Variations de regard

17 août 2018

Diabolo Menthe

L'autre jour, j'ai regardé (=> chanson du film par Yves Simon) Diabolo Menthe, sur Arte.

L'histoire, plusieurs fois contée, par Diane Kurys, de son enfance et de son adolescence.

On ne sait pas si elle est Anne, treize ans - ou si elle est Frédérique, quinze ans.

Anne et Frédérique sont lycéennes à Jules Ferry. J'essaie de m'imaginer un lycée de filles parisien, en 1963, et c'est difficile.

Anne a 13 ans, veut mettre des bas nylon plutôt que des bas 3/4, s'intéresse aux garçons, à tout ce qui se dit, va dans une après-midi dansante (où elle rencontre un ado, timide et amical - incarné par un François Cluzet tout jeune), et se "bat" avec les profs.

Il y a la professeure de dessin sadique, la prof de maths chahutée (il était rare que l'on chahutât un prof de maths), et les professeurs de Frédérique, sa soeur - une professeure d'histoire qui éveille ses élèves à autre chose que les faits, dans leur sécheresse pure.

Et, bien entendu, Anne et ses amies boivent des diabolo menthe.

diabolo menthe

Il y a une élève, le jour de la rentrée, qui ne sait pas où aller. Une rescapée d'Oran.

Il y a des inscriptions sur les murs du lycée, OAS OS...

Et le plus beau moment pour moi, quand, à la fin de l'année scolaire, la classe de Frédérique (l'aînée), va visiter Port-Royal des Champs.

Dans la vallée de Chevreuse.

Le professeur qui les accompagne parle en latin avec le guide. Les élèves s'en amusent, puis, deux adolescentes, Frédérique et sa nouvelle amie, descendent les cent marches, qui conduisent dans la nature sauvage du parc. Elles devisent comme deux adolescentes. Frédérique s'est brouillée avec sa vieille amie pour des raisons politiques. Frédérique distribuait des insignes pour la paix à la sortie du lycée. Sa mère a été convoquée parce qu'il est hors de question de faire de la politique à l'école.

Ce sont deux jolies filles,couchées dans l'herbe, qui se sentent en accord, au moins sur le plan des idées, et qui se taisent, tant cet accord - dans ce lieu historique, est patent.

Moi qui n'ai pas vraiment connu cela, adolescente, c'est mon moment culte du film.

***

diabolo menthe

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16 août 2018

A Mont

J'ai fait mes délices - le soir - et lors des moments de repos, de la relecture de Simone Bertière (les reines de France du temps des Bourbons - chez de Fallois). J'avais relu pas mal dans "Marie-Antoinette, l'insoumise", avant de partir.

Ici, j'ai emporté le volume précédent, concernant Louis XV, la Reine et la favorite - Marie Leszczynska et la Pompadour. Ce n'est pas -banalement- une histoire d'épouses et de maîtresses, non.

Simone Bertière est un véritable écrivain, doublée d'une historienne pointue, qui analyse, psychologiquement, politiquement et sociologiquement, le fonctionnement des familles royales.

Et comment les reines, chez les Valois, puis, avec l'avènement des Bourbons et de Marie de Médicis, s'intègrent dans ce fonctionnement.

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Marie Leszczinska.

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L'infante de quatre ans.

Madame_de_Pompadour

Madame de Pompadour

***

Simone Bertière revient d'abiord sur la mort de Louis XIV et sur ses dispositions testamentaires. On sait que la Régence est confiée à Philippe d'Orléans, le fils de Monsieur et de la princesse Palatine, mais que le Régent est gêné aux entournures par les éducateurs de Louis XV - dont le catastrophique maréchal de Villeroy (un tacticien exécrable - qui, non content d'avoir fait bombarder Bruxelles, en 1695, voulait faire bombarder... Bruges et Gand!)

Le Régent avait imaginé, pour son pupille d'une douzaine d'années, de le marier à Marie Anne Victoire d'Espagne, une infante de ... 3 ans et demi !  Lui-même expédiait sa fille, Mlle de Montpensier, vers l'île des Faisans, sur la Bidassoa, où l'on échangeait les princesses (et cousines) françaises et espagnoles depuis plusieurs générations.

