Variations de regard

03 octobre 2018

Elle s'appelait Agathe - les lundis de Lakevio

Désolée, j'ai dû attendre aujourd'hui, seulement, pour mettre mon idée en forme...

Idée qui doit devenir un texte, toujours en rapport avec le tableau que Lakévio poste le vendredi, suivi d'une consigne d'écriture - le conte devant paraître le lundi.

Cette fois, il s'agissait d'un tableau d'Edward Hopper. New York Movie.

edward hopper new york movie

Edward Hopper.

Mon ami américain et moi, nous allions fréquemment au cinéma. Le hasard nous conduisait souvent au cinéma Eldorado, dont l'architecture intérieure et les tonalités me plaisaient.

A cette époque, il y avait encore des ouvreuses, qui réussissaient le prodige de vérifier nos tickets, nous dire un mot gentil, balancer leur panier, et nous indiquer la salle de cinéma où nous devions nous rendre. Lorsque tout le monde était entré, et que la salle était obscure, elle introduisait et guidait les retardataires avec sa lamps de poche.

Il y en avait une particulièrement sympathique. Petite, je veux dire, plus petite que moi, et tellement mince, en bleu, sa taille fine serrée dans une ceinture de cuir de Russie, elle souriait, échangeait un petit mot avec nous, bref, elle me "plaisait"... Pour quelqu'un d'anonyme auquel on ne prête pas souvent attention. Elle me rappelait aussi vaguement quelqu'un, mais à l'époque, je n'ai jamais été capable de me le formuler exactement. Evidemment, nous gagnions tout de suite la salle obscure, pressés d'avoir de bonnes places, pour voir La femme d'à côté, Le dernier métro ou ... (=> Les uns et les autres.) Qui m'impressionna durablement.

geraldine chaplin

Puis, mon ami américain se maria (avec une demoiselle italienne), et repartit aux Etats-Unis. Je ne le revis plus jamais. Et un moment, je cessai moi-même d'aller au cinéma, sauf pour des films vraiment exceptionnels, que je ne voulais vraiment pas rater...  Quand je revins au cinéma, dans une salle de la place De Brouckère, l'Eldorado était devenu l'UGC, on y projetait Gladiator, et il n'y avait plus d'ouvreuses.

***

Un jour, après une succession de clics hésitants, je renouai avec une amie d'enfance. Elle s'appelait Agathe. Nous nous étions connues depuis la maternelle (les petits verts, les petits bleus), restant presque toujours dans la même classe, jusqu'à cette année où je quittai ma première école. Je perdis Agathe de vue. Ce n'était pas un caractère facile (du moins est-ce le souvenir que j'en ai gardé). Il annonçait une personnalité hors du commun, une femme de caractère, mais en attendant, elle était -paraît-il- la reine des bavardes et moi, j'étais la reine des rêveuses.

Ensuite, je la retrouvai sur un blogue, où elle notait - avec un art qui me stupéfia - son quotidien, des poèmes, articles entrecoupés de pensées et d'images. Elle participait même à des ateliers d'écriture en ligne où je la suivis (chez Asphodèle, entre autres). Pendant quatre mois, je l'ai lue avec un intérêt croissant, et commentée avec hésitation.

Nous nous sommes finalement revues - en vrai - un dimanche de septembre - il y a cinq ans, au Parc Royal. Où nous avons conversé. Beaucoup au sujet de notre enfance... De nos propres enfants (nous avions un fils unique, chacune), de nos parcours professionnels... De nos familles, et bien sûr, de nos souvenirs d'école.

C'est alors qu'elle m'a raconté avoir été "ouvreuse" au cinéma Eldorado, au début des années 80 - avant de trouver sa voie dans le social et l'aide à l'enfance. Et soudain, je l'ai revue, souriante, dans le cadre de ce cinéma, avec son panier de bonbons glacés et autres friskos... Et j'ai enfin compris pourquoi et comment je l'avais trouvée si sympathique. La fille dans l'âge ingrat que j'avais perdue de vue s'était métamorphosée en une femme vibrante et ouverte.

Nous aurions pu nous décider plus tôt.

Hélas, elle était gravement malade. Il y  a cinq ans, aujourd'hui, elle entrait en soins palliatifs.

J'ai gardé un livre qu'elle m'a prêté, "La nuit du musée", de Kate Atkinson, et qui est devenu un "don", avec une photo d'elle à l'intérieur.

Naturellement, Agathe n'était pas son vrai nom, mais c'était celui qu'elle avait choisi pour tenir son blog.

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02 octobre 2018

Il est difficile d'écrire quand on marche...

Dimanche, après le train-train du matin, je suis allée faire une marche Adeps dans Anderlecht avec la Rose.

5 km, ce n'est pas beaucoup, mais nous ne sommes pas des cabris. On s'est mis en jambes en prévision de grimpettes plus costaudes (si tout va bien...)

Il faisait beau... Comme il peut faire beau chez nous.

On part du quartier du cimetière, le Vogelenzang, pas loin de la station Eddy Merckx (où il y a un de ses vélos, du moins, je le suppose), on se balade derrière l'hôpital Erasme, dans une réserve naturelle - et le long d'un étang dont les abords ont été réaménagés en espace zen. La Rose est tellement enthousiaste qu'elle clame déjà qu'elle ira là pendant que je serai à l'hosto de jour. Pour un peu! Elle m'y enverrait! J'ai dit que je préférais aussi l'espace zen (fauteuils en tronc, chaises longues au bord de l'eau, etc.)  Surtout à l'époque des amours des grenouilles.

