Variations de regard

21 septembre 2018

"Je serai brève"

Cette nuit, comme toutes les dernières nuits, je me suis réveillée à quatre heures et quelque. C'est déjà mieux que trois heures et quelque.

Je ne dors pas.

Alors, je pense. C'est mon anniversaire aujourd'hui. C'est drôle, mais je ne me voyais pas arriver à l'âge que j'ai. Je ne voyais rien en réalité...

Plutôt tournée vers le passé (une disposition naturelle renforcée par la disparition de mes parents - tant aimés - ne connaissant rien de l'avenir, juste des jalons : la maison de mon fils, le couple qu'il forme avec son amie... Les petits-enfants de la Rose, mes petits-neveux (et mon "petit-neveu"), et le présent étant moyen-moyen, calme, mais moyen-moyen... (C'est mieux que les pics vers le bas et les accidents de la vie - d'ailleurs, ils peuvent arriver à tout moment...)

Bref, l'an dernier, j'ai franchi un cap, et c'était assez gai. Je n'imaginais pas la suite. Donc.

Sauf que, dans les mois qui ont suivi, je suis devenue paresseuse. C'est-à-dire, fatiguée. Et le fait d'avoir mal tout le temps, d'avoir une colonne vertébrale et des articulations rongées par l'arthrose, alors que dans ma tête, dans ma tête, je nettoie mon appartement, je le range, je change les meubles de place ... Et je fais des marches Adeps de 10 km, avec repas fruits o;) biscuits et eau.

Mais tout ça, on s'en fiche.

Je pense à mon fils. Il me dit qu'il a des impatiences dans les jambes. Il se plaint de vivre assis. Il prend le bus, il est assis, puis le train, puis, toute la journée, au bureau, il est assis et quand il rentre, c'est la même chose. Je le savais bien, c'est pour cela que quand il faisait ses études, je lui répétais tout le temps : profite, profite, ce sont les meilleures années de ta vie. Ce n'était peut-être pas tout à fait vrai dans son cas, parce qu'il s'éclate quand même bien dans sa vie professionnelle (même quand il se plaint), je vois bien, comparé à ce que j'ai eu, il est bien loti (pourlvuuu que ça dourre - comme disait Mme Bonaparte). Et il habite Waterloo, ah, ah, ça me fait bien rire. Cette "cité" me poursuit.

Ils passent leurs week-ends à jardiner et à bricoler dans la maison.

Et dimanche, ils viennent chez moi. Je suis contente de les voir.

Comment peut-on habiter Waterloo? N'empêche, quand on pense qu'un de mes ancêtres était à Waterloo en 1815 (c'était un garçonnet) - qu'il a quitté pour vivre à Uccle et y fonder une forge... C'est drôle de penser que son lointain petit petit 'fillot' y vit.

Puis, je pense à ma petite belle-fille aussi. Je l'aime plutôt bien. Je crois qu'ils se conviennent bien, enfin, je l'espère. A eux deux, ils ont les pieds sur terre. Ils planifient... Ils organisent... A leur âge, j'étais beaucoup moins planificatrice.

(...)

A midi et quelque, je fête mon anniversaire avec - les amis et les amiEs de "La petite bande" ...

Et dans deux semaines, quoi qu'en dise mon épaule... Je vais faire un tour "walkabout" (une expression des ringers australiens pour dire qu'ils sont en "ribote").

Evidemment, comme c'est le jour de mon anniversaire, je pense à mes parents. Heureusement que mon frère est toujours là.Il sera là demain à midi avec nous et je suis drôlement contente.

Mon père adorait raconter le samedi de ma naissance...

Chaque année - après le décès de ma maman, il est devenu bavard, à sa manière - il me racontait qu'ils étaient allés acheter du boudin à la charcuterie tchèque de la rue des Pierres (une institution du Bruxelles des années 50-60-70 et plus), et qu'ils l'avaient mangé à midi. Après, ils voyaient le médecin - que ma mère (une spéciale) aimait bien.

Son médecin. La première fois qu'elle devait le voir, elle avait décrété que s' il ne lui plaisait pas, elle le rembarrerait. Elle l'a vu et il lui a plu. Et elle le lui a asséné. Plu - en tout bien tout honneur - mais elle était comme ça. On lui plaisait ou on ne lui plaisait pas. Et mieux valait lui plaire.

Donc, c'est lui qui leur a dit gentiment "on fait ça aujourd'hui?" - je ne sais pas comment elle s'est sentie, après son repas de midi, mais apparemment, cela a été la naissance la plus facile de celles qu'elle avait vécues. Je sais aussi que ma grand-mère paternelle est venue nous voir à l'hôpital... Sans plus. Et que mon frère était là aussi, le soir où je suis  née. Des infirmières s'occupaient de lui.

Ce n'était pas une époque où l'on renvoyait la mère chez elle deux jours après l'accouchement.

Je pense souvent à mes parents. Il y a des jours où je donnerais n'importe quoi pour les revoir, ne fût-ce que quelques minutes... Et leur dire ce que je ne leur ai pas dit assez, évidemment. Même ma mère, avec son drôle de caractère.

C'est vrai qu'on ne dit jamais assez aux personnes qu'on aime qu'on les aime, parce qu'on ne peut pas concevoir (même si on le sait pourtant) comment ce sera quand elles ne seront plus là. Un manque. Et une présence intérieure... Ensemble.

