Variations de regard

20 novembre 2017

Le conte du lundi

C'est chez Lakévio, avec une consigne en plus de la croisière : l'un des personnages écrit une lettre de voyage.

Dean Cornwell - la Lettre

"Pourquoi as-tu jeté tout ce papier par terre, mon amour?"

Le jeune homme se penche vers sa femme avec souci. Elle a un air rêveur, non, absent, et il se demande pourquoi. Elle ne souffre pourtant pas du mal de mer. Pas comme lui qui a passé les premières heures de la traversée dans sa couchette, avec force eau de Vichy, glaçons, serviettes et boules de menthe... Il n'est pas encore bien amariné, mais enfin, là, protégés du soleil grâce à l'ombre projetée d'une coursive à l'étage supérieur, un peu de fraîcheur fait du bien.

Et malgré sa pose alanguie, ses bras blancs et doux levés au-dessus de sa tête, oh, cette peau tendre et laiteuse qui lui donne envie d'y poser les lèvres... Elle reste silencieuse, la mine boudeuse. Le pauvre, l'état de son estomac ne lui a même pas encore permis d'exercer ses prérogatives de mari !

***

Elle vogue à mille lieues de ces préoccupations. C'est qu'elle a envie de décrire son voyage. La fièvre du départ de Southampton, la découverte du bateau, de la cabine de luxe, la coiffeuse marquetée de bois rares, sur laquelle elle a disposé flacons et poudriers à son chiffre. Elle a vraiment été très gâtée. Elle a épousé l'homme que leurs familles respectives lui destinaient, depuis toujours. Ils vont visiter New York, et pendant plusieurs mois, l'Amérique. C'est quand même un beau rêve qui se réalise, et le Cincinnati est un paquebot magnifique. Ponts promenades, bars, salle de danse, piscine, restaurants, escalier d'honneur, casino, c'est trop tout cela. Une vague angoisse lui étreint le coeur. Le naufrage tragique du Titanic est encore dans toutes les mémoires. On ne peut s'empêcher d'y penser, quand on descend l'escalier d'honneur, vers la salle à manger, dans le brouhaha des conversations et les harmonies de l'orchestre - caché derrière les plantes vertes.

Mais il n'y a pas mille manières d'aller aux Etats-Unis. L'avion ! Il ne faut pas y penser, ce serait encore pire. En même temps, ce serait l'aventure!

Mais pour cela, il lui faudrait un aventurier, pas un héritier d'une vieille famille anglaise, tout droit sorti d'un roman de Jane Austen.

Ce n'est pas cela, elle adore Jane Austen, mais - à part dans Northanger Abbey - toutes ces idylles sont fort sages. Elle se demande si elle aurait aimé voyager à bord d'un cargo. Rien ne transpire, là, sur le pont des Premières classes, des soutes infernales du paquebot où des hommes à demi-nus, ruisselants, roulant leur dure musculature, tout comme les paysans dans les champs, et les ouvriers dans les usines, font tourner les machines à plein régime.

Ce sont plutôt les deckmans qui les approchent, et là, il y en a un de vraiment sympathique. Et mystérieux. Tout le monde l'appelle Mister Charlie. C'est un boute-en-train, d'une courtoisie parfaite avec les dames. On dirait qu'il n'appartient pas au monde des marins, mais plutôt à celui des propriétaires terriens. Elle a fait sa petite enquête et a appris qu'en réalité, il s'appelait Charles-Edouard O'Farrell.  A demi français, à demi écossais. Et ruiné. Une histoire bizarre court même à son sujet, une marotte de sa famille paternelles qui voulait remettre à tout prix les Stuart sur le trône d'Ecosse.

Mais il est impossible de jeter tout cela sur le papier. Que penserait son mari? S'il venait à savoir qu'elle se préoccupe d'un deckman! Fût-il d'une élégance toute patricienne.

Le voilà tiens, il s'approche et dépose un de ces apéritifs excellents qui vous plonge dans une légère ivresse, un Mint Julep, tout un poème. On écrase la menthe et le sucre dans le fond du verre, et l'on verse du Bourbon et des glaçons. S'ils prolongent leur voyage de noces jusque dans les anciens états du Sud des Etats-Unis, elle découvrira peut-être la Nouvelle-Orléans, les vieilles demeures coloniales, le long du Mississipi, et le jazz qui commence à faire fureur et qui semble charrier des flots de sang.

Un jour, elle l'écrira cette lettre.

Elle commencera par "Il était une fois"... Et elle racontera leur voyage. Mais voilà qu'un léger choc a fait vibrer le bateau, oh, imperceptiblement... Il semble freiner lentement, de manière à peine sensible, et soudain, elle a peur. Mais là-bas, elle aperçoit Charles-Edouard O'Farrell, imperturbable, qui se dépense auprès des autres passagers. Un moment donné, il se retourne vers elle et la regarde en souriant. Un petit signe, imperceptible aussi, et elle se sent rassurée.

Elle a compris qu'en cas de danger, au moins deux hommes tenteront de la protéger, mais sincèrement, elle se demande lequel sera le mieux à même de la sauver, en cas de péril extrême.

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19 novembre 2017

Forêt de Soignes

Pour les Impromptus littéraires, thème de la consigne : la forêt d'automne.

***

Jules César ajoute, à propos de Mars, que les Celtes, au début d'une guerre, lui vouent tout ce qu'ils auront pris:

une fois vainqueurs, ils immolent le butin vivant et enterrent tout le reste en un Lieu sacré.

Henri HUBERT, les Celtes et la Civilisation celtique.