Louis XV accueilllit médiocrement cette petite fille de quatre ans, dont il ne saurait que faire avant longtemps, mais lui offrit une poupée (avec laquelle elle repartit, quelques années après).

La mort du Régent changea la donne. On renvoya Marie Anne Victoire en Espagne, sous couleur de lui faire rendre visite à ses parents (ce qui n'était évidemment pas coutumier aux Cours, les princesses étrangères ne revoyaient jamais leur famille - du moins dans leur ancien pays). Plus tard, elle devint reine du Portugal.

Marie Leszczynska, dont le père, Stanislas Leszcynski, fugacement élu roi de Pologne, s'était réfugié en France, devint reine de Fance un peu par hasard. Cette princesse polonaise complètement désargentée, fut finalement aiguillée vers Louis XV par la maîtresse du duc de Bourbon (on s'y perd un peu, dans tous ces Bourbons!)  Contrairement à ce à quoi l'on s'attendait, l'entente entre la jeune femme de 21-22 ans et le jeune homme de quelques années son cadet se fit. Et le cycle des naissances commença. Huit filles pour deux garçons, le Dauphin et le duc d'Anjou (décédé tout enfant).

Le couple cessa d'avoir des rapports après la naissance de la dernière fille de Marie, Madame Louise.

Tant que le cardinal de Fleury fut ministre, la France prospéra (relativement) et il y eut la paix. Madame de Pompadour ne semble pas avoir eu une excellente influence sur Louis XV (du moins en ce qui concernait la guerre et la paix). Les ministres (tel Choiseul) et maréchaux faisaient le reste. Les guerres reprirent.

Et, comme pour son prédecesseur, en quelques années, Louis XV perdit la majeure partie de sa famille : mort de la première épouse du Dauphin en couches, mort de la première fille du Dauphin un an après, remariage du Dauphin, et, enfin, de multiples naissances. Puis mort du premier héritier du Dauphin... De la tuberculose. Mort du Dauphin, mort de Marie-Josèphe de Saxe, son épouse, (consumés tous deux par la tuberculose qui faisait des ravages à Versailles), mort de Marie, après la mort de Madame de Pompadour (également de la tuberculose).

Il ne restait donc à Louis XV que ses petits-fils, dont Louis XVI, marié bientôt à Marie-Antoinette, le comte de Provence (le futur Louis XVIII, peu sympathique), le comte d'Artois (un joyeux drille dans sa jeunesse, mais beaucoup plus coincé lors de la Restauration...) et quelques petites-filles (dont la pauvre Madame Elisabeth qui fut sacrifiée sur la guillottine - alors qu'elle ne dérangeait personne).

Louis XV, lui, mourut de la variole, et l'on renvoya Madame du Barry dans son château, ce qui permit à Marie-Antoinette d'être à la foi reine de France, et tardivement mère de famille. Et qui, entretemps, commit l'erreur d'endosser le rôle jadis dévolu aux "maîtresses royales", c'est-à-dire "donner le ton" à la Cour, et pas le ton "dévot" comme le fit Marie Leszczynska.

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A Mont

Commençons par le dernier jour, celui du départ.

Le matin, j'ai fait mes bagages, rangé la chambre. J'étais dans un gîte où un couple d'amis m'avait invitée. J'ai passé un très bon moment avec eux (six jours - du mercredi 8 août à lundi dernier). J'étais plutôt craintive, mais finalement, tout s'est très bien passé. Dans l'ensemble, lui est calme et apprécie le calme (et c'est vrai qu'on ne m'entend pas beaucoup), elle est active, mais organisée...

Quand je fais mes bagages, je progresse doucement, mais je suis organisée aussi.

Mes sacs prêts, la chambre aérée, après le repas de midi, l'amie Mo était allée se promener avec le couple d'amis en visite qui allait me ramener à Bruxelles. J'en ai profité pour me balader dans le village et faire quelques photos de ciel. Ciels des Fagnes, nuageux, courant à toute vitesse, avec, parfois, un arc-en-ciel.

Lorsqu'ils sont rentrés de leur balade (en ayant évité les grosses pluies), nous avons papoté et puis nous sommes allés manger à la Baraque Michel (un des points les plus hauts de la Belgique avec la Baraque Fraiture et le Signal de Botrange). J'ai mangé une entrée en plat, du vitello de porc en sauce à la truite fumée, pas mauvais. Une variante régionale du vitello (de veau) italien en sauce au thon.