Donc, je suis contente de voir mes amis demain, il faudra que je leur dise un petit quelque chose, tiens... Un petit discours... Court... "Je serai brève", comme disait la préfète de mon lycée.

Et une heure après, elle vaticinait encore.

mon fils et mes parents au musée du tram

Papa et maman au musée du tram avec mon fils, en 1992.

famille rue van eyck

Ma famille. Il manque ma dernière nièce, qui a vingt ans et commence des études d'infirmière.

papa, mon frère et bibi.

J'ai eu un père merveilleux...

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12 septembre 2018

Sourire

Comme pour répondre à une amie blogueuse - elle se reconnaîtra j'espère... Un sourire.

Samedi, je suis allée au musée de la photographie à Charleroi (à Mont sur Marchienne en réalité), après Charleroi. On a un peu cherché... Il y avait deux avenues Paul Pastur. L'une ne nous menait nulle part, l'autre nous menait à bon port.

ô Doux pays de Charleroi

ô Doux pays de Charleroi

Il y avait une exposition de photographies de chats (dont une de Prévert à une terrasse de café, avec son chat), et un très beau texte de Xavier Cannone, le directeur du musée, en introduction à l'exposition.

Il y avait une exposition de la photographe Liliane Vertessen (il faut aimer), des autoportraits dans des poses suggestives avec des cadres agrémentés de tulle rouge ou  noir, de faux léopard, de sequins, bref, tout ce qui est clinquant et érotique.

Et les collections permanentes.

Le musée se trouve dans un ancien Carmel (dixit la Rose, qui sait toujours tout). La chapelle sert de salle d'exposition, l'ancien cloître aussi. Il y a une bonne cafeteria où les sandwiches ne sont pas mous et pas mouillés du tout. Il y a des croque-monsieur, madame, mademoiselle, jeune homme, hawaïen, bref, tout ce dont on peut rêver, et des salades.

Ce qui me fait penser au chat roux de la cafeteria - ou du musée. Qui s'est approché de nous, l'air de rien, quand on prenait un café, puis qui est parti aussi vite (toujours l'air de rien) quand il s'est rendu compte qu'on n'avait rien pour lui. Et toujours avec l'air de ne pas y toucher, il s'est couché au soleil...

Des parties contemporaines complètent l'architecture du XIXème et cela fait un ensemble intéressant. Il y avait un peu de monde. Pas la grande foule. Je me rappelle être allée à une soirée de discussion sur la culture dans le cadre de la fondation de l'Art 27 (la culture pour tous), en 1998 à peu près. C'est vague dans mon souvenir.

Et, sans doute avec la Rose, mais je ne me souviens plus très bien.

Je voudrais aller voir le bois du Cazier, ce site minier où il y a eu une catastrophe absolument épouvantable en août 1956, et où tant de mineurs d'origine italienne, principalement, sont morts. Je voudrais visiter un musée de la mine, parce que cela fait partie de notre patrimoine humain et industriel, et c'est important.

Dans un coin du cloître, il y avait un prie-dieu. Je n'ai pas pu résister, j'ai pris la pose... C'était horriblement dur aux genoux, je n'aurais jamais cru que ça ferait si mal (je n'ai plus onze ans, c'est indéniable !)  Je suis d'une époque où les églises se sont dotées de chaises plus modernes, avec du skaï au lieu de paille, (qui laissait des marques sur la peau) sur l'assise.

Mais à la Cambre, (notre paroisse, que mes parents n'aimaient pas - mais que moi je trouvais plus belle), il y avait encore de vieux prie-Dieu en ébène sculpté, avec du velours rouge et un tiroir pour les missels. Il y avait des appareils de chauffage à gaz aussi, sur les bas-côtés, qui ne chauffaient pas grand-chose, sauf ceux qui étaient en-dessous de l'appareil, et qui cuisaient.

Bref.

J'aime bien cette photo parce que je m'amuse et que je souris... Je fais souvent des grimaces involontaires quand on me photographie...

Pas là.

musée de la photographie, 2018

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10 septembre 2018

Chez Lakévio, le conte du lundi...

C'est chez Lakévio, comme chaque lundi.

Voici un tableau à trois personnages... J'ai pris du retard hier... Aurai-je plus de chance ce matin ?

Voici le tableau à trois personnages. Vous devez entrer dans les pensées de chacune d'elles et nous les faire connaître, évidemment !

rene snyman septembre 2018

René Snyman

Dans une galerie d'art, à Nice. Fin des vacances 1976.

Condition féminine, huile sur toile, 1 m x 80, prix, 3000 euros.

***

La double vie de Aude. "C'est la fin des vacances" songe Marie. Fini les humanités. "Fini le bac. Demain, l'université...  J'aimerais avoir des soeurs. Ou des amies. Comme sur ce tableau. Il faut que je quitte cette galerie. Et que j'aille à la plage. Cela ne sert à rien de rester ici.  Cette jeune fille me ressemble. Là, celle aux longs cheveux, devant moi. C'est une jolie rousse aux yeux bleus. On dirait ma soeur. Elle fait mentir l'expression passe-partout "une superbe rousse aux yeux verts". Il y a la lumière bleue de l'océan sur elle. Je les imagine à la Côte d'Azur, mais à la fin de la saison... Quand il fait moins brûlant.  J'aimerais bien être elle et rêver à tout ce qui pourrait m'arriver de bien. Une lettre, une seule lettre. Une lettre magique... Qui n'arrivera pas.

