Variations de regard

12 janvier 2017

A l'ombre du figuier.

Pour les Impromptus littéraires.

 ***

Elle avait trouvé la recette dans un livre.

Une tarte aux figues. Salé sucré. Comme elle avait le temps, elle avait pétri elle-même la pâte levée. Qui gonflait, heureuse, dans le four tiède. Les figues étaient bleues, rayées de violet. La chair était piquetée de grains, rouge et sucrée. Sur sa tarte, il y aurait les figues, le jambon de Parme, au goût prononcé, et le piquant graineux d'un rondin de chèvre. Ce serait parfait. Les figues fraîches suggéraient un éventail de possibilités que n'avaient guère les figues sèches et poisseuses ensemble de son enfance. Gourmandise de noël par excellence.

En disposant les fruits, elle se souvenait de quelques mots, restés dans sa mémoire, "et les figuiers, qui faisaient une ombre si fraîche..."

Les mots et les fruits, emmêlés, l'emmenèrent bien loin de sa cuisine mi-ville, mi-campagne.

Là-bas, en Provence, dans un jardin arlésien. Les fruits y avaient un goût tellement différent ! C'était comme de comparer le brouillard, janvier et la morosité, aux palmiers dans la nuit odorante, aux soirées de l'été, aux orangers de Hyères, aux pins parasols ou au bleu si bleu de la Méditerranée.

Les figuiers offraient leurs fruits de chair et de sucre aux gourmands, leurs vertus médicinales, aux curieux d'apothicairerie.

Et leur âme, aux poètes.

Car l'arbre aussi offrait l'ombre et le repos. Aux couples d'amants. Aux petits paysans malicieux. Au chasseur hésitant entre le poil et la plume. Mais comme les lèvres étaient tendres et fraîches, que l'on embrassait, sous le figuier. Comme il était doux de s'étendre à même la terre sèche, gorgée du sang descivilisations, puis de fermer les yeux, de se laisser emporter, dans le silence harassé des champs, vers la fin du jour.

Et le peintre qui ne se lassait pas de dessiner, mentalement, le couple étendu, à l'ombre du figuier... Esquisser la jeune femme aux cheveux décoiffés, à la robe d'un vert jade chaud, légèrement dérangée, aux dentelles froissées, aux doigts fuselés, mariés à ceux de l'époux, enfin dédaigneux du fusil et de la gibecière...

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10 janvier 2017

Mary Wesley, "Une fille formidable"

J'ai déjà lu et relu ce roman - qui m'a déjà permis de situer la gare ancienne d'Euston, à Londres, et de voir des illustrations de la célèbre arche d'Euston (détruite dans les années 60).  J'adore l'atmosphère de ce livre.

arche de Euston 1897

Je ne savais pas très bien quand le roman commençait, j'imaginais bien 1941, 1942, je ne sais pas pourquoi, je voyais le mois de novembre.

Eh bien, il commence exactement le 7 mars 1941, au soir. Junon Marlowe, 17 ans, a accompagné ses deux amis Jonty et Francis au train, à la gare d'Euston, et se dirige  vers Paddington, quand elle est surprise dans un bombardement. Elle se fait agripper par Evelyn Copplestone, ancien combattant gazé de 14-18 et se réfugie dans sa maison. Il la fait d'abord entrer dans son "basement" (la cuisine du sous-sol) où sont réunis des voisins et des amis. Quatre jeunes gens attendent que le bombardement se calme pour aller danser au Café de Paris. Dont une jeune fille, Lizzie.

Evelyn leur fait remarquer que le toit du Café de Paris est en verre. Et que c'est de l'inconscience d'y aller. Un peu plus tard, il emmène Junon dans son salon, à l'étage et, une carafe de whisky aidant, la fait parler de ses amis, de son père décédé, qui fut militant pacifiste. Il écrira une courte lettre, adressée à son propre père, Robert Copplestone, gentleman-farmer en Cornouailles, pour lui recommander Junon, qu'il devine isolée et démunie. Dans la nuit, ils écoutent "le bombardement se déplacer dans la ville" et ils entendent les jeunes sortir... Au petit matin, Junon se réveillera à côté du corps sans vie de Evelyn. Et là commenceront ses aventures et mésaventures.