Puis, on rejoint les étangs de la Pede, qu'on suit en partie, puis on rejoint lentement le points Verts Adeps par les terrains de sport de la commune, qui drainent évidemment beaucoup de circulation... On longe un resto (...) passons, et on revient au point de départ.

On n'a pas eu de potirons cette fois-ci, mais du maïs, du bleu, des reflets, des canards plongeurs, des conducteurs d'Audi dangereux (et idiots), et la récompense au bout...

Une glace composée à la Krijmerij de Gaasbeek - un glacier exceptionnel, qui s'est installé dans  l'ancien bâtiment, et l'ancien verger, d'une ancienne ferme, où les Bruxellois allaient boire de la kriek et de la gueuze et manger des tartines au fromage blanc (avec radis et petits oignons) dans mon (très)  jeune temps.

balade

ça, c'est la preuve que j'étais sur mes pieds ce jour-là !

maïs1

L'or du Païottenland !

maïs2

***

La Pede

L'étang de la Pede

La Pede

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29 septembre 2018

Et ne nos inducas... (roman)

Par André Bruyère, Gautier-Languereau - 1924.

***

Marguerite Durban, dite Mienne ou encore My, est la fille d'un amiral français. Elle a dix-neuf ans, juste après la guerre 14-18, est orpheline de mère, et après quelques années de couvent, vit chez son frère aîné, marié et père de deux jumelles. Malheureusement, il accueille aussi sa belle-mère chez eux, et les soeurs de sa femme. Beaucoup moins jolies et piquantes que My.

My a bon coeur, mais rendue fort nerveuse par la belle-famille de son frère (trop de femmes! Dit toujours l'amiral), elle finit par détourner "un sot d'une pécore", c'est-à-dire un prétendant intéressé pour une de ses "fausses" soeurs.

My a aussi une amie, Simone, plus pauvre qu'elle, qui s'apprêtait à partir travailler dans un château pour y restaurer des papiers peints anciens, mis au jour lors de travaux importants. Soudain, Simone est retenue chez elle pour soigner sa mère très malade.

My, que sa famille (frère, belle-soeur et consorts) ne supporte plus trop (elle est vraiment trop élégante, charmante et piquante) et que My ne supporte plus non plus, décide, dans un bel élan de générosité, de remplacer Simone au pied levé et d'aller - anonymement, sans dévoiler de quel milieu elle est issue - travailler dans le vieux château. Elle versera tous ses émoluments à Simone.

La voilà à Abat, dans une belle vieille demeure, auprès d'une adorable demoiselle de 80 ans, et de deux vieux serviteurs fidèles, Fraisie et Léomond. Accueillie chaleureusement et gâtée par tous, elle est heureuse et commence à restaurer les papiers peints, jusqu'au jour où elle découvre une cachette. En la fouillant, elle met la main sur des papiers de famille très importants.

Il s'agit des dernières volontés d'un ancêtre des Malbot (la famille de la châtelaine), qui, en 1791, avait accepté de cacher le trésor d'une abbaye voisine. Les moines ne sont jamais revenus en France, après la Révolution, et le "Grand aïeul", comme l'appelle dévotieusement Mlle Roselle, n'a jamais restitué le trésor. Attaqué sauvagement par des malandrins en 1810, il n'a pas eu le temps de révéler à son fils la cachette où se trouvent ses dernières volontés, rendre le trésor aux moines de l'Abbaye, ou à ses légitimes propriétaires. Les Malbot en "profitent" donc depuis le 19ème siècle - avec sagesse et vénération - mais sans connaître le secret de leur aïeul.

En 1920, la famille Malbot n'est plus constituée que de la bonne tante Roselle, de deux nièces, veuves, d'un petit-neveu, Régis Malbot (trop jeune pour s'être battu pendant la guerre, qui a vu périr deux de ses frères et son cousin) et de trois cousines, Madeleine, Suzanne, dite Suzon, et Catherine.

Voilà My obligée d'attendre le retour de Régis Malbot pour lui remettre, en mains propres, le testament de son aïeul. Ce qui l'ennuie beaucoup. C'est ainsi que Régis Malbot la surprend un jour, en grande conversation avec le portrait de son aïeul, lui reprochant la responsabilité qu'il lui a mise (sans le vouloir) sur les épaules. Régis est rentré pour s'assurer de l'honnêteté de la jeune fille qui semble s'incruster au château. My joue franc jeu avec lui et lui explique qui elle est - sans trop insister sur le haut grade de son père, on la croit la fille d'un simple marin - et sur le fait qu'elle envoie l'argent qu'elle gagne à une famille vraiment intéressante, digne d'être aidée. Elle avoue ne pas être très heureuse dans sa famille et demande à pouvoir rester à Abat, et continuer à y travailler bénévolement. Il accepte.

Régis repart complètement retourné. Naturellement, My fera la conquête de toute la famille, excepté d'une lointaine cousine, Germaine, belle déité qui rêve d'épouser Régis, et de la mère de celui-ci qui se demande si My n'intrigue pas pour faire un riche mariage. Car Abat recèle un vrai trésor en ses murs.

My finit par se retrouver coincée... Elle aime Régis, qui est tombé amoureux d'elle, elle est adorée de tante Roselle et de ses petites-nièces, mais elle est suspectée d'intriguer et elle en souffre. Elle finit par rendre les papiers du Grand Aïeul à Régis, et à tout lui expliquer. Il est assommé par cette révélation, par la peur de faire souffrir sa grand-tante, qu'il adore. De plus, il s'obstine à dire à My qu'il l'aime et veut l'épouser - alors qu'elle s'obstine à le refuser, de peur de le "voler" à une autre.