Je suis rentrée vers 11 heures 30 à Bruxelles, après une route sans histoire(s) dans une voiture confortable et large (comme l'impression d'être dans un taxi !) Bien sûr, j'ai dû commencer par ranger le contenu de mon sac frigo dans le frigo, et puis par chercher ma trousse de toilette et toutes les petites choses inutiles dont j'ai besoin (huiles essentielles, etc.) pour me sentir chez moi...

Et puis au lit car ce fut tout de même une rude journée !

lundi 13, vers 17h30

Lundi 13 août, vers 17 h 30.

2018.

En 2016.

En 2016.

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A Mont

Ouh, j'ai du mal à écrire !

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30 juillet 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

C'est chez Lakévio, comme chaque lundi.

Le vendredi, elle publie une toile, avec une consigne d'écriture... Cette fois-ci, elle nous gâte, en nous interdisant la lettre O.

Mais qui plus est:

Vous écrivez une lettre à votre frère dès votre arrivée en villégiature dans la villa héritée de vos parents. Villa que vous partagez avec lui chaque été, lui en juillet, vous en août... (là, je ne peux pas enlever les o...)

sally rosenbaum juillet 21018

***

Bien Cher frère,

Je suis navrée de t'écrire que la magnifique jatte de fruits que papa et maman avaient placée sur le buffet de la cuisine, et que tu m'as laissée, à regret, vient de se fracasser en mille débris.

D'ici que tu arrives à Peïra Cava, dans un an (duquel il ne faudra peut-être plus retirer quatre semaines), j'aurai bien déniché un panier tressé typique qui fera l'affaire.

Si tu estimes que je suis dans la nécessité de te payer la différence entre la céramique de papa et de maman (mais existe-t-il une facture d'achat de cette pièce si ancienne?) et ce large mais simple panier tressé auquel je pense, je te prierai d'en faire un devis...

D'ailleurs, je ne sais si cela aplanira ces cruels différends entre frère aîné et fille cadette, pendant et après lesquels j'ai versé des larmes de sang...  Mais, après ces dernières vacances en cette demeure, j'irai peut-être, sûrement même, au Ministère de la Justice, signer - ainsi que mes enfants - le refus de cet héritage.

J'espère que tu en seras satisfait.

Ma paix est à ce prix et je ne veux pas revivre ce que maman et ma tante (et la tienne aussi) vécurent et endurèrent - pendant tant d'années.

D'ailleurs, étais-je bien la fille de mes parents ?

Bien cher "frère", je lève le verre de Ricard que je déguste en lisant Marguerite Duras, devant la piscine indivise, et puis te jurer que je viderai les lieux avant la rentrée de septembre.

Permets enfin que je te dise Adieu, par cette lettre,

Bien cher Frère... Que j'aime tendrement.

***

Ta cadette qui espère que dans l'avenir,

ceci ne sera plus qu'un vilain cauchemar dû à une canicule qui me fit perdre la tête,

à défaut de la plume.

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28 juillet 2018

La bassine

Je m'inspire ici d'un article "qui me parle" de l'amie blogueuse "Bonheur du Jour", qui n'a pas sa pareille pour parler du quotidien avec une poésie qui enchante ses lecteurs et lectrices.

A la maison, il y avait plusieurs bassines.

Deux petits bassins blancs d'abord, en tôle émaillée. En tout cas, ils étaient blancs avec un liseré bleu. Dans le plus petit, j'ai appris à me laver les mains. Preuve que ma mère était bien présente. C'est aussi la bassine qu'elle me donnait, en été, pour aller jouer dans la cour, et où, finalement, il y avait autant de terre que d'eau (car mon idée était de faire des moules avec de la pâte à gâteau...)

La bassine un peu plus grande, aux bords droits, servait à se laver (quitte à faire chauffer deux bouilloires sur le gaz de la cuisinière...)  On peut se demander pourquoi nous n'utilisions pas le lavabo de la salle de bains, mais c'est que là, il fallait d'abord chauffer la pièce, et puis allumer le chauffe-eau, et cela ne se faisait que la dimanche. Et tant qu'à faire, on prenait un bain.