A quoi ça sert d'avoir dix-huit ans? Le plus bel âge de la vie? Pour moi, c'est l'âge du chagrin d'amour. N'empêche, je veux bien rencontrer quelqu'un d'autre. Quelqu'un à qui parler. C'est terrible de ne pouvoir se confier à personne. Elle a de la chance, la jeune fille en bleu. Sa mère et une soeur. Ou une amie.Je suis sûre qu'un amoureux l'attend, quand elle sera rentrée à Paris. Moi, personne ne m'attend. Je me sens si seule!

Bon. Je vais sortir de cette expo... Je vais cesser de le dire et m'en aller... Tiens, cet homme-là, qui vient de la réserve... Il est beau. Quel air inquiet! Il me dévisage - parce que je suis la seule ici, à regarder l'expo? Est-ce qu'il va me parler? Oui... Il vient... Est-ce que j'accepte de l'écouteri? Ou est-ce que je m'enfuis? Je suis sûre qu'elle "la jeune fille en bleu", me fait signe de rester et de parler avec lui... Pour que sa vie ait un sens, il faut que je parle avec celui qui l'a peinte, et aimée, et que je devienne - qui sait - moi aussi son amie."

***

Eva, la plus âgée, regarde au-delà du paysage et voit la galerie où elles sont exposées aux regards des curieux. Cette jolie fille un peu triste là, toute seule, devant les cimaises. A les regarder d'un air affamé et désespéré. Leur vie n'est pourtant pas si amusante que cela. Elles ont bien voulu poser pour le peintre, pour gagner un peu d'argent. Eva a perdu son mari. Puis son nouveau compagnon. Enfin, elle l'a tué. C'est son secret... Elle regarde sa fille cadette, mon Dieu! Pourvu qu'elle s'en sorte...

Si la jeune fille qui parle avec le peintre savait ce que c'est que d'être une femme de quarante ans, d'avoir été trahie, d'avoir épousé un indifférent, puis vécu avec un monstre. Et de l'avoir tué. Pour protéger ses filles... Le crime parfait. Jusqu'à présent, personne n'a retrouvé le corps. Personne ne l'a réclamé. Pour tout le monde, il est parti définitivement... Mon Dieu! La prison dont j'ai si peur... C'est lui qui aurait dû la connaître. Je crois que je vais emmener mes filles vivre ailleurs qu'à Paris. Comment allons-nous faire? N'empêche. Je trouverai bien."

***

Isabelle pense: "Maman m'a joliment coiffée ce matin. Avec un bandeau autour de mes cheveux. Je me sens en sécurité, entre elle et ma soeur. J'ai oublié tout le reste. Quand même. Je n'aime pas les hommes. Ils me font peur. Je ne veux pas y penser... non non non, ne pas y penser, jamais... Maman a pris la décision qu'il fallait, j'en suis sûre. Je ne sais pas pourquoi elle regarde toujours au-delà du tableau que nous formons. Qu'est-ce qu'elle voit? Je vais regarder aussi. Oui. Tiens, je vois une fille d'environ dix-huit, vingt ans. Comme nous. Elle parle avec le peintre, notre voisin. Ils parlent en nous regardant. Comment est-ce possible? Comment puis-je voir autre chose que la Méditerranée et les ports scintillants dans la lumière d'été? Les ports de France?  Bientôt la rentrée... Cette année, c'est mon tour de passer le bac. Littéraire, mon bac. Je veux apprendre à écrire. Je veux écrire. Un jour, je raconterai notre histoire... Un jour, je serai Inspirée. Un jour, je n'aurai plus seize ans et je suis sûre que tout ira mieux, parce qu'alors, je comprendrai."

***

Epilogue:

Le tableau "Condition féminine" a été vendu à un collectionneur à la fin du mois de septembre.

L'exposition a été un succès.

Eva, Aude et Isabelle sont devenues les protégées du peintre.

Elles vivent dans l'arrière-pays niçois.

Elles ont fait la connaissance de Marie, sa nouvelle compagne.

Marie a le même âge qu'Aude et Isabelle, à peu près.

Toutes trois sont devenues des amies.

Personne n'a jamais découvert qu'Eva avait assassiné un homme.

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03 septembre 2018

Retour à Magna...

Fantaisie - broderie sur la fin de "L'art perdu de garder un secret", traduction littérale de "The lost art of keeping secrets" - (ou "L'amour comme par hasard"), de Eva Rice (2005 pour l'édition anglaise, 2007 pour l'édition française).

L'épilogue m'a toujours paru un peu abrupt. Je me suis amusée à en écrire une autre version.

Vivian Maier

(c) Vivian Maier - photographe (1926-2009)

***

Journal de Penelope Delancy-Wallace.

Je réécris ces lignes, assise à mon bureau, qui fut d'abord le bureau de Clare Delancy, dite tante Clare. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour, il deviendrait le mien.

Comme je suis plutôt ordonnée, les piles de livres datant de l'époque où tante Clare dictait son autobiographie à sa nièce, Charlotte, sont aujourd'hui bien rangées dans la bibliothèque. Dans un coin de la pièce, il y a une cage, et je dois toujours lutter avec Harry pour qu'il n'y place pas un pain. Nous avons moult sujets de conversation, plutôt drôles, dont certains que nous puisons dans nos souvenirs communs de l'année 1955. Johnnie Ray, ma folie d'alors, et... Julien le Pain en font partie.