Un des grands plaisirs à Abat, c'est de contempler le trésor du Grand Aïeul - les pierres précieuses et les perles qui ont été montées en bijoux, pour son épouse. Régis assènera à ses soeurs que le trésor ne leur appartient pas et qu'il va chercher les héritiers de l'Ordre, jusqu'en Autriche, s'il le faut, pour le leur rendre.

Avant de s'en aller, My refuse, une fois de plus, de l'épouser et s'accuse d'une grande faute, sans avoir le temps de lui expliquer de quoi il s'agit. Elle rentre à Toulon et retrouve son père.

Tous deux sont d'abord très contents de se retrouver, mais l'amiral Durban se rend vite compte que sa fille "ne tourne pas rond". Jusqu'au jour où il reçoit une curieuse lettre. Ce sont les deux soeurs de Régis, Catherine et Suzon, qui réclament leur My, et avouent que leur frère est malheureux comme les pierres, sans vouloir rien leur expliquer.

L'amiral, séduit par la gravité, l'amitié et le ton primesautier et sensible de ses jeunes correspondantes, prendra le destin de My en main. Il se sent quelque peu responsable d'avoir dû laisser sa fille dans une famille qui leur ressemble si peu. Il faudra donc qu'il se rende à Abat, qu'il parle à tante Roselle (ébranlée et triste d'avoir perdu My), et surprenne Régis Malbot, pour le forcer à avouer qu'il aime toujours My.

Et à la Noël - exactement comme dans les derniers épisodes de chaque saison de Downton Abbey - de cette année-là, l'amiral va enfin fêter noël à Abat, avec sa fille, dûment fiancée à Régis Malbot.

Et n'ayant pas retrouvé les ayant droits à l'héritage, ils financeront une oeuvre charitable, hôpital ou orphelinat.

Tout est bien qui finit bien...

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Gâteaux de famille.

Pour faire un bon gâteau moka...

Pour la pâte, 3 oeufs (éventuellement + 1), 125 g de sucre, 75 g de farine, sucre vanillé. Pour chaque oeuf ajouté (en fonction du nombre de convives), on ajoute 25 g de matière sèche, sucre et farine.

Je sépare le blanc des jaunes, je mélange les jaunes avec le sucre (et je lave le récipient de ma balance auparavant), je fais préchauffer mon four... En n'oubliant pas de retirer les poêles (eh oui) que je range dedans (propres)... Je fouette jusqu'à ce que le mélange "blanchisse" ou jusqu'à ce que j'obtienne le "ruban", puis, j'ajoute la farine (et éventuellement un peu de lait si c'est trop dur à manier),

Je bats les blancs d'oeufs en neige (j'utilise de la farine fermentante, donc, le tout "montera" convenablement), je mélange le tout en soulevant délicatement et je mets à cuire au four à température raisonnable, en enfonçant la pointe d'un couteau à la fin - pour vérifier si tout est cuit.

Je n'avais pas de beurre, donc, je n'ai pu faire de crème au beurre au moka (sinon, ma recette, c'est mélanger du sucre impalpable, du nescafé très fort, du beurre et un jaune d'oeuf, jusqu'à consistance agréable et légèrement grumeleuse à cause du sucre impalpable).

Parfois, en fin d'année, à l'approche des Fêtes, on peut ajouter de la crème de marrons vanillée, c'est encore meilleur !

J'ai une autre recette de gâteau moka, à froid, avec de la poudre de biscuits cuiller, des jaunes d'oeufs sans doute, de l'essence de café, du sucre et du beurre, cela fait une masse compacte lourde à digérer, mais c'est délicieux! Oh! Merveilleuses recettes des Cahiers du Jardin des Modes cuisine.

***

Dimanche dernier, les jeunes sont venus manger... Comme ma petite belle-fille m'avait dit que je pouvais faire "des tartines jambon-fromage", je les ai améliorées en sortant mon appareil à croque-monsieur. Avec un peu de laitue - et des ananas dans quelques croque-monsieur. Je n'avais pas eu l'occasion de faire mon gâteau moka, mais j'ai donné la recette des gaufres aux speculoos à Petite belle-fille charmante.

moka froid

***

pategaufresspeculoos

Mon fils dit qu'avec nous deux, elle et moi, ce n'est vraiment pas possible o:))) Tellement on le taquine.

J'ai reçu une belle orchidée (haute dans un pot trop petit), je l'ai rempotée avec du terreau spécial pour orchidées et je lui ai donné son bain. Je l'ai placée dans la lumière indirecte. J'espère que c'est bon !

J'ai regardé les derniers épisodes de la dernière saison de "Downton Abbey". J'étais contente qu'Edith se marie. Je me demande si ce n'est pas mon personnage préféré. Avec lady Grandham, Mrs Crowley, Mrs Hugues... Je suis aussi contente (et curieuse) de ce que donnera le film qui sortira en 2019... Que deviendra Downton Abbey pendant le Blitz ?

J'ai évacué quelques livres à la boîte à livres de la bibliothèque, mais j'en ai reçu de nouveaux pour mon anniversaire !

Il y en a partout .................................

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21 septembre 2018

"Je serai brève"

Cette nuit, comme toutes les dernières nuits, je me suis réveillée à quatre heures et quelque. C'est déjà mieux que trois heures et quelque.

Je ne dors pas.