Ancienne-grande-bassine-cuvette-en-tole-_57

Mais se laver les cheveux dans cette bassine était une tâche impossible...

Ce genre de petit bassin était aussi pratique pour y laver un peu de linge. Je l'ai fait il n'y a pas si longtemps - laver du linge - non pas dans une bassine, mais dans le lavabo.

[[Avec le progrès, nous avons acquis deux paires de bassins en plastique de deux taillles, une orange, une rouge, qui servaient à faire la vaisselle. Toute la vaisselle, depuis les verres jusqu'aux casseroles.]] Et l'on faisait toujours chauffer deux bouilloires.

Notre bouilloire a beaucoup servi.

bouilloire

Et puis il y avait les grandes bassines "de chez mes parents" (dixit ma mère), visiblement des bassines qui avaient servi aux lessives du lundi. Deux bassines blanches (à bord bleu?) et d'immenses bassines en zinc, où l'on me donnait mon bain quand j'étais petite (immense impression de chaleur et pas qu'énergétique, familiale aussi). Juste en face du poêle à charbon.

Ancienne-grande-Bassine-en-Zinc-Deco-jardin-_57

Nous avions également un chaudron - enfoui en 14, dans la cour de la forge familiale (côté maternel) et exhumé après la guerre. Et une marmite (exactement comme dans Astérix - mais en plus petit) qui nous servait de friteuse. Bonjour les graisses cuites et recuites!

***

Les bassines en zinc ont dû disparaître en premier lieu. Lorsque nous avons -enfin- acheté une machine à laver le linge - et passé deux heures à regarder le linge tourner... Notre première lessive depuis des années ! (Mes parents avaient eu deux machines, une Hoover qui avait rendu l'âme, et une Connor qui se baladait dans la cuisine pendant l'essorage).

Il est arrivé un moment où je ne jouais plus dans la cour avec l'eau dans les bassins, mais je l'ai récemment rappelé à la Rose, qui essayait vainement de gonfler des piscines en plastique pour ses petits-enfants. Je ne sais pas comment elle a fait son compte, mais ça n'a pas fonctionné et cela a fusé en fontaines... Ce n'était pas les grandes eaux de Versailles, mais pas loin.

Je lui ai fait remarquer que si elle sortait quelques bassines d'eau au jardin, ses petits - enfants s'amuseraient certainement autant que moi dans la cour.

Au fait, là, je ne me "sentais" pas seule, il y avait l'eau et la terre, éléments vivants. Et une mère attentive, quand je rentrais dans la cuisine, qui me faisait me laver les mains plutôt deux fois qu'une.

***

J'ai un petit bassin en plastique mauve chez moi, signe des temps, acheté dans un bazar "turc",

mais il ne m'inspire que modérément...

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L'été 1969...

J'allais avoir douze ans en septembre. Je venais de terminer mes primaires - et l'examen "diocésain", (propre à l'enseignement catholique), avec un brillant résultat en français et un résultat honorable en maths. Mon frère, lui, continuait ses études d'horticulture. Ma mère était "mère au foyer", c'est-à-dire qu'elle était là, pour le goûter, à notre retour de l'école, goûter qu'elle qualifiait volontiers de "Louis Quatorzième". Puis elle surveillait mes devoirs et mes leçons. Et le soir, elle préparait le souper. Mon frère parlait pas mal, les parents l'écoutaient, et je m'occupais de mes tartines.

Entretemps, elle "vaquait à ses occupations" je suppose. Mais lesquelles?

La plupart des pièces de la maison étaient fermées. J'adorais me proposer pour faire les petites courses dans le quartier. Si elles étaient trop importantes, je les faisais avec mon frère. Pendant la longue période où notre machine à laver a été en panne, le linge était mis à tremper dans des bassines "de chez mes parents", en attendant le dimanche.

***

Un changement professionnel radical attendait mon père, mais je ne puis le situer dans le temps. Il allait quitter Bruxelles (mais pas la société pour laquelle il travaillait) pour la Flandre (avec apprentissage obligatoire du néerlandais à la clé, formation en comptabilité industrielle, une promotion et... La route Bruxelles - Anvers deux fois par jour).

