Conversation avec mon ...

Psi_uc_lc

Hier, fin de matinée.

De temps en temps, il étouffe un baîllement discret, parce qu'il a des journées de dingue... Il ne me reste que l'humour pour le surprendre. Je vais donc en user largement.

Déjà, je lui parle des téléfilms que je regarde en différé : "dans les griffes de mon coach" ; "dans les griffes de mon professeur" ; "dans les griffes de ma voisine..." ; "dans les griffes de l'élève le plus populaire du lycée"... Il se demande ce que c'est. Je lui explique que ce sont des téléfilms sur les mécanismes de la séduction perverse et de l'emprise. Souvent, cela finit bien, mais in extremis... Parfois, cela finit mal et c'est nettement moins gai. Il a l'air bien étonné. Je dis que la télévision veut peut-être éduquer les jeunes, mais qu'à l'heure à laquelle ces films sont diffusés, ils sont censés être à l'école. Quoique, au jour (o;) d'aujourd'hui, je vois plus de jeunes dans les rues qu'à l'école... (Je vieillis mal, soit...)

Passons.

Donc,

- Je dois raconter ma vie en roman photo...

- Ah! Mais c'est bien ça !

- oui mais bon, ma vie, je la connais, j'en ai marre de raconter toujours la même chose...

- Imaginez alors !

- Je n'ai pas d'imagination...

Il m'interrompt et me regarde par-dessus ses lunettes: ça, c'est une pensée bloquante. Vous vous imaginez ?

- Oui, mais je ne sais pas écrire de romans. Je ne sais écrire que des articles, des essais et des dissertations... (Je n'ai pas pensé à le lui dire, mais c'est même pour ça que les Ecrivains belges ont refusé ma candidature... Mon travail ressortait plus du journalisme, selon eux. En plus, j'avais publié dans la laïcité organisée, péché mortel...) Mais heureusement que je n'y ai pas pensé, c'est une "pensée NEGATIVE"...

Soit. Il me démontre que j'ai tort (ne pas écrire de romans n'est pas synonyme de manque d'imagination, selon lui), et il a raison. Mon fils m'a aussi parlé du danger des prédictions auto-réalisatrices (ouille!)

- Bon, imaginez autre chose alors.

- Eh bien, j'aurais épousé un banquier... Ou (je pense un médecin, mais il risquerait de se dire que je lui fais un appel du pied, ce qui n'est pas le cas). Un prof d'unif - et puis non, j'ai déjà eu un prof d'académie (en piètre état, en ce moment, le prof d'académie). Ou alors, un marin! Ah! Un marin, ça m'aurait plu, et j'aurais voyagé sur les mers en Cargo. Ca, j'aurais adoré (voyager dans l'odeur du fuel et du poisson... Eviter les pirates, etc. etc.)

- Ou à Rome - dans la Rome antique... J'aurais "épousé" Lucrèce, tiens. Non, mieux... Ca - je ne lui ai pas dit, j'aurais ETE Lucrèce... Et j'aurais composé des vers sur une colline napolitaine. En contemplant la Méditerranée.

J'ai oublié de préciser qu'un gentilhomme-fermier m'aurait plu aussi.

Là-dessus, on s'est dit au-revoir et il m'a ordonné de retourner à l'académie.

Résultat, ce soir, je dois assister à un exposé sur un projet de logo pour un lavoir social dans ma commune. Ce n'est pas emballant, et je me demande "pourquoi un lavoir social?" alors qu'il y a tellement à faire dans cette commune (classée Seveso). Mais après tout, peut-être que c'est nécessaire. Je cherche des idées... "Tu es mon lavoir social superbe et généreux..."  Je pense aussi aux Roms et je me demande où ils lavent leurs vêtements. Je sais déjà où ils déposent leurs immondices. Puis, je pense à  une dame Rom que j'ai vue hier et je me demande si elles sont aussi parfois victimes de violences conjugales (nul ne le sait). Je fais quelques recherches, mais internet n'abonde pas en articles sur la question...

A creuser, donc, pour le moment, notre féministe nationale de choc bruxelloise milite contre la violence infligée aux femmes transgenre (s'entend, aux hommes devenus femmes, quelle drôle d'idée, enfin soit). Et pour que les féministes militent pour TOUTES les causes.

- Là-dessus...

Et puis non, j'en resterai là.

(...)