Dans le train qui l'emmène dans son ancienne maison, désormais vide (sa mère, remariée, a déménagé au Canada et l'y attend, mais Junon entend rester en Angleterre - dans l'espoir de revoir Jonty et Francis), Junon apprend que le Café de Paris a été bombardé.

Cela s'est passé exactement le (=> 8 mars 1941.

"It was at the Café de Paris on Saturday, 8 March 1941, during The Blitz, that two bombs came through the roof straight onto the dance floor soon after the start of a performance. Time magazine reported that the orchestra was playing "Oh, Johnny, Oh Johnny, How You Can Love!" when the club was hit. Around 80 people were injured and at least 34 killed, including 26-year-old Johnson,  and his saxophonist, Dave "Baba" Williams." (source, WIKIPEDIA).

café de Paris en 1941

cafe-de-paris

 

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Charles Van Lerberghe (Gand, 1861 - Bruxelles, 1907)

"La chanson d'Eve" - "Regarde au fond de nous"

***

"Regarde au fond de nous : nous sommes l'Emeraude
Eternelle, et feuillue, et qui semble une mer,
Où rôdent des parfums à travers la nuit chaude,
Où circule le flot des grands anges de l'air.

Nous sommes la forêt énorme et murmurante,
Pleine d'ombre éblouie et de sombre splendeur,
Qui respire et qui vit, où mille oiseaux d'or chantent,
Et dont la cime éclate en écumes de fleurs.

Depuis le premier souffle et l'aurore première,
D'un effort inlassable et d'un désir sans fin,
Ensemble, nous montons des antres de la terre,
Vers ce but merveilleux que toi seule as atteint.

Ensemble, nous sa voix, nous son âme profonde,
Dans ce feuillage immense, à jamais reverdi,
Nous avons abrité tous les rêves du monde,
Et c'est dans le soleil que nous avons grandi."

La chanson d'Eve, 1906.

Charles Van Lerberghe a été élève, comme Verhaeren, comme Maeterlinck, au Collège jésuite de Sainte-Barbe,

à Gand.

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Francis Jammes

"La maison serait pleine de roses"

Francis Jammes

"De l'angélus de l'aube à l'angélus du soir"

***

"La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres ;
et les raisins couleurs de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais ! Je te donne tout mon cœur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches ;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire ;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes."

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04 janvier 2017

Ils sont jeunes et ils osent...

Et dans ces activistes alpinistes qui osent, tout en travaillant et en assumant la vie de tous les jours...

Il y en a au moins un que je connais bien.

J'admire et suis assez fière... Moi qui ne fus qu'une révolutionnaire en chambre.

"La démocratie est haut-perchée mais est elle toujours récupérable avec une bonne dose de mobilisation et de volonté!"

ttip ceta 1

ttip ceta 2

ttip ceta 4

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La crèche de Célestin 2

crèche rwandaise 1

crèche rwandaise 3

crèche rwandaise 2

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La crèche de Célestin I

Voici quelques photographies (pas d'une qualité exceptionnelle), puisque prises rapidement, et rectifiées tant bien que mal, d'une crèche qui m'a vraiment vraiment tapé dans l'oeil.

Ce sont des personnages en bois, la Vierge, St Joseph, les rois mages, un mouton, un boeuf, un berger peut-être... (Je suggère à la propriétaire de la crèche de photographier ses personnages regroupés dans une bonne lumière, et sur un fond neutre... Ou à sa meilleure convenance), sculptés par un Rwandais de Kigali, dont je ne connais rien, dont je ne sais s'il était Tutsi ou Hutu, qui s'appelait Célestin, et qui était le gardien de la maison.