Dans la forêt sonienne

Par l'automne cuivrée

Dans l'ombre des sous-bois

Quand crissent les fougères

Et battent des envols

De becs en flèche suraiguë

 

Nous avons soulevé

Des secrets incertains

Que le présent dérange

Puis recueilli l'ouvrage

Des matins embrumés

Enterrant les défaites

Sous un dernier sommeil

 

Captifs d'un sortilège

De l'épaisseur des pierres

Du poids des arbres noirs

Et du satin des sources

Nous avons salué

L'enchantement solaire

Figé dans la lumière

Nos blanches silhouettes

Et tant de bras armés

De la vengeance

Pour disputer à l'Autre

La vie insaisissable

 

Et sans pouvoir parler

Eblouis et perdus

Nous n'avons plus quitté

Le Cercle ensorcelé

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18 novembre 2017

"Mamie Soleil" (Berthe Bernage)

Pour en revenir à Berthe Bernage (décédée en 1972, à Paris), auteure bien-pensante, mais qui avait du style, et à un de ses romans que j'ai lus et relus, à dix-sept ans (et même après...) Avec parfois, une larme au coin de l'oeil.

Mamie Soleil, si elle fait le titre du roman, n'est pourtant pas l'héroïne principale de ce roman -unique en son genre- de Berthe Bernage (plusieurs de ses romans font deux ou cinq-six tomes, si pas une saga).

L'héroïne du roman, c'est Sylvette Ladouceur, Provençale et petite-fille de Mamie Soleil, comme elle l'appelait, mais Mamie Soleil vient de mourir. Alors Sylvette, orpheline de père (mais pas de mère), a été accueillie et adoptée par des lointains cousins parisiens, les Lamothe. Les Lamothe habitent un sévère appartement, rue Garancière, dans le quartier de Saint-Sulpice. Sylvette partage la chambre de ses deux cousines, Madeleine, employée de bureau, plutôt maussade, et la gentille Lolotte, la benjamine de la famille, encore très naïve.

Sylvette s'ennuie. Elle regrette la Provence, surnomme les Lamothe "du boeuf bouilli" - comme dans les ragoûts de sa tante, elle regrette sa grand-mère, elle se demande si elle n'irait pas habiter chez sa mère, remariée et installée dans les Antilles, mais, petit à petit, elle découvre sa nouvelle famille.

  • L'oncle Octave Lamothe, ancien magasinier, à l'autorité despotique, qui a épousé sa femme, Amélie, sans amour... Et Sylvette découvrira comment et pourquoi.
  • La tante Amélie, qui est bien triste, rongée par un chagrin secret, mais qui se coupe en quatre pour nourrir la famille. Et entretenir l'appartement. Tous les jours, elle va puiser du courage à Saint-Sulpice, sans discerner où est "le devoir" auquel elle croit devoir se plier. Et puis, elle sent que son mari ne l'aime pas autant qu'elle l'aime et que leurs enfants ne sont pas épanouis. Et puis, cette Sylvette ? Qui s'ennuie... Que va-t-elle apporter dans la famille? Des soucis? La zizanie?
  • Il y a les cousins, l'aîné, Georges, et qui ressemble à son père jeune, paraît-il. Cela n'enchante pas Sylvette, ce qui n'enchante pas Georges, qui l'admire secrètement et cherche comment l'aider à s'intégrer et être plus heureuse.
  • Il y a Madeleine, qui a un grand chagrin d'amour et a peur de rester célibataire...
  • Puis les garçons, André et Robert. André rencontre Sylvette au Jardin du Luxembourg et ils s'entendent bien. C'est à elle qu'il avouera qu'il devient sourd.
  • Son jeune frère est moins sérieux, plus noceur et plaît déjà aux filles...
  • Quant à Lolotte, pour le moment, elle arbore de grands noeuds dans ses longs cheveux blonds, et elle attend de grandir. Mais elle aime sa famille passionnément et c'est cette passion, bien cachée, qui va aussi la pousser à aider sa cousine et toute sa famille. Et puis, elle est la préférée de son père.
  • Enfin, il y a Madame Esprit. Madame Esprit est la laveuse, qui vient aider tante Amélie à faire les lessives. Elle cause avec Sylvette, s'étant très vite rendu compte que la petite jeune fille s'ennuie. Cette jeune fille lui rappelle sa fille, une fille décédée, une fille, qui, selon l'expression du temps et de Berthe Bernage "a mal tourné". Mais elle redonne espoir à Sylvette en lui disant que "sa jeunesse finira bien par retrouver sa gaîté... Comme son linge, toute sa propreté".

Et puis, Madame Esprit aidant tante Amélie, l'air de rien... Et Georges, vont doucement changer la vie de Sylvette.

Georges lui donne d'abord sa chambre en l'aménageant avec tout ce qui peut plaire à une jeune fille fantaisiste. Lui ira vivre au sixième étage, dans une chambre de bonne, malgré la mauvaise réputation du sixième étage. Madame Esprit discutera avec tante Amélie, qui reconnaîtra qu'il est difficile d'envoyer Sylvette au collège en plein milieu de l'année.

Enfin, un dimanche où tout le monde est parti - sauf l'oncle Octave - Sylvette entend un air de flûte. Elle s'approche, ne comprenant pas ce qui se passe, puis elle entend l'oncle Octave parler tout seul. C'est lui qui joue de la flûte, comme, au temps où, jeune magasinier, il jouait pour la fille du patron, une belle fille épanouie qui n'a pas voulu de lui : extraction trop modeste.

Finalement, Sylvette s'approche et le dialogue s'engage. Elle le supplie de lui jouer l'Arlésienne. Et l'oncle obtempère.

Finalement, tout le monde consentira à ce que Sylvette aille se perfectionner en dessin dans un atelier montmartrois, chez un artiste de bonne moeurs et de bonne réputation, le peintre Fab. Mais elle ne pourra pas fréquenter les modèles, même si une rousse tapageuse, Gina, ne se privera pas de se moquer de la Provençale (et de la provinciale).

Et puis, à Montmartre, que Sylvette adorera tout de suite, elle rencontrera un autre artiste, jeune lui, le peintre François, modèle grand bourgeois parisien, qui cherche deux modèles, une rousse et une brune qui aient "du caractère". Il fera donc le portrait de Sylvette, même si celle-ci s'en défend. Et bien sûr, confiante et naïve, elle tombera amoureuse du beau François. Qui lui ne l'aime pas, ils ne sont pas non plus du même milieu.