Cet été-là, mes parents avaient choisi de louer un chalet, dans un camping assez populaire, dans une ville aux abords de l'Eau Blanche, l'Eau Noire et du Viroin. Ma mère avait coutume de dire "L'eau blanche, c'est avant votre passage..." et "L'eau noire, c'est après". J'ai toujours vécu avec la honte de me sentir "pas assez propre" et, du coup, comment expliquer ça? Des tas de sentiments contradictoires vis-à-vis de tout ce qui avait trait à la toilette.

Le début de ces vacances ne fut pas follement gai. Le matin, j'étais seule, je pateaugeais dans une des deux Eaux (la Noire sans doute...), j'essayais de rencontrer des enfants, (dont ma mère se moquait), mon frère étudiait sa botanique et ses maths... Ma mère se plaignait de nos querelles (mais nous querellions-nous tant que cela? A onze et dix-huit ans?), puis, elle faisait sa sacro-sainte sieste et à quatre heures, nous allions acheter des "couques", puis nous partions en balade dans différents endroits que nous aimions bien : le Fondry des Chiens, la Roche à l'Homme, et une colline qui faisait penser à certains paysages du Congo.

Le dimanche, mon père venait passer le week-end avec nous, en attendant de venir nous rejoindre définitivement, à la moitié du séjour. Après la messe, on achetait un poulet et des frites et, puis, soit on partait en promenade, soit on faisait une excursion.

Malgré les promenades, le poulet-frites et les excursions, et même si j'ai aimé ce pays de Nismes, je n'étais pas heureuse. Ma mère n'était pas gaie. Sérieuse. Ou se plaignant de nous. De l'absence de mon père. Ce n'est que hier que je me suis posé pour la première fois la question de cette semi-absence. Quelle qu'en ait été la raison, professionelle ou autre ou les deux (ce qui est possible), entre les vacances précédentes où nous étions allés dans les Alpes (plutôt gaies), et celles de l'année suivante, qui ressembleraient assez à celles, vraiment peu érotiques, de 1969, l'ambiance familiale n'était pas au beau fixe.

Mes parents s'étaient beaucoup disputés, des années auparavant... (J'écoutais le murmure de leurs voix, longtemps, longtemps), mais la journée, ma mère restait muette, sauf quand, tout à coup, alors que nous écoutions la radio, elle avait une crise nerveuse. Même si elle faisait tout ce qu'il y avait à faire, elle n'était pas heureuse.

Quelqu'un m'a dit l'autre jour: "votre mère était présente physiquement, mais son esprit était ailleurs." Il l'était ailleurs depuis longtemps, depuis toujours. Son esprit n'a probablement jamais quitté le Vivier d'Oye, ses parents, ses grands-parents, tout le décor de son enfance et de sa jeunesse (même perturbée par la guerre). C'était une dépressive chronique, une grande anxieuse (là, il m'est difficile de dire quelque chose, je connais d'autres grands anxieux o;), c'était une mère présente physiquement - et qui faisait même des choses pour nous (comme de m'accompagner presque tous les jours à une plaine de Jeux), mais jamais, jamais, quoique j'aie pu faire, je n'arriverais ni moi ni mon frère ni mon père, à combler ce vide, cette absence, cette béance qui l'habitaient. Et où s'étaient engouffrés tous les siens.

Alors nous? Que pouvions-nous faire? Mon père a probablement pris la décision de tout miser sur sa vie professionnelle... D'où son "évaporation" les dimanches, quand nous partions nous promener... Et plus de samedis où nous allions nager... Et même quand il était là, en vacances, près de nous, arrivait-il encore à mettre un peu de joie dans cette famille en suspens?

A la fin de l'été, nous sommes partis une semaine à la mer. Ma mère est partie avec ses vêtements déchirés ou décousus... Car tous les jours, je la voyais avec ses vêtements usés et décousus, rarement raccommodés... Et un ouvrage, un sac de gym (modèle de Modes & Travaux pour un sac de gymnastique), qu'elle s'était promis de réaliser pour ma rentrée.

Je suis partie avec mes valises pleines de Francie, Skipper et de leurs vêtements... Et je n'ai pas eu l'impression de beaucoup m'amuser. Onze, douze ans... Mauvais âge, mauvais souvenirs.