Alors, je pense. C'est mon anniversaire aujourd'hui. C'est drôle, mais je ne me voyais pas arriver à l'âge que j'ai. Je ne voyais rien en réalité...

Plutôt tournée vers le passé (une disposition naturelle renforcée par la disparition de mes parents - tant aimés - ne connaissant rien de l'avenir, juste des jalons : la maison de mon fils, le couple qu'il forme avec son amie... Les petits-enfants de la Rose, mes petits-neveux (et mon "petit-neveu"), et le présent étant moyen-moyen, calme, mais moyen-moyen... (C'est mieux que les pics vers le bas et les accidents de la vie - d'ailleurs, ils peuvent arriver à tout moment...)

Bref, l'an dernier, j'ai franchi un cap, et c'était assez gai. Je n'imaginais pas la suite. Donc.

Sauf que, dans les mois qui ont suivi, je suis devenue paresseuse. C'est-à-dire, fatiguée. Et le fait d'avoir mal tout le temps, d'avoir une colonne vertébrale et des articulations rongées par l'arthrose, alors que dans ma tête, dans ma tête, je nettoie mon appartement, je le range, je change les meubles de place ... Et je fais des marches Adeps de 10 km, avec repas fruits o;) biscuits et eau.

Mais tout ça, on s'en fiche.

Je pense à mon fils. Il me dit qu'il a des impatiences dans les jambes. Il se plaint de vivre assis. Il prend le bus, il est assis, puis le train, puis, toute la journée, au bureau, il est assis et quand il rentre, c'est la même chose. Je le savais bien, c'est pour cela que quand il faisait ses études, je lui répétais tout le temps : profite, profite, ce sont les meilleures années de ta vie. Ce n'était peut-être pas tout à fait vrai dans son cas, parce qu'il s'éclate quand même bien dans sa vie professionnelle (même quand il se plaint), je vois bien, comparé à ce que j'ai eu, il est bien loti (pourlvuuu que ça dourre - comme disait Mme Bonaparte). Et il habite Waterloo, ah, ah, ça me fait bien rire. Cette "cité" me poursuit.

Ils passent leurs week-ends à jardiner et à bricoler dans la maison.

Et dimanche, ils viennent chez moi. Je suis contente de les voir.

Comment peut-on habiter Waterloo? N'empêche, quand on pense qu'un de mes ancêtres était à Waterloo en 1815 (c'était un garçonnet) - qu'il a quitté pour vivre à Uccle et y fonder une forge... C'est drôle de penser que son lointain petit petit 'fillot' y vit.

Puis, je pense à ma petite belle-fille aussi. Je l'aime plutôt bien. Je crois qu'ils se conviennent bien, enfin, je l'espère. A eux deux, ils ont les pieds sur terre. Ils planifient... Ils organisent... A leur âge, j'étais beaucoup moins planificatrice.

(...)

A midi et quelque, je fête mon anniversaire avec - les amis et les amiEs de "La petite bande" ...

Et dans deux semaines, quoi qu'en dise mon épaule... Je vais faire un tour "walkabout" (une expression des ringers australiens pour dire qu'ils sont en "ribote").

Evidemment, comme c'est le jour de mon anniversaire, je pense à mes parents. Heureusement que mon frère est toujours là.Il sera là demain à midi avec nous et je suis drôlement contente.

Mon père adorait raconter le samedi de ma naissance...

Chaque année - après le décès de ma maman, il est devenu bavard, à sa manière - il me racontait qu'ils étaient allés acheter du boudin à la charcuterie tchèque de la rue des Pierres (une institution du Bruxelles des années 50-60-70 et plus), et qu'ils l'avaient mangé à midi. Après, ils voyaient le médecin - que ma mère (une spéciale) aimait bien.

Son médecin. La première fois qu'elle devait le voir, elle avait décrété que s' il ne lui plaisait pas, elle le rembarrerait. Elle l'a vu et il lui a plu. Et elle le lui a asséné. Plu - en tout bien tout honneur - mais elle était comme ça. On lui plaisait ou on ne lui plaisait pas. Et mieux valait lui plaire.

Donc, c'est lui qui leur a dit gentiment "on fait ça aujourd'hui?" - je ne sais pas comment elle s'est sentie, après son repas de midi, mais apparemment, cela a été la naissance la plus facile de celles qu'elle avait vécues. Je sais aussi que ma grand-mère paternelle est venue nous voir à l'hôpital... Sans plus. Et que mon frère était là aussi, le soir où je suis  née. Des infirmières s'occupaient de lui.

Ce n'était pas une époque où l'on renvoyait la mère chez elle deux jours après l'accouchement.

Je pense souvent à mes parents. Il y a des jours où je donnerais n'importe quoi pour les revoir, ne fût-ce que quelques minutes... Et leur dire ce que je ne leur ai pas dit assez, évidemment. Même ma mère, avec son drôle de caractère.

C'est vrai qu'on ne dit jamais assez aux personnes qu'on aime qu'on les aime, parce qu'on ne peut pas concevoir (même si on le sait pourtant) comment ce sera quand elles ne seront plus là. Un manque. Et une présence intérieure... Ensemble.

Donc, je suis contente de voir mes amis demain, il faudra que je leur dise un petit quelque chose, tiens... Un petit discours... Court... "Je serai brève", comme disait la préfète de mon lycée.

Et une heure après, elle vaticinait encore.

mon fils et mes parents au musée du tram

Papa et maman au musée du tram avec mon fils, en 1992.

famille rue van eyck

Ma famille. Il manque ma dernière nièce, qui a vingt ans et commence des études d'infirmière.

papa, mon frère et bibi.