Je crois que si je ne m'y opposais de toutes mes forces, il serait capable de recommencer à nourrir un pain!

Parmi les sujets que nous évitons, il y a Marina. Qui est la femme de Georges. Pourtant, Georges est devenu un véritable ami. Et après une lune de miel en Europe, ils ont rejoint les Etats-Unis. Grand bien leur fasse! Harry n'y attache aucune importance, toutefois, je me dis que parfois... S'il n'avait pas voulu donner le change à tout prix... Et rendre Marina jalouse en prétendant être mon amoureux.

Serions-nous ensemble aujourd'hui?

Nous nous sommes mariés au début de l'année 1956 - en hiver. Dans le Wiltshire. Après le décès de tante Clare, Harry n'avait plus beaucoup d'attaches à Londres - à part Charlotte. Nous hésitions quant à l'endroit où nous habiterions, mais finalement, nous avons décidé de garder la maison de Bayswater Road. Phoebe est toujours là... Propre et méticuleuse, et enfin présentable. Ses thés sont toujours aussi bons. Surtout que nous n'avons plus aucun problème de rationnement et que de nombreux et nouveaux produits font fureur.

Pour maman et Rocky, la fin de l'année 1955 a été consacrée à gérer les suites de l'incendie de Milton Magna. Ce fut un ballet d'assureurs, d'inspecteurs, et tout le savoir-faire de Rocky Dakota nous a puissamment aidés. Ma mère et Rocky étaient enfin ensemble, et décidés à se marier (nous avions dû tous nous "y mettre" pour la persuader d'accepter la demande de Rocky - même Inigo dut insister pour la convaincre! Et il conclut que plus jamais, non, plus jamais, il n'accepterait de manger de canard.)

Elle faillit éclater en sanglots à l'évocation des nombreux canards sacrifiés à Magna, pendant et juste après la guerre. Puis elle sourit et se rendit. Toutefois, elle posa comme condition que le mariage ait lieu après le mien. Le domaine où avait vécu et où était morte notre maison resterait notre propriété. Et je m'y marierais. Mais un jour, on raserait ce qui restait du château. A la longue, ces ruines noircies me rendaient malade. J'évitais désormais cette partie du domaine, il n'empêche, c'était tout de même angoissant de les savoir là.

Mon mariage eut donc lieu un vendredi, à la petite église presbytérienne de Westbury. Y vinrent tous ceux qui avaient fait partie de notre vie en cette année 1955. Rocky Dakota, en premier lieu, qui me conduisit à l'autel, où Harry m'attendait, seul et pâle, mais avec un air résolu. Maman et Inigo, qui n'avait pas osé m'imposer de l'Elvis Presley... Tante Loretta et oncle Luke, venus expressément des Etats-Unis, Charlotte, mon témoin, accompagnée de Christopher, son associé et compagnon, et... Marina et son mari, Georges! Georges avait accepté, de bon coeur, d'être le témoin de Harry. Les parents de Marina s'étaient gentiment excusés, promettant de nous inviter à Dorset House, à Londres, au retour de notre voyage de noces.

Mary, notre gouvernante, était là aussi, fière comme Artaban. Elle avait eu un gros coup de vieux, après l'incendie de Magna. Elle avait été invitée à passer une assez longue période dans sa famille - chez un neveu pasteur dans les Cornouailles, père d'une nichée impressionnante d'enfants (nous en avions aperçu un ou deux, au printemps 1955), puis elle était revenue pour mon mariage, mais sa présence, pami nous n'était plus vraiment nécessaire. Maman se chargerait de lui fournir des recommandations (ce qui était un exploit!) pour des emplois occasionnels dans toutes les grandes familles qu'elle connaissait. Comme nous, presque plus personne ne pouvait se permettre une domesticité à demeure, mais un extra, de temps en temps, oui. Mary était souvent accompagnée d'une de ses petites-nièces, d'une grande beauté, dont j'entendrais souvent parler souvent dans l'avenir. Mais plus encore, de sa jeune soeur.

Plus tard, lorsque Mary mourut, je pleurai longtemps. Impossible d'oublier ses ragoûts, sa pingrerie, ni surtout, le canard bouilli.

A propos duquel Harry me fait encore enrager aujourd'hui, tout comme je le fais enrager à propos de Julien le Pain.

Il y avait aussi les jumelles Wentworth - dont j'ignorais si elles avaient déniché l'homme riche idéal - mais je n'invitai Patrick Reece que contrainte et forcée. J'aurais préféré éviter tout trafic de substances illicites ce jour-là. Harry avait assuré en riant qu'il le surveillerait. Voilà qui ne me laissait qu'à moitié convaincue. Hope Allen n'était pas là, qui fulminait secrètement parce que je me mariais avant elle. Finalement, ce fut un mariage en petit comité, ce que je préférais, et de loin. Harry et moi avions préféré consacrer une partie de l'héritage de tante Clare à un voyage de noces en Italie. Enfin.

Et puis la remise en état de la maison nous prendrait des années.

Mais Harry gagnait très bien sa vie comme magicien, et se produisit bientôt au Palladium.