Je n'étais pas seule, puisque j'avais des parents et un frère. Mais je me sentais seule. Donc, virtuellement, je l'étais. Durant les longs moments où je comblais ma solitude en lisant. En dessinant. En faisant des essais d'écriture (ou tout au moins, en imaginant l'histoire des personnages que je dessinais), je jouais avec une balle de tennis, seule. Je sautais à l'élastique, seule... Etc. Etc.

Par contre, je ne l'étais pas à la plaine de jeux. Là, je jouais avec des enfants du quartier - qui ne fréquentaient pas le Sacré-Coeur d'Ixelles. Et parfois, mon frère m'emmenait chez son meilleur copain, un original qui élevait des caméléons, une salamandre, des orchidées, des souris blanches... Et parfois, ses parents rencontraient nos parents.

A part eux et de temps en temps ma tante et mon oncle (du côté paternel), nous ne voyions personne.

Mes parents n'avaient pas d'amis. Ma mère avait rompu avec sa meilleure amie, et, pour faire bonne mesure, mon père avait dû abandonner les siens.

photo de classe de 1968

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23 juillet 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

Cette fois, Lakévio nous emmène en Méditerranée avec cette peinture :

tracey sylvester harris

Tracey Sylvester Harris.

Et cette consigne :

Votre histoire devra être "étoffée" autour de la phrase suivante :

"Ah ! qui n'a pas eu envie d'un pastis après un bain de mer pris en Méditerranée ne sait pas ce qu'est un bain de mer pris le matin en Méditerranée."

 C'est Marguerite Duras qui nous le dit, dans Le marin de Gibraltar (1952).

***

Tôt le matin, pendant que mon amie Aline récupérait de sa nuit passée à danser, je sautais de mon lit, je m'habillais et j'allais petit-déjeuner en bas de la colline. La route était légère, les Maures magnifiques, les bonjour! fusaient et j'avais cessé de m'ennuyer. Au début de ces vacances, je m'étais demandé ce que j'allais bien pouvoir faire, des heures durant, au bord d'une piscine ou sur une plage bouillante et noire de monde à l'heure de pointe. Surtout que dans mon léger sac de voyage, il n'y avait -je crois- aucun livre. Si. N'en déplaise à Marguerite Duras, j'avais emporté avec moi un roman à la mode, "La course au flan"...

Je m'étais débarrassée de mon maquillage de la nuit, et après le déjeuner - et la délicieuse brioche de l'hôtel - j'attendais un de ces vieux bus provençaux (de ceux qu'on voit encore dans le Gendarme à Saint Tropez...)  j'allais m'asseoir au fond, je débarquais près de la plage, calme et vide, à cette heure-là, et je me mesurais à la Méditerranée. Le ciel était d'un blanc laiteux, l'eau clapotait doucement, avec des reflets de perle, dans tout ce bleu, et je m'avançais jusqu'au bord.

J'entrais dans l'eau et le sable devenait petits cailloux infiniment brisés, puis galets, puis carrément morceaux de roche. Je n'avais pas le choix. Un homme me regardait gentiment et me disait: "vas-y, tu peux le faire..."  Alors, pour ne plus risquer de me blesser les pieds aux pierres, et malgré le froid pénétrant de l'eau, je m'enfonçais doucement, laissant flotter mes cheveux derrière moi... Et puis je m'élançais. Une brasse, deux brasses, trois brasses ! Je nageais!

Je retournais m'asseoir et je m'enduisais de crème solaire. Comme je n'étais pas très patiente, après la séance d'enduisage, je n'avais qu'une envie, retourner dans l'eau. Et nager sans relâche.

A une certaine heure, les cars commençaient à déverser les retardataires à moitié endormis, dont mon amie Aline, encore à moitié maquillée, et je l'écoutais me raconter la progression de ses amours. Un peu avant midi, elle allait nager... Trouvait que l'eau était bien froide, se tartinait de crème solaire, se demandait si elle allait faire du monokini ou pas, et ce que sa mère en penserait au retour... (Rien de bon, à notre avis commun).

Et puis, parce qu'elle n'était pas à cours de contradictions, elle sortait un livre de Marguerite Duras, et pointait cette phrase :

"Ah ! qui n'a pas eu envie d'un pastis après un bain de mer pris en Méditerranée ne sait pas ce qu'est un bain de mer pris le matin en Méditerranée."