J'ai eu un père merveilleux...

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12 septembre 2018

Sourire

Comme pour répondre à une amie blogueuse - elle se reconnaîtra j'espère... Un sourire.

Samedi, je suis allée au musée de la photographie à Charleroi (à Mont sur Marchienne en réalité), après Charleroi. On a un peu cherché... Il y avait deux avenues Paul Pastur. L'une ne nous menait nulle part, l'autre nous menait à bon port.

ô Doux pays de Charleroi

ô Doux pays de Charleroi

Il y avait une exposition de photographies de chats (dont une de Prévert à une terrasse de café, avec son chat), et un très beau texte de Xavier Cannone, le directeur du musée, en introduction à l'exposition.

Il y avait une exposition de la photographe Liliane Vertessen (il faut aimer), des autoportraits dans des poses suggestives avec des cadres agrémentés de tulle rouge ou  noir, de faux léopard, de sequins, bref, tout ce qui est clinquant et érotique.

Et les collections permanentes.

Le musée se trouve dans un ancien Carmel (dixit la Rose, qui sait toujours tout). La chapelle sert de salle d'exposition, l'ancien cloître aussi. Il y a une bonne cafeteria où les sandwiches ne sont pas mous et pas mouillés du tout. Il y a des croque-monsieur, madame, mademoiselle, jeune homme, hawaïen, bref, tout ce dont on peut rêver, et des salades.

Ce qui me fait penser au chat roux de la cafeteria - ou du musée. Qui s'est approché de nous, l'air de rien, quand on prenait un café, puis qui est parti aussi vite (toujours l'air de rien) quand il s'est rendu compte qu'on n'avait rien pour lui. Et toujours avec l'air de ne pas y toucher, il s'est couché au soleil...

Des parties contemporaines complètent l'architecture du XIXème et cela fait un ensemble intéressant. Il y avait un peu de monde. Pas la grande foule. Je me rappelle être allée à une soirée de discussion sur la culture dans le cadre de la fondation de l'Art 27 (la culture pour tous), en 1998 à peu près. C'est vague dans mon souvenir.

Et, sans doute avec la Rose, mais je ne me souviens plus très bien.

Je voudrais aller voir le bois du Cazier, ce site minier où il y a eu une catastrophe absolument épouvantable en août 1956, et où tant de mineurs d'origine italienne, principalement, sont morts. Je voudrais visiter un musée de la mine, parce que cela fait partie de notre patrimoine humain et industriel, et c'est important.

Dans un coin du cloître, il y avait un prie-dieu. Je n'ai pas pu résister, j'ai pris la pose... C'était horriblement dur aux genoux, je n'aurais jamais cru que ça ferait si mal (je n'ai plus onze ans, c'est indéniable !)  Je suis d'une époque où les églises se sont dotées de chaises plus modernes, avec du skaï au lieu de paille, (qui laissait des marques sur la peau) sur l'assise.

Mais à la Cambre, (notre paroisse, que mes parents n'aimaient pas - mais que moi je trouvais plus belle), il y avait encore de vieux prie-Dieu en ébène sculpté, avec du velours rouge et un tiroir pour les missels. Il y avait des appareils de chauffage à gaz aussi, sur les bas-côtés, qui ne chauffaient pas grand-chose, sauf ceux qui étaient en-dessous de l'appareil, et qui cuisaient.

Bref.

J'aime bien cette photo parce que je m'amuse et que je souris... Je fais souvent des grimaces involontaires quand on me photographie...

Pas là.

musée de la photographie, 2018

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10 septembre 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

C'est chez Lakévio, comme chaque lundi.

Voici un tableau à trois personnages... J'ai pris du retard hier... Aurai-je plus de chance ce matin ?

Voici le tableau à trois personnages. Vous devez entrer dans les pensées de chacune d'elles et nous les faire connaître, évidemment !

rene snyman septembre 2018

René Snyman

Dans une galerie d'art, à Nice. Fin des vacances 1976.

Condition féminine, huile sur toile, 1 m x 80, prix, 3000 euros.

***

La double vie de Aude. "C'est la fin des vacances" songe Marie. Fini les humanités. "Fini le bac. Demain, l'université...  J'aimerais avoir des soeurs. Ou des amies. Comme sur ce tableau. Il faut que je quitte cette galerie. Et que j'aille à la plage. Cela ne sert à rien de rester ici.  Cette jeune fille me ressemble. Là, celle aux longs cheveux, devant moi. C'est une jolie rousse aux yeux bleus. On dirait ma soeur. Elle fait mentir l'expression passe-partout "une superbe rousse aux yeux verts". Il y a la lumière bleue de l'océan sur elle. Je les imagine à la Côte d'Azur, mais à la fin de la saison... Quand il fait moins brûlant.  J'aimerais bien être elle et rêver à tout ce qui pourrait m'arriver de bien. Une lettre, une seule lettre. Une lettre magique... Qui n'arrivera pas.

A quoi ça sert d'avoir dix-huit ans? Le plus bel âge de la vie? Pour moi, c'est l'âge du chagrin d'amour. N'empêche, je veux bien rencontrer quelqu'un d'autre. Quelqu'un à qui parler. C'est terrible de ne pouvoir se confier à personne. Elle a de la chance, la jeune fille en bleu. Sa mère et une soeur. Ou une amie.Je suis sûre qu'un amoureux l'attend, quand elle sera rentrée à Paris. Moi, personne ne m'attend. Je me sens si seule!