Un jour, tante Amélie confiera une course très étonnante à Sylvette, qui arpente beaucoup Paris, elle lui demandera d'aller sur un boulevard demander un prix dans une bijouterie pour une montre de communion. Sylvette, très causante, se prendra très vite d'amitié pour la bijoutière qu'elle surnomme aussitôt "Madame Magenta". Tante Amélie lui demandera plein de renseignements sur la dame, puis plus rien. Plus tard, elle lui confiera une montre à réparer... Et c'est là que le mystère se lèvera : Madame Magenta, veuve et riche, reconnaît une montre de famille. Elle est la mère d'Amélie. Sur base de faux renseignements communiqués jadis par des "malveillants", son mari et elle se sont opposés au mariage de leur fille avec Octave Lamothe. Octave Lamothe, extrêmement susceptible en ce qui concerne ses origines, a décrété une brouille définitive entre sa belle-famille et lui.

Sylvette préviendra tout de suite Georges, qui ira rendre visite à cette grand-mère inconnue.

Et puis Georges, bien sûr, qui va parfois chercher Sylvette à l'atelier, est amoureux d'elle. Les uns se moquent (François, Gina), d'autres ne comprennent pas (Fab) et d'autres trouvent que Sylvette a bien de la chance, comme Annette, un autre modèle, belle et pauvre - et pleine de vertus - qui pose pour aider sa mère malade.

Enfin, François partira - sans même prévenir Sylvette (ce sera Gina qui le fera, sans guère de ménagements), la laissant en proie au Paris sous la neige et à son premier chagrin d'amour.

Mais végète-t-on dans un chagrin d'amour quand on a un cousin qui vous aime?

Et qui en a eu aussi des rêves? Des rêves brisés?

Petit à petit, Sylvette va pénétrer les secrets de chacun et oublier ses peines intimes. Jusqu'à remplacer tante Amélie dans le ménage, le jour où, très malade, elle devra se faire opérer. Avec l'aide de Lolotte (Charlotte), elle ira supplier l'oncle Octave de se réconcilier avec Madame Aubier - le véritable nom de la bijoutière du boulevard Magenta... Et, après une gifle envoyée à sa fille préférée et pas mal de jurons, il obtempérera.

Attention ! Tout ne finit pas toujours bien chez Berthe Bernage. Il y a parfois des êtres broyés - mais qui toujours, remontent la pente. Mais ici, ce n'est pas le cas. Il y  aura cette merveilleuse Madame Aubier, qui aidera Madeleine à se marier... Qui se dépensera pour soigner la surdité de son petit-fils, qui sympathisera, elle aussi, avec Madame Esprit, et qui adorera Sylvette.

Sylvette, Georges, et la Rose d'un jardin de Saint-Cloud...

berthe-bernage--mamie-soleil

la rose pas de saint-cloud

Et ma couverture, version 2017

"réinventée" (mais avec photoshop, ce serait encore mieux)

Mamie Soleil selon Pivoine, infographiste

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16 novembre 2017

1975-1976, toute la vérité, rien que la vérité...

Merci au Goût et à Célestine, qui m'ont donné l'inspiration, ce qui m'a permis de me changer les idées o:)

***

Selon ma mère, l'année où l'on avait dix-huit ans était une des plus belles années de la vie.

Selon Berthe Bernage, mon auteure fétiche de l'époque (mais pas que) aussi... Elle qualifiait les jolis quinze, seize, dix-sept ans, de légers, frais, mais d'un peu fades...

***

A la rentrée de l'année 1975-76, j'avais retrouvé mon amie de classe, Patricia. Patricia venait du fin fond de la Belgique pour faire des études musicales - que permettait  notre lycée, pilote en la matière. Patricia faisait du latin, du grec et du français -fort- avec moi, car le Conservatoire avait refusé sa candidature et il fallait bien qu'elle se rattrape sur quelque chose. C'était une jeune fille charmante dont la principale préoccupation était d'avoir un petit ami, qui deviendrait un fiancé, puis un mari, et le père de ses enfants, qu'elle voulait nombreux.

Et de fait, elle a eu - au moins cinq filles. Très belles d'après ce que j'ai pu voir sur facebook. Quarante ans plus tard.

Nous avions pas mal de préoccupations et de goûts communs, sauf que l'objet de nos amours, pour un temps, différait. Mais l'amour venait en priorité... Puis la littérature, la poésie, les livres, les discussions sur les garçons (aussi), et pour elle, la musique, et pour moi, le dessin.

***

A la rentrée, nous avons vu arriver notre professeure de français dans la voiture d'une collègue, la professeure de gymnastique, que je surnommais, depuis toujours, "le porte-manteau". Car elle était maigre comme un clou, toujours habillée en "training" (jogging dirions-nous aujourd'hui) et séduisante comme un porte-manteau. Elle se plantait dans le vestiaire, bras croisés, jambes écartées, où péniblement, on se changeait, et je détestais sa façon de nous regarder. Ceci dit, pour être honnête, c'était une professeure de gym peu ennuyeuse. Elle m'avait jaugée, et jugée comme étant nulle, en conséquence de quoi, elle me laissait en paix. Je ne faisais pas les exercices ? Elle ne courait pas après moi.

Sournoisement, je lui ai quand même un jour envoyé un ballon de volley presque dans la figure (elle ne se méfiait pas, puisque j'étais "nulle", je l'ai dit, et elle a fait un bond sur le côté. Na !)

Il est devenu patent, au fil du temps, qu'elles sortaient ensemble. Je l'ai vaguement senti, on a commencé à jaser, et un beau jour, ou plutôt, un beau soir, en montant l'escalier pour aller dans ma chambre, c'est devenu évident, lumineux, et catastrophique : elles étaient en couple. A partir de ce moment-là, (elles ne se cachaient pas le moins du monde), je les ai vues partout, et je trouvais un peu fort que notre professeure de français, qui nous avait tenu des discours féministes enflammés contre la sujétion des femmes envers les hommes ... Fît exactement la même chose, peu importait, selon moi, que ce fût avec une femme (et au point de nous négliger parfois, mais pardonnons-lui, après tant d'années).