Dans mon enfance, j'avais beaucoup rêvé devant la robe de mariée de maman - la robe sauvée de l'incendie. Au jour dit, c'est moi qui revêtis une longue robe-manteau de lourd satin d'un blanc ivoire, ourlé de fourrure blanche, au col et aux poignets. Comme je suis très grande, l'effet meringue était exclu. De même que les robes de style conte de fées. Dans le regard de Harry, je vis passer cette lueur très douce que j'avais décelée le jour de notre pique-nique dans la Grande galerie de Magna... Le jour de l'orage. Le jour des colombes. Et celui où, métamorphosé en fée marraine, il avait subrepticement déposé dans ma chambre une robe de cocktail, des escarpins Dior et tous les accessoires pour un mémorable dîner au Ritz.

Restait Inigo. Pendant longtemps, Inigo fut sombre. L'incendie de Magna l'avait mis à plat, mais comme souvent à l'adolescence, le présent et l'avenir prenaient le pas sur le passé. Ses disques avaient été sauvés. Il trépignait à l'idée de partir aux Etats-Unis et d'y tenter une carrière dans la musique. Il grandissait, devenait extrêmement beau - tout le portrait de maman. Et il avait renoncé à sa coiffure de Teddy Boy.

A propos des Teddy Boys, dont la mode allait passer, bien sûr, Charlotte n'avait plus jamais entendu parler d'Andrew, son bien-aimé A le T. Par contre, son meilleur ami, un joli garçon originaire du West End, commençait à se faire un nom comme photographe. Mr Digby O'Rourke. Je ne l'avais pas invité pour immortaliser le jour de mon mariage - car il ne faisait pas encore partie de nos connaissances. Et même quand il devint un photographe connu, et un familier, il resta un personnage excentrique.

Au retour de notre voyage de noces, nous emménagêames dans la chère maison de tante Clare, tandis que Charlotte s'était enfin lancée dans la mode. Maman était venue régulièrement dans notre maison. Elle répétait souvent combien aujourd'hui, elle regrettait de n'avoir pas connu tante Clare. Je me rends compte que je parle beaucoup d'elle, mais comment ignorer les mois où je l'ai connue et aimée, jusqu'à la révélation de cet épisode qui prélude à notre histoire à tous et qu'elle a relaté dans ses mémoires? Jusqu'à notre adieu, si mélancolique?

Et cette lointaine soirée d'un printemps d'avant-guerre, où elle avait rencontré mon père, tout jeune, et où ils avaient passé une partie de la nuit ensemble, à deviser au sujet de leurs vies et de leurs espérances?

Comment ignorer le rôle décisif qu'elle a joué dans nos vies, à Charlotte et à moi ?

Enfin, maman se remaria avec Rocky. Le Petit Manoir et son jardin attenant devint une entité à part dans le domaine de ma famille paternelle, et fut mis en location. Le domaine fut remis en état (le parc était ouvert aux visites...) et maman s'envola enfin pour New York avec son mari, Inigo, ses disques et sa guitare.

Je dépose mon stylo pour tirer un trait - fictif - sur ces années inoubliables, puis, je lève les yeux. Devant moi, sans son cadre d'origine, entre deux bibliothèques, il y a l'aquarelle de ma grand-tante Sarah. Dans l'eau du lac et les souvenirs de Milton Magna, se mirent nos rêves et les liens ténus, invisibles qui nous soudent tous, les vivants et les morts, les âmes à venir...

Le passé, le présent et l'à venir.

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02 septembre 2018

Au musée de l'air

Au musée de l'air, situé tout à côté du musée de l'armée (qui comprend des collections d'armes et de documents, d'accessoires, de canons... Depuis les armures du Moyen Age... Jusqu'à la guerre 40-45)... Nous avons pris un café. Un café, un verre d'eau ou une kriek - nous avions soif, et il fallait faire une petite pause avant d'aller à l'Autoworld.

C'était l'occasion de deviser et de mieux se connaître puisque nous étions quatre.

Mon fils adorait le musée de l'air - quand il était petit. Enfin, entre dix et quinze ans je dirais. Quand je lui demandais, le mercredi après-midi "où veux-tu aller?" il me répondait "au musée de l'air". Je l'aurais bien emmené au parc, mais bon. Il retrouvait tous les avions qu'il aimait et dont je n'ai pas retenu tous les noms - à part le Spitfire et la Flying fortress, le B25. Nous avions vu l'épopée du Memphis Belle (un B25 rentré miraculeusement entier d'une mission extrêmement périlleuse).

Devant un des diaporama des plages du débarquement, en 1998, il y a vingt ans, parce qu'il réussissait bien à l'école, et qu'il allait vers ses douze ans, je lui ai promis d'aller en Normandie pour les vacances. Et nous y sommes allés. Je lui ai aussi offert l'oeuvre complète de Saint-Exupéry dans La Pléiade.

Plus tard, il m'emmenait dans la cour des chars, à l'air libre. Je m'asseyais sur un banc, pendant qu'il grimpait les échelons pour aller observer la tourelle des chars et il venait me chercher sur mon banc "maman, viens voir!" "maman..." Et maman, qui n'aimait ni la guerre ni les armes ni les chars ni rien de tout cela, maman se levait et le suivait.

Vendredi après-midi, j'étais tellement heureuse en pensant à lui !