Bon. Je vais sortir de cette expo... Je vais cesser de le dire et m'en aller... Tiens, cet homme-là, qui vient de la réserve... Il est beau. Quel air inquiet! Il me dévisage - parce que je suis la seule ici, à regarder l'expo? Est-ce qu'il va me parler? Oui... Il vient... Est-ce que j'accepte de l'écouteri? Ou est-ce que je m'enfuis? Je suis sûre qu'elle "la jeune fille en bleu", me fait signe de rester et de parler avec lui... Pour que sa vie ait un sens, il faut que je parle avec celui qui l'a peinte, et aimée, et que je devienne - qui sait - moi aussi son amie."

***

Eva, la plus âgée, regarde au-delà du paysage et voit la galerie où elles sont exposées aux regards des curieux. Cette jolie fille un peu triste là, toute seule, devant les cimaises. A les regarder d'un air affamé et désespéré. Leur vie n'est pourtant pas si amusante que cela. Elles ont bien voulu poser pour le peintre, pour gagner un peu d'argent. Eva a perdu son mari. Puis son nouveau compagnon. Enfin, elle l'a tué. C'est son secret... Elle regarde sa fille cadette, mon Dieu! Pourvu qu'elle s'en sorte...

Si la jeune fille qui parle avec le peintre savait ce que c'est que d'être une femme de quarante ans, d'avoir été trahie, d'avoir épousé un indifférent, puis vécu avec un monstre. Et de l'avoir tué. Pour protéger ses filles... Le crime parfait. Jusqu'à présent, personne n'a retrouvé le corps. Personne ne l'a réclamé. Pour tout le monde, il est parti définitivement... Mon Dieu! La prison dont j'ai si peur... C'est lui qui aurait dû la connaître. Je crois que je vais emmener mes filles vivre ailleurs qu'à Paris. Comment allons-nous faire? N'empêche. Je trouverai bien."

***

Isabelle pense: "Maman m'a joliment coiffée ce matin. Avec un bandeau autour de mes cheveux. Je me sens en sécurité, entre elle et ma soeur. J'ai oublié tout le reste. Quand même. Je n'aime pas les hommes. Ils me font peur. Je ne veux pas y penser... non non non, ne pas y penser, jamais... Maman a pris la décision qu'il fallait, j'en suis sûre. Je ne sais pas pourquoi elle regarde toujours au-delà du tableau que nous formons. Qu'est-ce qu'elle voit? Je vais regarder aussi. Oui. Tiens, je vois une fille d'environ dix-huit, vingt ans. Comme nous. Elle parle avec le peintre, notre voisin. Ils parlent en nous regardant. Comment est-ce possible? Comment puis-je voir autre chose que la Méditerranée et les ports scintillants dans la lumière d'été? Les ports de France?  Bientôt la rentrée... Cette année, c'est mon tour de passer le bac. Littéraire, mon bac. Je veux apprendre à écrire. Je veux écrire. Un jour, je raconterai notre histoire... Un jour, je serai Inspirée. Un jour, je n'aurai plus seize ans et je suis sûre que tout ira mieux, parce qu'alors, je comprendrai."

***

Epilogue:

Le tableau "Condition féminine" a été vendu à un collectionneur à la fin du mois de septembre.

L'exposition a été un succès.

Eva, Aude et Isabelle sont devenues les protégées du peintre.

Elles vivent dans l'arrière-pays niçois.

Elles ont fait la connaissance de Marie, sa nouvelle compagne.

Marie a le même âge qu'Aude et Isabelle, à peu près.

Toutes trois sont devenues des amies.

Personne n'a jamais découvert qu'Eva avait assassiné un homme.

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03 septembre 2018

Retour à Magna...

Fantaisie - broderie sur la fin de "L'art perdu de garder un secret", traduction littérale de "The lost art of keeping secrets" - (ou "L'amour comme par hasard"), de Eva Rice (2005 pour l'édition anglaise, 2007 pour l'édition française).

L'épilogue m'a toujours paru un peu abrupt. Je me suis amusée à en écrire une autre version.

Vivian Maier

(c) Vivian Maier - photographe (1926-2009)

***

Journal de Penelope Delancy-Wallace.

Je réécris ces lignes, assise à mon bureau, qui fut d'abord le bureau de Clare Delancy, dite tante Clare. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour, il deviendrait le mien.

Comme je suis plutôt ordonnée, les piles de livres datant de l'époque où tante Clare dictait son autobiographie à sa nièce, Charlotte, sont aujourd'hui bien rangées dans la bibliothèque. Dans un coin de la pièce, il y a une cage, et je dois toujours lutter avec Harry pour qu'il n'y place pas un pain. Nous avons moult sujets de conversation, plutôt drôles, dont certains que nous puisons dans nos souvenirs communs de l'année 1955. Johnnie Ray, ma folie d'alors, et... Julien le Pain en font partie.

Je crois que si je ne m'y opposais de toutes mes forces, il serait capable de recommencer à nourrir un pain!

Parmi les sujets que nous évitons, il y a Marina. Qui est la femme de Georges. Pourtant, Georges est devenu un véritable ami. Et après une lune de miel en Europe, ils ont rejoint les Etats-Unis. Grand bien leur fasse! Harry n'y attache aucune importance, toutefois, je me dis que parfois... S'il n'avait pas voulu donner le change à tout prix... Et rendre Marina jalouse en prétendant être mon amoureux.