Si j'avais osé, je le lui aurais dit.

Je passe les détails d'une étrange relation, qui me faisait rester muette, en classe, la plupart du temps, puis une sorte de "dispute" qu'il y eut entre nous... Et une après-midi où nous avons joué au ping-pong, je ne sais plus pourquoi ni comment, et où, voyant que j'étais moins "nulle" qu'il n'y paraissait, elle m'a proposé une série de matches. Nous étions à peu près à égalité. J'étais bien entraînée, grâce à un copain de vacances. Mais elle était plus vigoureuse que moi, et beaucoup plus sportive.

J'avais quelques compensations. Je bossais dur en histoire (j'avais quatre heures de cours), j'entretenais deux ou trois correspondances (avec deux jeunes filles arlésiennes et une Belfortaine), le groupe que nous formions avec les garçons des autres écoles et Instituts s'était délité, mais je suis partie à Pâques à l'Astoria, au Coq - où, un soir, j'ai dansé "les" slows de ma vie, avec un garçon un tout petit peu plus jeune que moi. C'est dire que je n'avais jamais imaginé quoi que ce fût avec lui... Même si le "petit frère" d'une des "grandes" était un presque jeune homme de dix-sept ans. Mais, avec ma réserve, sa timidité et un copain à lui qui n'avait pas trop envie de perdre son "poulain", il ne s'est rien passé de plus que cette extraordinaire série de slows.

***

En 1975, mon frère s'est marié, ma mère a cessé de travailler, ma tante a fait sa réapparition, avec mon cousin, et tout le monde "divorçait". Mon cousin avait mis son père biologique à la porte, le divorce s'annonçait difficile et ma mère s'est dare-dare inscrite au chômage. Après avoir cessé de travailler, l'idée ne lui en était pas venue. Dans son esprit, elle redevenait "femme au foyer". Mais elle voulait aider ma tante qui, elle, travaillait à mi-temps. Je les soutenais moralement, s'entend, et c'était lourd. Ma tante a dû changer plusieurs fois d'avocat, et je me demande si son divorce n'a pas précédé de peu la mort de son ex-mari. En 1976, mon cousin s'est marié avec une charmante jeune fille, et c'est le quatrième mariage où je me suis incroyablement ennuyée.

Ce n'était pas la faute des mariés, c'était le manque de cavalier séduisant.

***

Mon journal était rempli de notations sur l'école et mes deux (+ une) professeures... A défaut de préoccupations qui auraient pu être, dû être, beaucoup plus joyeuses.

Mais j'aurais pu parler aussi de la salle - le fumoir, il y faisait bleu mais ça valait mieux que de fumer dans les toilettes - où nous nous réunissions à midi, et où un garçon de douze - treize ans (le lycée était devenu mixte l'année précédente) avait joué un air de rag-time ou de jazz incroyable sur un piano. Plusieurs élèves se destinaient aux humanités musicales et nous avons même eu un futur lauréat du concours Reine Elisabeth. Je fumais des Gitanes et j'avais horreur de ça. Allez comprendre! J'ai arrêté, heureusement.

En histoire, nous avons étudié les structures politiques des démocraties occidentales (France, Etats-Unis, Angleterre...) et l'URSS (c'est moi qui ai dû faire une présentation du système des soviets, sur base d'un document du CRISP). Nous l'ignorions, mais le mari décédé de notre professeure d'histoire, que je vénérais (en tout bien tout honneur et malgré son caractère épouvantable), était un des fondateurs du CRISP. Nous avons étudié aussi la montée du nazisme, sous tous ses aspects (mon professeur m'a envoyé voir "Les damnés", de Visconti - et ma mère m'accompagnait, elle était fascinée par cette époque, forcément), et la Question Royale.

Nous avons également eu une remplaçante, en français, car notre professeure préparait la défense de sa thèse de doctorat. Qu'elle a réussie (elle me l'a dit plus tard, quand je l'ai revue), avec la plus grande disctinction. La remplaçante était charmante et nous lui avons le plus possible facilité le travail. Nous avons même gardé des contacts cordiaux pendant  un temps, elle n'avait somme toute que quatre ou cinq ans de plus que moi.

Elle m'a fait connaître une des plus belles chansons de Brel, "La colombe".

J'ai tout réussi brillamment, cette année-là, même la physique et la chimie, et dieu sait si le professeur de physique était un homme exigeant (mais extrêmement intéresssant - d'ailleurs, après son divorce, notre professeure de chimie, qu'on adorait, s'est mise en couple avec lui et j'ai été vraiment très heureuse pour eux deux).

Sauf les maths. Je me suis ramassé une bulle colossale et, naturellement, je me suis retrouvée avec un examen de passage en septembre et le report, en septembre aussi, de mon examen de maturité (un dossier sur le surréalisme dans la littérature française, et l'étude et la mise en pratique d'un livre sur la narratologie, la stylistique, l'analyse de texte, etc.)

Pas de livre de prix non plus... Les deuxièmes sess' n'y ont pas eu droit.

Le "choucou" des profs, dont le père était dans la politique, et qui se destinait, elle, au droit et à la politique, est passée avec quelques légères bulles, et a trafiqué les notes de son bulletin. Dans le dernier bulletin, il était très facile, à côté d'un B, pour "Bien", de mettre un T ou de rajouter un + de manière à avoir un B+ ou un Très Bien. Il n'y aurait quand même pas de vérification. C'est un subterfuge auquel je me suis toujours refusée, encaissant mes échecs, essayant de les surmonter... Je perdais toute confiance en moi, mais au moins, je ne trichais pas.

J'ai quand même réussi l'examen de passage, après avoir fait des maths, intégrales, calcul des probabilités et géométrie dans l'espace (finalement, j'ai un diplôme de latin-mathématique)... Avec une répétitrice très douée.