***

le musée de l'Air - Bruxelles.

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Splendeur et atmosphère...

Ce que je "ressens"...

Là, tout en haut.

Silence et ciel. Le vent, le vent de mon pays... Mon pays, ma ville, en haut, l'air, la lumière, les nuages, les nuages qui passent, les beaux nuages.

Majesté symbolisant un peuple qui ne croit peut-être plus en lui. Ou qui y croit, comment savoir? Histoire bien "belge" d'un arc de triomphe... Beauté de l'après-midi.

Les escaliers, émerger à la lumière, le soleil qui éblouit, car oui, il y a du soleil... L'or des couronnes. Les amis qui vont et viennent... Contempler, être là, dans l'instant, entièrement dans l'instant. Respirer, retenir ma respiration, photographier.

Retenir l'instant contre soi et puis le libérer.

Le donner à voir.

Le donner à voir.

 

La beauté du ciel

la beauté du ciel

***

les statues

***

les statues

"Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une seule fois"

Roland Barthes, "Notes sur la photographie - la chambre claire",

Paris, éd. Gallimard, 1980.

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Une belle après-midi à Bruxelles

Vendredi fut l'occasion d'une belle après-midi à Bruxelles, "en bonne et belle compagnie".

Nous sommes montés dans l'arcade du Cinquantenaire, l'entrée se faisant par le musée de l'Armée (détails pratiques, le matin jusqu'à midi et l'après-midi entre 13 heures et 16 heures - il faut prendre un ticket)...

J'y étais montée il y a deux ans, un après-midi de semaine, alors que j'avais à faire dans le quartier. Je voulais montrer ça à la Rose et à mon amie Anémone.

Nous nous sommes donc retrouvés vers 14 heures au Cinquantenaire où il y avait pas mal de monde... Le panorama est magnifique et parle de lui-même, offrant la vue sur les belles avenues rectilignes - l'avenue de Tervueren - les tours du quartier Nord, quelques monuments - on est aidé par des cartes d'état-major à 1/10.000ème.

Le site du Cinquantenaire comprend les musées Royaux d'art et d'histoire (où j'aimerais bien aller passer du temps, rien que pour le plaisir de revoir la maquette de Rome, par exemple, ou la mosaïque d'Apamée)... Le musée de l'armée et le musée de l'air, où j'ai passé tant de temps avec mon fils - fou d'avions de la guerre 40-45, et l'Autowolrd, où il y avait une rétrospective de 130 ans des voitures Renault.

Vers le centre ville

Une partie du parc (avec le tunnel vers Arts-Loi, bien sûr, on est à Bruxelles)...

Toitures

Les toitures des musées - vue en direction de... Zut, je ne sais pas.

Direction ouest ?

Et je ne sais pas identifier la tour que l'on voit...

Les tours du quartier Nord

Les tours du quartier Nord.

La halle du musée de l'air

La verrière de la Halle du musée de l'Air.

Vers l'avenue de Tervueren

l'avenue de Tervueren, traversant Etterbeek, et, après le Rond-Point Montgomery,

Woluwé, la forêt de Soignes et Tervueren.

Toiture et ciel

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23 août 2018

Excursion à la mer

Une excursion à la mer avec la Rose commence par des discussions sur l'endroit où l'on va aller.

- Où va-t-on? demande-t-elle.

- Où veux-tu aller? lui répondez-vous. "Où tu veux." me répond-elle. "C'est ta journée". "Oui, mais c'est un peu la tienne aussi..."

Bon. Après ces politesses, je suggère qu'on aille manger des croquettes de crevette(s).

- "Mais si on va à Knokke" (je veux bien te montrer le lac derrière l'ancien hôtel de "La Réserve" (où ma belle-mère louait une suite avec une amie et leurs petits chiens), "on va manger des croquettes en or massif" (100 euros la croquette o;)

la veille, elle m'envoie un message avec deux adresses où manger des croquettes. Klemskerke ou Blankenberge. Va pour Blankenberge. On doit aller au 16, Wenduinesesteenweg. On arrive devant la gare des bateaux taxis où il y a un resto avec un numéro 16. "C'est là!" dis-je victorieusement.

On entre, c'est un café traverne ... Qui ne paie pas de mine, mais les croquettes de crevettes (avec un verre de vin blanc), la salade et le pain sont bons. On termine par un café et on décide de se promener. Puis on ira (c'est un rite) dans un magasin où l'on achète de la farine pour faire son pain soi-même...  Evidemment, on s'est trompées d'adresse. Le restaurant où l'on voulait aller était au numéro 16. Nous, on était au numéro 4 de la Wenduinsesteenweg.

Malheureusement, en route pour le Pier, le jus de carotte lacto-fermenté de ce matin + la croquette + plus les crudités + le vin blanc et le café tournent dans votre estomac. (...) Vous revenez à la voiture en claudiquant, une main sur votre ventre. Vous êtes couleur sable de la mer du Nord.

On fait un détour par l'Aldi parce qu'il y a un petit quelque chose qui vous manque.

"Mince!" dit la Rose... "On vient à la mer et on se retrouve dans un Aldi". Déjà, lors de votre première excursion, au-delà de l'Oosterschelde, vous êtes entrées dans un Aldi local acheter une roue de fromage de Hollande que vous vous êtes partagée au retour.