Serions-nous ensemble aujourd'hui?

Nous nous sommes mariés au début de l'année 1956 - en hiver. Dans le Wiltshire. Après le décès de tante Clare, Harry n'avait plus beaucoup d'attaches à Londres - à part Charlotte. Nous hésitions quant à l'endroit où nous habiterions, mais finalement, nous avons décidé de garder la maison de Bayswater Road. Phoebe est toujours là... Propre et méticuleuse, et enfin présentable. Ses thés sont toujours aussi bons. Surtout que nous n'avons plus aucun problème de rationnement et que de nombreux et nouveaux produits font fureur.

Pour maman et Rocky, la fin de l'année 1955 a été consacrée à gérer les suites de l'incendie de Milton Magna. Ce fut un ballet d'assureurs, d'inspecteurs, et tout le savoir-faire de Rocky Dakota nous a puissamment aidés. Ma mère et Rocky étaient enfin ensemble, et décidés à se marier (nous avions dû tous nous "y mettre" pour la persuader d'accepter la demande de Rocky - même Inigo dut insister pour la convaincre! Et il conclut que plus jamais, non, plus jamais, il n'accepterait de manger de canard.)

Elle faillit éclater en sanglots à l'évocation des nombreux canards sacrifiés à Magna, pendant et juste après la guerre. Puis elle sourit et se rendit. Toutefois, elle posa comme condition que le mariage ait lieu après le mien. Le domaine où avait vécu et où était morte notre maison resterait notre propriété. Et je m'y marierais. Mais un jour, on raserait ce qui restait du château. A la longue, ces ruines noircies me rendaient malade. J'évitais désormais cette partie du domaine, il n'empêche, c'était tout de même angoissant de les savoir là.

Mon mariage eut donc lieu un vendredi, à la petite église presbytérienne de Westbury. Y vinrent tous ceux qui avaient fait partie de notre vie en cette année 1955. Rocky Dakota, en premier lieu, qui me conduisit à l'autel, où Harry m'attendait, seul et pâle, mais avec un air résolu. Maman et Inigo, qui n'avait pas osé m'imposer de l'Elvis Presley... Tante Loretta et oncle Luke, venus expressément des Etats-Unis, Charlotte, mon témoin, accompagnée de Christopher, son associé et compagnon, et... Marina et son mari, Georges! Georges avait accepté, de bon coeur, d'être le témoin de Harry. Les parents de Marina s'étaient gentiment excusés, promettant de nous inviter à Dorset House, à Londres, au retour de notre voyage de noces.

Mary, notre gouvernante, était là aussi, fière comme Artaban. Elle avait eu un gros coup de vieux, après l'incendie de Magna. Elle avait été invitée à passer une assez longue période dans sa famille - chez un neveu pasteur dans les Cornouailles, père d'une nichée impressionnante d'enfants (nous en avions aperçu un ou deux, au printemps 1955), puis elle était revenue pour mon mariage, mais sa présence, pami nous n'était plus vraiment nécessaire. Maman se chargerait de lui fournir des recommandations (ce qui était un exploit!) pour des emplois occasionnels dans toutes les grandes familles qu'elle connaissait. Comme nous, presque plus personne ne pouvait se permettre une domesticité à demeure, mais un extra, de temps en temps, oui. Mary était souvent accompagnée d'une de ses petites-nièces, d'une grande beauté, dont j'entendrais souvent parler souvent dans l'avenir. Mais plus encore, de sa jeune soeur.

Plus tard, lorsque Mary mourut, je pleurai longtemps. Impossible d'oublier ses ragoûts, sa pingrerie, ni surtout, le canard bouilli.

A propos duquel Harry me fait encore enrager aujourd'hui, tout comme je le fais enrager à propos de Julien le Pain.

Il y avait aussi les jumelles Wentworth - dont j'ignorais si elles avaient déniché l'homme riche idéal - mais je n'invitai Patrick Reece que contrainte et forcée. J'aurais préféré éviter tout trafic de substances illicites ce jour-là. Harry avait assuré en riant qu'il le surveillerait. Voilà qui ne me laissait qu'à moitié convaincue. Hope Allen n'était pas là, qui fulminait secrètement parce que je me mariais avant elle. Finalement, ce fut un mariage en petit comité, ce que je préférais, et de loin. Harry et moi avions préféré consacrer une partie de l'héritage de tante Clare à un voyage de noces en Italie. Enfin.

Et puis la remise en état de la maison nous prendrait des années.

Mais Harry gagnait très bien sa vie comme magicien, et se produisit bientôt au Palladium.

Dans mon enfance, j'avais beaucoup rêvé devant la robe de mariée de maman - la robe sauvée de l'incendie. Au jour dit, c'est moi qui revêtis une longue robe-manteau de lourd satin d'un blanc ivoire, ourlé de fourrure blanche, au col et aux poignets. Comme je suis très grande, l'effet meringue était exclu. De même que les robes de style conte de fées. Dans le regard de Harry, je vis passer cette lueur très douce que j'avais décelée le jour de notre pique-nique dans la Grande galerie de Magna... Le jour de l'orage. Le jour des colombes. Et celui où, métamorphosé en fée marraine, il avait subrepticement déposé dans ma chambre une robe de cocktail, des escarpins Dior et tous les accessoires pour un mémorable dîner au Ritz.