Et j'avais un chat - déjà - qui se couchait de tout son long sur la table jonchée d'exercices de mathématiques...

***

J'aurais pu aussi me plaindre de ma mère. Je ne sais pas si j'en parlais dans mon journal, mais alors que je préparais mes examens, ou plutôt, mes contrôles généraux, elle m'a un jour "attaquée" en disant que je n'aimais pas notre maison (le bâtiment) et que si je l'avais aimée, j'aurais nettoyé sans arrêt et fait des travaux.

Elle oubliait tout simplement que, pendant les années où elle a travaillé, non seulement je faisais à manger, mais je nettoyais aussi (en cachette de préférence, pour que l'on ne critiquât pas mon travail), bon, d'accord, je ne repeignais pas la cage d'escalier mais elle n'en avait pas besoin. Ma mère aurait voulu que je réussisse mes études, que j'aie des petits amis - surtout sans relations sexuelles, c'eût été un péché - que j'aille danser (sans savoir toute la difficulté qu'il y avait à repousser les garçons trop entreprenants), que je n'aie pas de petit ami non plus (aucun ne lui a jamais plu) et que je fasse tout simplement le travail ménager qu'elle détestait faire - du moins chez nous.

Dans le jardin

Mamie Soleil

Beau Masque - Bel Macchio

gavarnie

Vacances 1976 dans les Pyrénées, Cirque de Gavarnie

14 novembre 2017

Ma princesse

Ma princesse des jours heureux et des jours moins heureux

Mon impératrice aux coussins de harem

Juste comme moi

Ma lécheuse de poeles et de casseroles derrière mon dos

(quand est-ce que tu as pris cette fichue habitude?)

Toi qui te baladais la nuit, dans la maison de Bernard

Tu te couchais sur mon lit, quand je lisais le soir

Et dès que je déposais le livre, tu allais un peu plus loin

puis tu partais dans l'appartement

tu venais me réveiller le matin, en miaulant, en sautant sur le lit, tu avais faim,

même si tu avais largement des réserves,

mais il te fallait ton sachet de nourriture

Tu te couchais parfois sur mes livres

Ou entre mes livres et moi

et je te disais "sido, ton père n'est pas vitrier"

c'est encore un bonheur de pouvoir dire ça à son chat

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alors je me levais tu me suivais en trémulant de la queue

je prenais mes premiers verres d'eau

et je te donnais à manger,

puis je faisais le café et je mangeais mon petit-déjeuner,

après ça, tu partais vivre ta vie, depuis trois ans, c'était surtout sur les lits.

Il y a eu un garçon qui te prenait souvent dans les bras

et qui m'a dit de prendre des photos pour quand tu ne serais plus là.

Je me disais que j'avais du temps devant moi

Un chat en appartement... Je te surveillais comme du lait sur le feu

je ne sais pas si tu aurais été plus heureuse dans la nature,

je suis triste de ne pas avoir vraiment pu te faire connaître la nature,

parce que dans le jardin de Bernard, il y avait trois matous qui montaient la garde

là aussi il y avait une chatte adorable, Lisa

et elle est aussi morte.

 

Samedi, tu as fait la sieste avec moi

ou bien c'est moi qui ai fait la sieste avec toi,

j'étais tellement claquée de ma journée de vendredi,

j'avais de plus en plus peur de devoir téléphoner au vétérinaire,

surtout depuis que j'avais constaté que tu étais sourde.

Hier aussi, j'ai dormi avec toi - sur le coussin.

 

Et maitnenant, je suis là, dans mon appartement,

il est bien vide...

Demain, tu ne viendras pas me chercher dans mon lit,

même en te heurtant à la table de nuit,

et cette nuit, tu ne m'empêcheras pas de dormir

Enfin, je ne sais pas si je vais beaucoup dormir,

j'ai à la fois faim et mal à la tête,

 

Tu me manques, mon amour de Sido

mon amour de petite fée,

même si t'avais parfois de foutues manies de chat ...

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Le départ de Sido.

C'était ma petite princesse blanche et noire.

Je l'aimais tellement. Il y a treize ans, j'ai tourné une page de ma vie en quittant la maison de ma jeunesse, où je m'étais réfugiée en novembre 1999, et je suis venue habiter dans un tout nouveau quartier.

Je suis en deuil de ma maison, pourtant, ici, à l'intérieur de chez moi, il y a l'esprit de cette maison. Je suis en deuil de ma maman, ce matin, je l'ai appelée, mais bien sûr, il y a seize ans qu'elle est morte, je suis en deuil de mon papa, mais il est mort le 30 juillet 2016, je suis en deuil de l'ami Daniel, qui est mort une semaine après mon  anniversaire. La voisine de mon fils est morte, je ne dis pas que je suis en deuil, mais bon, et maintenant, ce que je redoutais (et repoussais) depuis le printemps dernier est arrivé, j'ai dû faire euthanasier mon chat Sido.

Je l'avais appelée Sido à cause de Gabrielle Sidonie Colette, qui aimait tellement les chats. Cela me semblait de bon augure. Elle est née vers le 25 septembre 2004, et je l'ai reçue fin novembre tout début décembre 2004. Un peu en retard, parce que je venais de faire remplacer les châssis de mon appartement par du double vitrage.

Elle est arrivée, petite bestiole blanche et noire, a fait le tour du propriétaire et nous avons mangé à plusieurs ce jour-là, mon père, qui était là, la Rose, bien sûr, et ma nièce, qui m'avait apporté le chaton. La mère de Sido était une ardennaise de Tenneville, Gnafron.

Sido était une chatte curieuse, affectueuse, un peu peureuse, mais comme elle était adorable, tout le monde l'aimait. Même l'ami Bernard, mon ex copain l'avait adoptée, lui qui ne supportait plus ses chats.

Il y a un an à peu près, j'ai remarqué que quelque chose avait changé, mais j'ai postposé la visite au vétérinaire, pas longtemps, quand elle a eu une infection à l'oeil, j'y suis allée et on l'a bien soignée. Quelque temps après, nous sommes retournées, et il a fait une analyse sanguine, elle avait le diabète. On ne pouvait plus soigner sa maladie de peau.