Après le passage par les farines, les terreaux et les fleurs, vous allez vous asseoir sur un tronc d'arbre, à Uitkerke... C'est déjà ça. La Rose a un coup de pompe, et vous la tenez éveillée (ou vous la bercez en parlant), avec de la psychologie à deux sous. Tout un buvant une bouteille d'eau. Et elle vous écoute. Elle vous parle aussi de ses petits-enfants... Deux filles, un garçon, deux, quatre et sept ans.

au bord de la mare

végétation

***

Finalement, vous lui proposez d'aller au Coq manger une glace. Elle ira prendre une glace australienne, et vous irez chez le glacier d'à côté. "On se promènera quand même un peu sur la plage?" demande-t-elle, vaguement inquiète. Vous dites "oui-oui".

Et vous voilà au Coq, avec votre glace. Elle, c'est moka ou speculoos et chantilly et vous, mangue bio et pêche de vigne. Puis, vous allez vers la plage. (Tout en vous demandant comment vous allez digérer votre sorbet, mais ça va). On décide de descendre les escaliers et d'aller au bord de l'eau.

La lumière est magique. Brillante. Les flots qui meurent en fines couches étales sont transparents. Les reliefs laissés dans le sable par la marée sont durs, le sel vous pique un peu, mais vous marchez librement, pieds nus, dans l'eau. Et vous sortez votre appareil photo. Pendant que les charmants fantômes des Marc, Jean, Bruno, Fabrice et autres Michel flottent dans le ciel... Le disputant à de plus anciens souvenirs et à la silhouette évanouie de vos parents, vous prenez vos photos et vous avancez.

Vous avanceriez ainsi sans vous arrêter, juqu'au bout de la plage, jusqu'au bout de la mer, dans cette lumière de fin d'après-midi.

le manège

la mer

le manège

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Les bons enfants

Le Coq, hôtel Astoria.

Dans le salon tv : ils ont entre neuf et onze ans et regardent un film. En noir et blanc, l'homme brun, rasé de près, se penche vers la femme blonde, impeccablement coiffée et maquillée. Tous deux arborent un air extatique. Dans les fauteuils, le garçon et la fille se regardent, pouffent et éclatent de rire. Discrètement. Ou pas. Sur l'écran, le héros et l'héroïne s'embrassent passionnément et cela leur paraît absolument ridicule.

Quelques années plus tard, ils se croisent dans une des avenues de la capitale, elle marche avec ses cours dans son panier. Un panier, c'est à la mode. Lui roule à vélo en sens inverse, ils se font signe ou se disent bonjour, mais ni l'un ni l'autre ne sait où chacun se rend -ni vers quelle école l'autre se dirige. Ils ne se reverront jamais.

Vers Wenduine

Entretemps, à l'hôtel Astoria, elle passe devant le salon télé. Il y a un garçon, assis, tout seul, qui, distraitement, regarde le programme de l'après-midi. Va-t-elle oser lui demander de disputer une partie de ping-pong? Il joue bien et il lui apprend. Et puis, elle le trouve vraiment mignon. Mais, comme elle n'a que quatorze ans, elle a un peu peur aussi, et elle disparaît par la porte du bar. Sans rien lui demander. Elle va beaucoup penser à lui après les vacances, puis, elle va l'oublier, et quand elle le reverra l'année suivante, elle se demandera ce qu'elle lui trouvait.

***

Ils jouent au mikado, au mille bornes (il y aura des parties enragées, le soir, dans le bar où les jeunes se réunissent), au scrabble. Il y a un garçon de quinze ans dont le père est professeur de français et il gagne au mikado (parce qu'il est patient et méticuleux) et au scrabble. Elle trouve qu'il a l'air vraiment très sérieux. Aujourd'hui, il fait de la politique.

***

Ils sont frère et soeur : il y a l'aînée, qui a dix-sept ans, et qui fait partie de la bande des "grands". Les grands vous font l'honneur de jouer au ping-pong avec vous, le soir, dans la salle de jeux du sous-sol, avec une radio qui diffuse des chansons des Beatles, mais quand ils vont boire un verre ou danser au King, vous êtes priée de rester dans l'hôtel avec les filles de votre âge.

Et il y a son cadet, un garçon assez renfermé, mais qui, comme vous, se lève tôt le matin. Quand vous êtes prête et que vous descendez, il est là, à attendre sa soeur, et vous êtes là, à attendre votre frère. Alors, vous bavardez. De tout et de rien. De rien surtout. Dans un lointain avenir, vous serez incapable de vous rappeler ce que vous pouviez bien échanger.

Plus tard, lors d'une funeste année, vous serez en vacances à l'Astoria, avec l'échéance de la fin des humanités. Vous êtes censée étudier des maths, des intégrales, du calcul matriciel et des probabilités. mais les dés pipés vous échappent. Entretemps, votre frère est marié (on vous a demandé où il est passé...), au grand dam de deux demoiselles qui, visiblement, l'aimaient bien. Et vous, vous rejoignez les autres filles (qui n'en demandaient pas tant) et vous allez aussi danser au King.

