos achats, on s'est pris un petit ravier de glace (speculoos et moka) qu'on a mangé près du château de Bois-de-Lessines découvert il y a trois ou quatre ans à peu près, lors d'une marche Adeps, et qui nous avait fait incroyablement penser au château du Grand Meaulnes.

La voiture sentait la fraise à tout casser. Quand je suis rentrée, j'ai trié les fraises abîmées, et commencé à laver tout ça. Mangées crues, elles n'étaient pas terrible - ou alors il aurait fallu beaucoup de sucre et de citron. Donc, j'ai commencé à faire de la confiture, le tout sans pectine ni agar-agar, ni pots de confiture vides d'ailleurs. Ma cuisine était envahie de récipients divers et je mettais la moitié du sucre à côté. Finalement, tout est rentré dans l'ordre.

Et j'ai réalisé une excellente marmelade de fraises, dont je me suis régalée. J'ai encore deux raviers à nettoyer, équeuter, laver, et cuire. Avec un soupçon de vanille... Je fais des petites quantités et je mets à congeler. Mais c'est une telle entreprise que j'hésite à me relancer o:)

Je ne suis jamais arrivée à réussir de la confiture de fraises. Mais ma marmelade Tagada Lambada est délicieuse, vraiment !

la terre est basse (Goupil mains rouges)

Bois de Lessines

Coquelicots dans le champ

Le champ aux coquelicots

***

Le parfum des fraises

Posté par quartzrose à 13:01 - - Commentaires [7] - Permalien [#]