Puis elle a eu une double conjonctivite, que je n'ai pas su soigner, on ne pouvait plus lui donner de cortisone. Je la piquais à l'insuline, comme je pouvais. Ca allait plus ou moins. Puis, il y a deux ou trois semaines, elle a commencé à se gratter les oreilles, et puis un jour, ses oreilles étaient rouge vif, elle les avait grattées jusqu'au sang.

Le vétérinaire l'a soignée en deux fois pour une double otite - mais on ne pouvait savoir si c'était une otite moyenne ou interne. Bon, elle était interne parce que malgré les deux fois deux pipettes, elle est devenue sourde, totalement, en une semaine, son oeil est resté à demi fermé, elle tombait tout le temps, ne tenait plus en équilibre, ne sautait plus, bref...

J'avoue que ce matin, j'étais désespérée, elle a fait un besoin au milieu de l'appartement, et je n'étais pas en état de réparer les dégâts sinon sommairement. Mon fils est venu et j'ai téléphoné au vétérinaire en posant la question de l'euthanasie. J'ai vécu mes dernières heures avec Sido, mon fils, et mon amie la Rose, qui adorait ma petite Sido quand elle était toute petite chatonne.

sidowifi

Une page se tourne. Ces treize ans, ici, à Anderlecht, commencés alors que mon papa vivait encore, que j'ai commencé à peindre, pleine d'espoir, d'attente, j'avais quoi? 48 ans? C'est toute l'histoire de mes blogs. Celui que j'ai détruit, sur skynet, et les deux suivants, pivoine blanche, et Mes reflets...

Là, j'ai vraiment eu une sale journée.

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13 novembre 2017

L'enfant de Vieille Maison

Le jeu de Lakévio, un tableau, un texte, autour d'une maison, cette fois-ci :

Lea Roland

Roland Lee

Les murs roses lui rappelaient quelque chose. Oui. Le moulin de Tidmarsh. En Angleterre. Dora Carrington.

C'était le premier vernissage d'exposition auquel elle allait avec Guillaume. Elle le voyait, de loin, conversant avec des connaissances. Elle se réjouit. Et regarda la maison peinte avec amour et délicatesse par une artiste de la région. La naïveté du tableau la faisait un peu sourire,  mais elle savait que l'on ne sourit que lorsqu'on méconnaît tout ce que l'artiste y met, de soi et d'amour.

Et après tout, sa maison intérieure ne ressemblait-elle pas un peu à cela, à moins que?

Elle passa doucement sa main sur son ventre. L'enfant y était lové, dans sa bulle liquide, comme dans une maison rose aux fenêtres illuminées. Une profonde transformation s'était opérée en elle, depuis qu'elle avait accepté son amour pour Guillaume, l'idée de leur mariage, la transplantation dans la région de Forges, et l'installation dans la vaste maison de ses parents à elle, dont ils occupaient une aile. Là, ils se retrouvaient à deux. Elle eût craint de vivre au quotidien avec sa belle-mère. Elle avait eu peur que celle-ci ne la regardât encore avec méfiance, elle qui avait longtemps dédaigné son fils bien-aimé, mais qui ignorait comment ils s'étaient enfin trouvés, in extremis. Seuls Guillaume, Isabelle et leur ami Benoît savaient.

"Cette maison semble vous rendre bien songeuse, Madame..." fit une voix au ton légèrement ironique, derrière elle ; elle se retourna. Guillaume était arrivé près d'elle, sans bruit, accompagné d'un critique d'art venu de Bruxelles. C'était une relation de ses parents. Mais elle ne lui avait jamais parlé. Elle était si jeune! Et ses séjours à Forges n'étaient pas assez réguliers, ces dernières années - mais elle connaissait sa réputation sulfureuse. Assurément, lui qui goûtait plutôt l'art contemporain, devait regarder cette exposition avec une certaine commisération.  Pendant qu'ils faisaient les présentations, elle ressentit un fort agacement. Guillaume la regardait avec son sérieux habituel, elle était aimable, polie, souriante, et l'homme s'écoutait parler.

"Aimez-vous cette peinture, chère Madame? Elle est si parfaite. On pourrait écrire dessous, ou sur le fronton, "Une chaumière et un coeur". Son air ironique s'accentuait. "Ma foi, il me prend pour une gourde" se dit-elle. Par provocation, elle allait répondre "certainement", elle l'avait peut-être murmuré même, mais Guillaume intervint et s'adressant au journaliste, répondit simplement: "j'ai omis de vous dire que mon épouse est historienne d'art."

Mais Isabelle n'avait pas envie d'expliquer. Elle n'avait pas envie de parler de "Vieille Maison" à cet inconnu. Ni de ses parents. Ni de ses études. Ni du collège, où elle donnait cours. Elle avait juste envie de rentrer avec Guillaume, à la maison et de se reposer. Alors, ils s'excusèrent auprès de lui, et s'en allèrent, faisant le tour de leurs connaissances avant de rentrer chez eux.

L'homme la regardait de loin. Il ne s'était pas questionné sur cette jolie femme blonde, vêtue de mousseline aux tons délicieusement mauves, bleus, fondus l'un dans l'autre. Simplement elle lui avait plu. Maintenant, il la reconnaissait. Il l'avait aperçue, parfois, adolescente, avec une bande d'amis. Donc, elle s'était mariée ici. Quelle étrangeté! Il regarda encore la maison et se demanda ce que réellement, elle en pensait. C'était une gentille chose, pour lui, que cette oeuvre, peinte avec amour, il voulait bien en convenir, mais enfin, transposant sa question personnelle dans la réalité de leur rencontre, il se demandait si  cette femme pourrait se satisfaire d'une vie comme dans ce tableau.

Mais déjà, Isabelle et Guillaume, dehors, riaient de l'incident et, main dans la main, s'apprêtaient à rentrer chez eux. Leur ancienne passion. Leur amour mutuel, la vie de tous les jours. Tout cela, en un instant, leur avait fait rejeter l'homme inconnu dans les ténèbres de l'avenir.