Restait Inigo. Pendant longtemps, Inigo fut sombre. L'incendie de Magna l'avait mis à plat, mais comme souvent à l'adolescence, le présent et l'avenir prenaient le pas sur le passé. Ses disques avaient été sauvés. Il trépignait à l'idée de partir aux Etats-Unis et d'y tenter une carrière dans la musique. Il grandissait, devenait extrêmement beau - tout le portrait de maman. Et il avait renoncé à sa coiffure de Teddy Boy.

A propos des Teddy Boys, dont la mode allait passer, bien sûr, Charlotte n'avait plus jamais entendu parler d'Andrew, son bien-aimé A le T. Par contre, son meilleur ami, un joli garçon originaire du West End, commençait à se faire un nom comme photographe. Mr Digby O'Rourke. Je ne l'avais pas invité pour immortaliser le jour de mon mariage - car il ne faisait pas encore partie de nos connaissances. Et même quand il devint un photographe connu, et un familier, il resta un personnage excentrique.

Au retour de notre voyage de noces, nous emménagêames dans la chère maison de tante Clare, tandis que Charlotte s'était enfin lancée dans la mode. Maman était venue régulièrement dans notre maison. Elle répétait souvent combien aujourd'hui, elle regrettait de n'avoir pas connu tante Clare. Je me rends compte que je parle beaucoup d'elle, mais comment ignorer les mois où je l'ai connue et aimée, jusqu'à la révélation de cet épisode qui prélude à notre histoire à tous et qu'elle a relaté dans ses mémoires? Jusqu'à notre adieu, si mélancolique?

Et cette lointaine soirée d'un printemps d'avant-guerre, où elle avait rencontré mon père, tout jeune, et où ils avaient passé une partie de la nuit ensemble, à deviser au sujet de leurs vies et de leurs espérances?

Comment ignorer le rôle décisif qu'elle a joué dans nos vies, à Charlotte et à moi ?

Enfin, maman se remaria avec Rocky. Le Petit Manoir et son jardin attenant devint une entité à part dans le domaine de ma famille paternelle, et fut mis en location. Le domaine fut remis en état (le parc était ouvert aux visites...) et maman s'envola enfin pour New York avec son mari, Inigo, ses disques et sa guitare.

Je dépose mon stylo pour tirer un trait - fictif - sur ces années inoubliables, puis, je lève les yeux. Devant moi, sans son cadre d'origine, entre deux bibliothèques, il y a l'aquarelle de ma grand-tante Sarah. Dans l'eau du lac et les souvenirs de Milton Magna, se mirent nos rêves et les liens ténus, invisibles qui nous soudent tous, les vivants et les morts, les âmes à venir...

Le passé, le présent et l'à venir.

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02 septembre 2018

Au musée de l'air

Au musée de l'air, situé tout à côté du musée de l'armée (qui comprend des collections d'armes et de documents, d'accessoires, de canons... Depuis les armures du Moyen Age... Jusqu'à la guerre 40-45)... Nous avons pris un café. Un café, un verre d'eau ou une kriek - nous avions soif, et il fallait faire une petite pause avant d'aller à l'Autoworld.

C'était l'occasion de deviser et de mieux se connaître puisque nous étions quatre.

Mon fils adorait le musée de l'air - quand il était petit. Enfin, entre dix et quinze ans je dirais. Quand je lui demandais, le mercredi après-midi "où veux-tu aller?" il me répondait "au musée de l'air". Je l'aurais bien emmené au parc, mais bon. Il retrouvait tous les avions qu'il aimait et dont je n'ai pas retenu tous les noms - à part le Spitfire et la Flying fortress, le B25. Nous avions vu l'épopée du Memphis Belle (un B25 rentré miraculeusement entier d'une mission extrêmement périlleuse).

Devant un des diaporama des plages du débarquement, en 1998, il y a vingt ans, parce qu'il réussissait bien à l'école, et qu'il allait vers ses douze ans, je lui ai promis d'aller en Normandie pour les vacances. Et nous y sommes allés. Je lui ai aussi offert l'oeuvre complète de Saint-Exupéry dans La Pléiade.

Plus tard, il m'emmenait dans la cour des chars, à l'air libre. Je m'asseyais sur un banc, pendant qu'il grimpait les échelons pour aller observer la tourelle des chars et il venait me chercher sur mon banc "maman, viens voir!" "maman..." Et maman, qui n'aimait ni la guerre ni les armes ni les chars ni rien de tout cela, maman se levait et le suivait.

Vendredi après-midi, j'étais tellement heureuse en pensant à lui !

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le musée de l'Air - Bruxelles.

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Splendeur et atmosphère...

Ce que je "ressens"...

Là, tout en haut.

Silence et ciel. Le vent, le vent de mon pays... Mon pays, ma ville, en haut, l'air, la lumière, les nuages, les nuages qui passent, les beaux nuages.

Majesté symbolisant un peuple qui ne croit peut-être plus en lui. Ou qui y croit, comment savoir? Histoire bien "belge" d'un arc de triomphe... Beauté de l'après-midi.

Les escaliers, émerger à la lumière, le soleil qui éblouit, car oui, il y a du soleil... L'or des couronnes. Les amis qui vont et viennent... Contempler, être là, dans l'instant, entièrement dans l'instant. Respirer, retenir ma respiration, photographier.

Retenir l'instant contre soi et puis le libérer.

Le donner à voir.

Le donner à voir.

 

La beauté du ciel

la beauté du ciel

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les statues

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les statues

"Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une seule fois"

Roland Barthes, "Notes sur la photographie - la chambre claire",

Paris, éd. Gallimard, 1980.

Posté par quartzrose à 14:20 - - Commentaires [13] - Permalien [#]