"Tu parles!" lui rétorquais-je en riant. "Moi, j'ai nagé ce matin... Bon, je n'ai pas envie d'un pastis, mais je veux bien aller boire un Chantaco."

Les Chantacos de Port-Grimaud étaient une institution, un grand cocktail de jus de fruits qui faisait mes délices. Et de toutes les couleurs.

Pour le pastis, j'attendrais... Un jour lointain, en hiver, sur une petite place, sur la presque Île de Giens. Avec une amie beaucoup plus sage que l'Aline de mes vingt ans.

Et avant cela, il y aurait beaucoup d'ouzos, qui, allongés d'eau, accompagneraient une infinité de soirées dans des restos grecs, devant de savoureux plats de mezzedes.

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22 juillet 2018

Parenthèse

La liaison juillet-août, c'est une période un peu difficile.

En parcourant mes pages souvenirs (une fonction fcbk), j'ai réalisé que le 17 juillet 2016 a probablement été le dernier jour où j'ai vu mon père en vie. J'étais allée chez mon fils, puis en allant vers le métro, j'avais pris des photos d'un chantier de démolition, rue Ducale.

C'était une année où j'avais fait de multiples petits voyages - où je faisais et défaisais puis refaisais mon sac régulièrement - Il y avait eu le week-end en Gaume (avec logement à Orval) - pour participer à la marche organisée par ma nièce pour mon petit-neveu handicapé moteur (et qui progresse bien).

Puis à Amsterdam... C'était un minitrip que la Rose avait gagné.

Et c'est après ça que je suis allée voir mon père, pour lui montrer mes photos et comparer ce minitrip avec celui que nous avions fait en famille, à quatre, au début des années 70.

Et puis, je suis allée passer quelques jours dans les Fagnes (tiens, où on a vu un loup, un vrai loup récemment, dans les Fagnes), chez des amis...

Je suis rentrée le mercredi ou le jeudi. Mon frère m'a appelée pour me dire qu'il allait voir mon père le vendredi et il m'a demandé d'y aller le samedi. J'ai laissé un message à mon père pour dire que j'irais le samedi avec mon fils et le jeudi suivant.

Et le samedi matin, j'y suis allée, mais il était mort.

Il avait 91 ans. Et il a eu une belle vie.

Mais depuis, je suis en deuil. Je me rappelle ses recommandations : pas de deuil ni de larmes éternelles. Mais comment expliquer ça? Avec lui, c'est toute mon enfance, toute mon adolescence, toute ma jeunesse qui a disparu d'un coup. Et puis il y a eu le nouveau départ de mon fils, et puis, donc, tout le décor de ma vie de femme mariée qui s'est évaporé (et je ne vais pas aller m'y promener inutilement, sauf pour y manger des crêpes avec une amie).

Puis d'autres personnes, un ami, une ancienne voisine, et le chat qui est parti...

Je fais des choses intéressantes, ce n'est pas cela. Et j'ai des amis, soyons positive. Et des amis fidèles. Presque de la famille. Mais ma famille s'est réduite à une peau de chagrin : une amie qui est comme une soeur. Un fils et une belle-fille. Pas de petits-enfants encore (mon regret, mais cela n'appartient qu'à eux...)

Mais je passe souvent du temps à rêvasser au passé, à revoir des scènes, (pour un oui ou pour un non), et, éventuellement, à imaginer d'autres possibles, ce qui est inepte, naturellement. Et j'ai envie et besoin d'écrire là-dessus... Oui, c'est cela, mais j'ai peur de "raser" mes lecteurs et mes lectrices, avec mes souvenirs.

Cela risque de durer jusqu'au 15 août, et pourtant, je n'ai pas vraiment envie de me retrouver après le quinze août.

papavincent

Mon père et mon fils en train de faire des mots croisés (détournement d'image).

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Amoureux de la littérature classique...

Reprenons le cours...

J'avais écrit un jour que j'avais découvert un groupe - qui me paraissait être d'un haut niveau - sur la littérature (française, mais pas seulement) classique. Je n'osais pas demander d'y entrer. Finalement, je l'ai fait, et j'y ai trouvé beaucoup de satisfaction.