11 novembre 2017

Une journée de "ouf"

Hier fut une journée de "ouf" ...

J'avais mis mon réveil à 7 h 30. Il faut d'abord m'occuper du chat. Non, il faut d'abord que mes jambes et tout le reste suivent mes pieds. Rincer son écuelle de la veille, nettoyer les bouts de viande... Remplir la nouvelle écuelle... Puis, j'ai fait une grande théière, car j'attendais une connaissance, qui prépare son mémoire de master en psychologie et je fais partie du panel des personnes qu'elle interviewe (il faut dire que j'ai répondu à son appel... J'aurais pu ne pas le faire, mais je ne regrette pas de l'avoir fait).

Je suis donc allée la chercher à l'arrêt du bus (car elle venait en train depuis le fin fond de la Belgique). Elle fait un stage à Bruxelles et, chose amusante, je la connais depuis longtemps. Elle a deux soeurs aînées et sa soeur aînée, qui était étudiante en philologie romane en même temps que moi, fin des années 70, a "koté" chez mes parents. Nous nous entendions bien. La dame d'aujourd'hui était une adolescente à l'époque et je l'ai retrouvée, naturellement, sur facebook. Nous étions fans du même candidat, lors de la deuxième version belge (au secours!) de "The Voice".

Trois heures de tests divers et une heure d'interview plus tard, j'étais liquidée.

Après cela, je suis allée travailler l'après-midi pour préparer mon book (et collaborer pour celui des autres) pour le parcours d'artistes 2018 d'Anderlecht. C'est un boulot d'enfer. C'est-à-dire que je n'ai plus l'habitude de ce genre de travail. J'ai aidé une des membres du club à faire son cv, mais ce fut ardu... Elle aurait bien raconté sa vie et toutes ses passions, (c'est une hyper-active hyper brouillonne et agitée), mais même un CV d'artiste doit garder une certaine rigueur (enfin, à mes yeux). On ne se refait pas.

A cinq heures et demie, six heures, je suis allée au cours du soir continuer à travailler.

Pour couronner le tout, absolument tout était fermé à l'Ecole des Arts, y compris les toilettes? (Il n'y en a pas dans le bâtiment, il faut traverser la cour, et aller au-delà du bâtiment préfabriqué des sculpteurs, ou dans le "quartier" de la Direction). Qu'auriez-vous fait, à ma place ?

Quand je suis rentrée, à neuf heures, j'étais un blog , pardon, un vrai bloc de courbatures, mais il m'a d'abord fallu nourrir mon fauve (toujours malade) affamé et me détendre avant de me mettre au lit.

Aujourd'hui, je me demande tout simplement qui je suis.

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10 novembre 2017

"Ne tirez pas sur la violoniste"

Dans "L'habit ne fait pas la nonne", du tandem Hélène de Monferrand - Elula Perrin, l'arme du crime était un foulard o:-), non, un CARRE Hermès rare - de la Légion étrangère. Illustration = ici.

Dans "Ne tirez pas sur la violoniste", le second polar de ce même tandem, quatre personnages du premier livre réapparaissent, Armelle, la reporter, originaire de la Loire inférieure et de la région de Préfailles, fait la connaissance de son neveu Aubin et de son amie, l'étudiante en droit, Constance, qui veut devenir flic.

Et pourquoi veut-elle devenir flic ?

Tout simplement parce qu'ils habitent dans un appartement, dans un immeuble - dans le quartier des anciennes Halles de Paris - non loin de Saint-Eustache et de l'ex-trou des Halles, où a eu lieu un crime.

La propriétaire de l'immeuble, une vieille dame, professeure de violon a été sauvagement assassinée, et tout semblait accuser Léonce Gerville, un serial killer, ou un imitateur, de ce crime. Mais l'équipe de policières - déjà présente dans le premier volume, dont le commissaire Tania Dabrovine, a des doutes sur l'assassin. Notamment à cause de différences avec les autres assassinats.

Armelle, le jeune couple, Aubin et Constance, et quelques comparses, vont donc se replonger dans l'affaire, afin de donner d'éventuels nouveaux éléments au Commissaire. Il faut donc commencer par l'enquête de voisinage. La jeune Constance n'aime pas parler? Eh bien, elle parlera. Et Aubin apprendra le violon.

Comme le disent les auteurs, un jour, l'immeuble se transformera en "Chemin de Damas".

***

Au fil de l'histoire, on découvre mieux la personnalité à la fois originale, artiste et profondément bonne, d'Elizabeth Lecomte, qui a testé en faveur d'un Institut de soin et de prévention du cancer - sa compagne décédée est morte de cette maladie. Elle a laissé son violon à une amie, professeure de musique elle aussi, et le reste est à partager, via une "SCI", entre les enfants de son ancienne compagne, Aurore Dérigny, graphiste ayant son studio dans l'immeuble, Paul, son frère aîné, avocat à Versailles, et Jacques, son frère cadet, vivant en Dombes.

Elizabeth Lecomte, on le verra, n'était pas une femme timorée et craintive. Elle sillonnait Paris à mobylette, avec son violon sur l'épaule, se faisait livrer ses courses et criait souvent le code d'entrée à ses élèves.

***

Dans l'immeuble il y a :

  • une concierge "trotskyste",
  • deux vieilles dames, Mme Blidot, qui avait remarqué les mouches dans l'immeuble, ce qui lui rappelait le temps des Halles,
  • Mlle Gargilier,
  • le jeune A. (Armand Tomme),
  • une famille, les Hurel, et leurs enfants,
  • les Bonard,
  • Madame de Rouville, surnommée "la comtesse de Pimbesche", forcément plaideuse et pétitionnaire enragée,
  • Et un jeune couple avec un enfant.

Les recherches progressent lentement, au point que le trio finirait bien par se décourager, ne voyant pas qui peut avoir eu intérêt à tuer la vieille dame.