Je vous laisse méditer devant ce petit bout d'histoire d'une personne, d'un peuple, d'une époque. D'avant 1994.

la crèche de Célestin 1

la crèche de Célestin 2

la crèche de Célestin 3

la crèche de Célestin 4

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02 janvier 2017

La maison de l'architecte Victor Jamaer

Victor Jamaer, architecte de la Ville de Bruxelles, né en 1825 et mort en 1902, s'est fait construire une maison extraordinaire avenue de Stalingrad, entre la place Rouppe et la gare du Midi. Il a fait ses études à l'Académie des Beaux-Arts, et a fait reconstruire l'ancienne "Broodthuis" de la Grand-Place, devenue "La maison du Roi", dans un style néo-gothique affirmé, et actuellement le musée de la Ville de Bruxelles, toujours plaisant à visiter. 

maison-jamaer

victor jamaer hôtel

Hôtel Jamaer - photos internet.

L'avenue s'appelait alors avenue du Midi et on connaît son aspect ancien grâce aux photographies de Léonard Misonne (1870-1943), (dont j'ai un jour, pour la petite histoire, rencontré le petit-fils. Il m'avait raconté que son grand-père avait préféré miser sur la photographie et devenir un photographe connu, qu'être un peintre pauvre et anonyme...)  On a donné le nom de Stalingrad à l'artère, pour éviter bien sûr une avenue Joseph Staline (et pour faire pendant aux avenues Franklin Roosevelt, Winston Churchill, du Maréchal de Gaulle, etc.)

avenue du Midi

(c) Léonard Misonne - via Bruxelles Anecdotique.

En 1999, je travaillais à Bruxelles Laïque, la Régionale de Bruxelles du Centre d'Action Laïque, au service des publications. J'étais d'abord "responsable de la communication écrite", (titre ronflant), puis j'ai été "responsable des publications" (bonjour l'ego!) bref, après un guide sur Bruxelles Ville d'humanisme et un dossier pédagogique ou l'autre, je me suis courageusement lancée dans l'édition et la parution trimestrielle de la revue de l'association.

J'ai donc rédigé et publié un historique du 18-20, avenue de Stalingrad, siège de l'ancien parti communiste belge, qui avait déserté les lieux un peu avant 1994. Nous y avions emménagé l'été 97... La graphiste et moi nous nous trouvions au troisième étage, qui avait déjà été l'étage du "Drapeau rouge"... Inouï le nombre de déménagements que j'ai faits dans cet immeuble ! Et son histoire.. Soit.

Pour avoir un peu de documentation sur l'immeuble et ses abords, je suis allée aux archives du Drapeau rouge (on peut me tuer, mais je ne sais plus où c'était), au musée de la Résistance, à Anderlecht (tiens!) où travaillait un vieux militant, bourru et vaguement goguenard, et chez feu M. André Delay, l'ancien propriétaire de l'hôtel Jamaer, un monsieur charmant et distingué.

Il avait hérité la maison de son père, qui l'avait acquise en 1957, semble-t-il, et l'habitait avec son épouse. Nous nous étions rencontrés au Grenier Jane Tony, que j'ai fréquenté de 1998 à 1999, un cercle littéraire où une fois par mois, les membres lisaient deux poèmes à tour de rôle. J'aimais bien les textes d'André Delay, textes littéraires souvent humoristiques, et en prose - contrairement aux nôtres.

Le président du cercle (Emile Kesteman) et le secrétaire (Jean Dumortier) sont décédés. André Delay aussi, je présume.

Je l'ai informé de mon projet et il m'a gentiment invitée chez lui, donc, je suis entrée dans ce fabuleux hôtel. Qui était dans un état absolument épouvantable. L'immeuble avait été classé, et la rénovation était impossible pour ce couple. Plusieurs pièces étaient fermées, dont le grand salon, avec son lustre immense, écrasé au sol... En mille morceaux de cristal. A pleurer.