J'ai commencé doucement, en lisant d'abord les articles. Au début, les administratrices du groupe proposaient des thèmes. Il y a eu la guerre, les fleurs, la mer... Puis, beaucoup de membres ont trouvé que c'était trop limitatif. J'aimais assez bien ce concept de thématique, car cela me permettait d'explorer des thèmes qui - soit me passionnent, soit me sont étrangers - comme la guerre. 40-45 m'étant plus proche, forcément, que 14-18.

Ce que j'ai lu comme romans sur la guerre 14-18 (dont le centenaire s'achève tout doucement), ne se retrouverait pas forcément sous le label "littérature classique". D'un autre côté, j'ai lu des choses particulières et intéressantes à partager, hors sentiers battus, (comme les souvenirs d'Alice Toklas - dans son livre de cuisine publié aux Editions de Minuit et absolument passionnant).

Quelques personnes m'ont invitée à faire partie de leurs amis. Hum. En face de personnes qui ont "fait" la Sorbonne, je me sens toute, toute, toute petite... Vraiment très petite (malgré mon mètre 76 o;)

J'ai même découvert une romancière, qui a pris le parti de s'auto-éditer et de vendre sa production sur amazon - livre papier et e-livres. J'en reparlerai peut-être à l'occasion.

Récemment, une des trois administratrices- fondatrices m'a demandé de rejoindre leur équipe. Hum. L'une est "débordée", car elle traduit une biographie qu'elle a écrite sur Jugurtha en italien (je suis allée me renseigner sur Jugurtha - car dans mon cahier d'histoire sur Rome, en 5ème latine, on lui consacre une ligne. C'est tout). D'autres aussi.

J'avoue que j'étais plutôt complexée. Je me rends compte que des livres que j'ai pourtant lus attentivement en humanités - comme la Princesse de Clèves (et que j'ai aimés - et dont j'ai âprement discuté avec ma mère, qui était ma principale interlocutrice dans ces années-là) - (mes amies se fichaient de la princesse de Clèves comme d'une guigne). Bref, que j'ai beaucoup oublié de ces livres. Je ne savais même plus si la princesse de Clèves se passait durant le règne de Henri II - ou sous celui de François II (éphémère) et de Marie Stuart. Il est pourtant bien question de la Dauphine. Et d'ailleurs de la mort (stupide) de Henri II.

Donc, j'ai relu la princesse de Clèves.

Récemment, on vient de parler de Paludes. Je ne me souviens absolument de rien. Par contre, je me souviens bien des Faux Monnayeurs (bien que j'aie sûrement oublié beaucoup aussi, pour ne retenir que quelques faits dominants). Mais si on parle volontiers de Marcel Proust, Gide n'a pas trop bonne presse. Me semble-t-il.

Bon, je dois donc me "remettre" à la littérature française, mais tout ce qu'il y a de nouveau en librairie m'échappe - en partie. Je n'ai pas les moyens d'acheter ce qui sort chaque automne (et dans l'ensemble de la production, il y  a sûrement de bonnes choses), et j'oublie souvent (toujours), de regarder la Grande Librairie.

Eh bien, vous savez quoi ? Ca demande un boulot fou... Examiner les candidatures... Visiter les profils... Valider les publications, les lire, les commenter, faire des liens, éventuellement, pour de futurs articles. Tout ça est possible via le smartphone (mais à la fin, j'ai une tête commle un juke-box). Mais pour écrire un article, il me faut mon ordinateur.

Je viens deonc de "commettre" un article sur la comtesse Marie d'Agoult... Avec quelques extraits de ses "Mémoires, souvenirs et journaux" que j'ai tant aimés. Surtout pour toute la période qui concerne son entrée dans le monde et son mariage, contemporains de la Restauration, puis de la monarchie bourgeoise sous Louis Philippe... Et ainsi de suite.

peinture de J. Danhauster, Victor Hugo, Paganini, Rossini, A. Dumas, George Sand et Marie d'Agoult.

peinture de J. Danhauster, Victor Hugo, Paganini, Rossini, A. Dumas,George Sand et

Marie d'Agoult (près du piano, à l'avant-plan).

Sur le piano, le buste de Beethoven.

Posté par quartzrose à 14:21 - - Commentaires [7] - Permalien [#]