Le garçon d'il y a six ans - qui attendait sa soeur - est là aussi, et vous invite à danser. Les slows se font rares. La musique s'adoucit, les lumières se calment, la mélodie vous berce, vous vous rapprochez, vous êtes bien - tous les deux - et vos pas, voire, vos corps, s'épousent parfaitement. Désormais, il vous dépasse d'une bonne tête. Vous ne dites rien, parce qu'il n'y a rien à dire. Mais vous trouvez cela plutôt surprenant. Un garçon un peu plus jeune que vous, cela ne vous a jamais intéressée.

Et comme à dix-huit ans, vous êtes encore un peu comme à quatorze, au lieu de lui proposer de boire un verre ou d'aller vous promener sur l'avenue, jusqu'à la mer - n'importe quoi de plus romantique que de rester là à écouter la musique tonitruante, vous finissez par lui dire gentiment au-revoir (et à demain) et vous rentrez à l'hôtel. Quelques mètres plus loin.

Vous le reverrez encore à l'une ou l'autre soirée dansante d'école bruxelloise (même la vôtre) et vous ne vous parlerez plus jamais.

Dommage.

Le Coq sur Mer.

Et puis, un jour, vous êtes à l'hôtel Astoria avec vos parents et un bébé. Vous avez réalisé votre rêve - du moins, le début de votre rêve, y revenir, "plus tard", avec vos enfants. Vous en parliez déjà tous ensemble, quinze ans auparavant. L'enfant couché, vous essaierez de rejoindre une table où votre père joue au whist avec deux dames de son âge. Sérieusement. Vous aurez l'impression de jouer tellement mal ("j'embrasse coeur" - et puis, vous avez la spécialité de perdre quand il y a "trou" - votre jeu est toujours mauvais, toujours!) que vous quitterez la table, dépitée.

Vous irez encore pour quelques séjours avec votre mari et votre fils (et il jouera avec les enfants du mini-club, une récente innovation).

Puis avec votre fils adolescent. Il ne pipera pas un mot, assistera au concert du 21 juillet - juste en chemise - sous la pluie de plus en plus pénétrante. Un autre jour, il glissera le poulet rôti de votre déjeuner (pris dans la chambre), dans une des poches de son k-way. Avant midi, vous passerez le plus clair de votre temps à lire des Patricia Cornwell, devant un campari soda. L'après-midi, votre fils, toujours mutique, vous entraînera dans de longues promenades.

Même ce "plus tard" là est déjà du passé.

Impressionnisme

Vous irez avec une amie aussi, et vous n'arrêterez pas de la bassiner avec vos histoires de jadis. Elle vous écoutera patiemment, en vous entraînant, elle aussi, dans de longues balades à travers les avenues, voire dans la région.

Et là, aujourd'hui, vous avez l'âge d'être grand-mère. Vous traversez la Leopoldlaan, avec votre sorbet pêche de vigne et mangue bio, piqué d'un biscuit, et harcelée par une guêpe, et vous vous dites que si un de ces garçons devait vous croiser, vous ne vous reconnaîtriez pas.

Mais que sont-ils devenus?

Peu importe. Le plus important, c'est la mer, le soleil, l'air et une chaleur qui vous protègera jusqu'au coeur de la nuit.

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17 août 2018

Diabolo Menthe

L'autre jour, j'ai regardé (=> chanson du film par Yves Simon) Diabolo Menthe, sur Arte.

L'histoire, plusieurs fois contée, par Diane Kurys, de son enfance et de son adolescence.

On ne sait pas si elle est Anne, treize ans - ou si elle est Frédérique, quinze ans.

Anne et Frédérique sont lycéennes à Jules Ferry. J'essaie de m'imaginer un lycée de filles parisien, en 1963, et c'est difficile.

Anne a 13 ans, veut mettre des bas nylon plutôt que des bas 3/4, s'intéresse aux garçons, à tout ce qui se dit, va dans une après-midi dansante (où elle rencontre un ado, timide et amical - incarné par un François Cluzet tout jeune), et se "bat" avec les profs.

Il y a la professeure de dessin sadique, la prof de maths chahutée (il était rare que l'on chahutât un prof de maths), et les professeurs de Frédérique, sa soeur - une professeure d'histoire qui éveille ses élèves à autre chose que les faits, dans leur sécheresse pure.

Et, bien entendu, Anne et ses amies boivent des diabolo menthe.

diabolo menthe

Il y a une élève, le jour de la rentrée, qui ne sait pas où aller. Une rescapée d'Oran.

Il y a des inscriptions sur les murs du lycée, OAS SS...

Et le plus beau moment pour moi, quand, à la fin de l'année scolaire, la classe de Frédérique (l'aînée), va visiter Port-Royal des Champs.

Dans la vallée de Chevreuse.

Le professeur qui les accompagne parle en latin avec le guide. Les élèves s'en amusent, puis, deux adolescentes, Frédérique et sa nouvelle amie, descendent les cent marches, qui conduisent dans la nature sauvage du parc. Elles devisent comme deux adolescentes. Frédérique s'est brouillée avec sa vieille amie pour des raisons politiques. Frédérique distribuait des insignes pour la paix à la sortie du lycée. Sa mère a été convoquée parce qu'il est hors de question de faire de la politique à l'école.

Ce sont deux jolies filles,couchées dans l'herbe, qui se sentent en accord, au moins sur le plan des idées, et qui se taisent, tant cet accord - dans ce lieu historique, est patent.

Moi qui n'ai pas vraiment connu cela, adolescente, c'est mon moment culte du film.

***

diabolo menthe

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