Difficile de résumer ce roman - pourtant court (187 pages) - mais au rythme allègre et plein d'humour, l'enquête de voisinage mettant évidemment en lumière des personnalités originales ou antipathiques, voire de plus en plus antipathiques. Ou sympathiques (comme Armand Tomme, pourtant suspect, un moment...)

Le don d'un Macintosh du bureau d'études par Aurore Dérigny à Constance va aider le trio à finalement trouver "le" petit élément qui permettra de tirer le fil... Et de fil en aiguille, et après reprise du dossier par la police, et intervention d'Armelle, de se lancer sur la piste de l'assassin et, surtout, du commanditaire.

Et puis, si vous aimez Paris, un roman qui se passe dans l'ancien "Ventre de Paris", vous met d'office l'eau à la bouche...

livre

Et puis, Hélène de Monferrand, qui n'avait plus rien publié depuis l'extraordinaire"Retour à Sarcelles, roman des Temps prolétariens", mais avait déjà écrit le quatrième et futur volume de la saga "Les amies d'Héloïse" (prix Goncourt du premier roman), "Journal de Suzanne" (le premier livre que j'ai lu d'elle), et "Les enfants d'Héloïse", pourrait bien - espérons-le - enfin éditer ce quatrième volume, et puis, qui sait ?

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08 novembre 2017

Mais où est donc la sortie de secours ?

Il y en a une sur le palier. La porte est d'ailleurs toujours ouverte. Huit étages à dévaler, par une cage d'escalier en colimaçon. De quoi vous donner le tournis. Et la tremblote. Ce qui me rappelle les visites de beffrois, oui, nos beffrois flamands. Ni tours de cathédrale, ni donjon de châteaux forts, le beffroi était le symbole des libertés communales - dans nos régions. Durement acquises par les citoyens des villes. Des villettes. J'en ai monté des escaliers, et descendu... Mes jambes flageolaient, à l'arrivée.

Ma mère disait "c'est ce qu'on appelle une "fausse-faim" - peut-être que quand on a faim, les jambes tremblent. Je ne sais pas, là, je n'ai pas faim.

Manger! Ah! Même quand on n'a pas faim, voilà une belle sortie de secours.

Manger, oui, ça vous aimez. D'abord, les repas de l'enfance, c'était le moment où la famille se rassemblait dans la cuisine. Le poêle ronronnait... Il y avait le souper tartines - devant vous, deux tasses, celle avec du lait, et celle avec du café noir, pour tremper les tartines dont on avait coupé les croûtes. Les rares buffets familiaux, avec vos cousins préférés, les plaisanteries que les grands s'échangeaient, et votre admiration éperdue pour votre cousine: si grande, si belle, si savante…

Et puis, un jour, vous aimerez faire à manger. Vous avez toujours aidé votre mère, votre frère et vous. Pour la pâte à gaufres, la pâte à quatre-quarts. Les crêpes et les beignets. Il fallait battre les blancs d'oeufs en neige. D'abord avec deux fourchettes, puis avec un batteur - mécanique. Pour le quatre-quarts, il suffisait d'attendre que le gâteau soit cuit, mais quand on "faisait des gaufres", dans le gaufrier tellement cuit et recuit... Il fallait surveiller la cuisson, juste pour que cela ne colle pas. Et cela collait souvent. Alors, on faisait une gaufre, rien qu'avec de la farine et de l'eau, et petit à petit, les gaufres sortaient, moelleuses, douces, dorées, de l'amour à ras bord.

Et que dire des séances familiales autour du "bodding" bruxellois ? Tout le vieux pain avait trempé dans la plus grande casserole du ménage, et puis, un soir, il fallait presser le pain - tout le monde était réquisitionné. On le réduisait en fines miettes avec le "passe-vite", et on le mêlait aux raisins mis à tremper dans du rhum (beaucoup de rhum), au sucre et aux oeufs - toujours avec le blanc battu en neige...

Et tout cela cuisait pendant une heure.

La maison embaumait.

On en mangeait pendant plusieurs jours.

Et puis, vous vous êtes lancée... Des mousses faciles, dans un livre de cuisine pour les petites filles, les recettes de "Vive la cuisine jeune", les spaghetti al dente, avec du parmesan, goût salé et piquant, et puis cette encyclopédie de la  cuisine de A à Z que vous avez demandée pour vos quinze ans.

Vous avez rêvé de faire des choses compliquées, savantes, des pâtés - vous n'avez pas trop mal réussi, il fallait juste fixer la dernière petite pièce de l'appareil à hacher correctement, sinon le pâté filait non pas dans le saladier, mais remontait jusqu'à l'ouverture... Du foie gras (mais votre foie gras, gelé, venait de Hongrie et vous n'avez jamais pu le dénerver). Et vous avez refait les gâteaux familiaux, le baba aux bananes, le moka aux marrons... Et ses variantes.

Vous avez visité les cuisines du monde, chinoise (le gâteau aux huit trésors), russe (les pirojkis), mexicaine, viennoise, allemande, indienne, (les raïtas) – et tous les pays du sud confondus. Et même la poule au pot du roi Henri IV. Car voyager dans le temps. Pourquoi pas? Après tout, la pissaladière, avec son mélange d'anchois salés et d'oignons rappelle - lointainement, le garum des Romains. Ah ! Que ce garum vous a fait rêver !

Pourtant, vos narines du XXIème siècle l'auraient probablement trouvé atroce.

Puant comme un Herve de chez nous? Ou comme le fromage de Bruxelles ? Hyper salé, mais maigre. A mélanger avec des échalotes, un peu de fromage blanc ou frais, du poivre, succulent.

Là, oui, en ce jour morose de novembre, l'idée de manger vous apparaît comme une jolie porte de secours.

Et comme dans un hôtel provençal où vous avez passé de merveilleuses vacances, jadis, vous calligraphieriez bien, au-dessus de votre porte : "l'amour de la table est le dernier des amours. Mais il console de tous les autres".

Pour les Impromptus littéraires.