Nous nous sommes réfugiés dans une petite pièce, à l'arrière, ancien office - qui leur servait de cuisine et ils m'ont offert un café. Nous avons longuement commenté une photographie de l'ancien immeuble du 18-20, un hôtel de maître qui avait appartenu à un notaire rexiste et que l'Etat belge avait donné au parti communiste, après la Libération, le 3 septembre 1944, en compensation des pertes humaines subies et des sacrifices des militants passés dans la Résistance. Devant la maison, il y avait une vieille automobile de marque belge (Impéria? Minerva?) et il m'avait dit qu'elle avait probablement appartenu au secrétaire du parti, en 1946, peut-être Edgard Lallemand ou Jean Terfve. En faisant remarquer qu'à cette époque, vu le peu de voitures, celle qui était garée devant l'entrée appartenait vraisemblablement à un des occupants du bâtiment.

stalingrad

(c) Le 18-20 en 1946 - Archives du Drapeau rouge.

Je parierais volontiers que Walrus pourra me dire si c'est une Imperia ou une Minerva.

Aujourd'hui, la maison Jamaer a été rachetée. Et rénovée, en 2013. Je suis tombée par hasard (devinons où? Sur facebook), sur le propriétaire actuel, qui en a fait une maison avec des chambres d'hôtes, et y organise des lunchs, des brunches, des réveillons, des rencontres musicales, etc. Tout ceci m'a remis André Delay en mémoire, surtout quand j'ai vu une photographie de la petite pièce -rénovée- où nous avions devisé en prenant notre café.

Un bien joli souvenir.

intérieur maison Jamaer

Julia Vernet, née Angellier. En 1870...

" Les Angellier déjeunaient à Mogador.

En prenant le café, Constant leur apprit les fiançailles d'Octave Peyrissac.

- Comment, vous ne le saviez pas? Il épouse Délaïde de Romanin. Voyons, les Romanin, de Saint-Rémy... Oui, certes, une belle vieille famille. Qui s'éteint d'ailleurs. C'est elle, le dernier rejeton. Tu la connais certainement, Julia. Au moins de vue, insistait Constant. Une jolie fille, mince, brune, avec des yeux magnifiques. Bleus, mais d'un bleu profond, presque violet...

(...)  Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle.

Rodolphe avait fait porter des sièges de rotin dans le sous-bois, auprès de la noria.

Les femmes étaient assises en cercle. Lui se tenait, à son habitude, debout, un pied sur la margelle. Tout en causant avec Constant, il remuait machinalement le treuil.

"Comme à son habitude", se répéta Julia.

Des mésanges chantaient un peu plus loin, dans le taillis. L'air autour d'eux sentait la terre surchauffée et les feuilles. La resse ininterrompue des cigales, à force, cessait de frapper l'oreille.

La robe de Dorothée, celle de Sophie - "et la mienne"- rafraîchissaient les yeux de toutes leurs blancheurs empesées de mousseline et de broderie anglaise. Constance, en noir, s'éventait avec ce lent balancement du poignet datant d'une autre époque, qui semblait doucement abolir le temps autour d'elle. Et Amélia, derrière elle, s'accoudait au dossier du fauteuil.

La fillette avait repoussé les avances de ses frères pour demeurer avec les grandes personnes. Muette, elle écoutait la conversation, se remémorant cet Octave qui, autrefois, la prenait toujours dans son camp pour les parties de cache-cache, et l'embrassait sur les lèvres lorsqu'ils se trouvaient seuls ensemble dans le parc, ou chez lui, à la Gloriette.

La cloche de Fontfresque sonna le premier coup après les vêpres."

Elisabeth Barbier,

"Les gens de Mogador", Julia Vernet, tome II.

frederic bazille reunion de famille

Frédéric Bazille, Réunion de famille, 1867.

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26 décembre 2016

Pauser...

Peut-être vais-je poser le temps des réveillons...

Demain, visite chez des amis, pot jeudi soir, réveillon samedi, dimanche 1er janvier, etc. etc.

Et je ne sais pas ce qu'il y a à la télé ce soir...

Pour le moment, je fais une orgie de Julie Lescaut que la rtbf rediffuse dans son intégralité, me semble-t-il.

J'ai aussi enregistré des documentaires pour faire bonne mesure (Le douanier Rousseau, Visconti, etc.)

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